Procès Merah: Pourquoi Abdelkader Merah a-t-il été jugé «complice» des assassinats de son frère?

Abdelkader Merah devant la cour d’assises de Paris lors de son procès en octobre 2017. — B. Peyrucq / AFP

  • Abdelkader Merah a été condamné à 30 ans de réclusion criminelle, en appel.
  • Contrairement à 2017, les magistrats ont estimé qu’il avait été le « complice » de son frère, Mohamed.
  • Eric Dupond-Moretti, son avocat, a indiqué qu’il allait lui proposer de se pourvoir en cassation.

Si c’est lui, c’est donc son frère aussi… La cour d’assises de Paris a estimé, jeudi soir, que Mohamed Mérah avait bénéficié de la « complicité » de son frère, Abdelkader, pour préparer son périple sanglant de 2012, au cours duquel il tua sept personnes juives ou militaires, entre Toulouse (Haute-Garonne) et Montauban (Tarn-et-Garonne).

A l’issue de douze heures de délibérations, les magistrats ont donc annoncé qu’ils condamnaient Abdelkader Mérah à 30 ans de réclusion criminelle, assortis d’une peine de sûreté de 20 ans. Une décision qui a suscité la surprise tant elle s’écarte de celle rendue en première instance. En novembre 2017, à l’issue d’un premier procès très tendu, Abdelkader Merah avait en effet été condamné à 20 ans de réclusion pour « association de malfaiteurs terroristes » mais acquitté des faits de « complicité ».

Pour les magistrats, il est coupable du vol du scooter

Comme en 2017, la cour d’assises de Paris statuant en appel était « spécialement composée » de magistrats professionnels. Mais ceux-ci ont donc eu une autre lecture du dossier que leurs prédécesseurs. Dans les 12 pages de motivation du verdict que 20 Minutes a pu consulter, ils estiment qu’Abdelkader Merah a bien été coupable, le 6 mars 2012, du vol du puissant scooter utilisé ensuite par son frère, à trois reprises, pour perpétrer ses crimes.

Barbe fournie et cheveux ramenés en catogan, Abdelkader Merah a expliqué, durant l’audience, qu’il conduisait, ce fameux 6 mars, une voiture louée par son frère quand celui-ci lui a demandé brusquement de s’arrêter pour descendre et dérober un Yamaha TMax 530 dont les clés étaient restées sur le contact. Mais qu’il n’était pour rien dans ce vol… « En permettant à Mohamed Merah de disposer d’un scooter, il a apporté son aide à la préparation des actions criminelles de son frère », a pourtant estimé la cour d’assises.

Paris, le 25 mars. Archibald Celeyron (à gauche), Eric Dupond-Moretti (au centre) et Antoine Vey, les avocats d'Abdelkader Mérah, arrivent à la cour d'appel de Paris. Paris, le 25 mars. Archibald Celeyron (à gauche), Eric Dupond-Moretti (au centre) et Antoine Vey, les avocats d’Abdelkader Mérah, arrivent à la cour d’appel de Paris. – Thomas SAMSON / AFP

Mohamed était « prêt à lever l’étendard », Abdelkader le savait

Encore fallait-il qu’il connaisse les projets terroristes de Mohamed ? Sur ce point, les magistrats présidés par Xavière Simeoni ont tranché. Ils assurent dans leurs motivations qu’Abdelkader était « parfaitement informé » des projets de son frère. Ils en veulent pour preuve le fait que Mohamed lui avait confié, à son retour d’un voyage au Pakistan, qu’il était « prêt à lever l’étendard, expression ne laissant aucun doute sur [sa] résolution. »

Lors de l’audience, la défense d’Abdelkader Mérah n’a cessé d’expliquer qu’aucun contact, par mail, par message ou par téléphone, n’avait eu lieu entre les deux frères, les jours précédant les tueries. Pour les magistrats, « cette absence de contact traduit (…) la volonté claire d’échapper à tout contrôle policier. » Ils rappellent à ce propos qu’interrogé en garde à vue sur la non-utilisation d’un téléphone portable, Abdelkader Merah avait rétorqué : « On peut se faire griller avec ça… »

Eric Dupond-Moretti veut se pourvoir en cassation

Sur France Info, ce vendredi matin, Eric Dupond-Moretti, l’avocat d’Abdelkader Merah, a dénoncé le fait que son client ait été condamné à « une peine au bénéfice du doute » et que cela lui est « insupportable ». Par un effet de manche déjà utilisé lors de sa plaidoirie mercredi, il a assuré que « le procès de Nuremberg avait été plus digne que celui [d’Abdelkader Merah] », son client ayant même été traité « d’animal ». Un épisode qui fait référence, en réalité, au procès de 2017 et non pas à celui que nous venons de vivre.

« Je trouve assez scandaleux qu’Eric Dupond-Moretti parle de procès inéquitable, a réagi auprès de 20 Minutes, Olivier Morice, avocat de la famille de Mohamed Legouad, un militaire assassiné en 2012. On ne peut pas se féliciter de la justice quand elle va dans un sens et jeter le discrédit sur elle quand elle va dans l’autre ! »

Lors de son passage sur France Info, Eric Dupond-Moretti a également indiqué qu’il allait proposer à son client de se pourvoir en cassation pour avoir une chance de pouvoir bénéficier d’un nouveau procès.

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