Procès Le Scouarnec : « Joël, j’ai besoin de savoir pourquoi tu as fait ça », implore la sœur de l’ancien chirurgien
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A la cour criminelle du Morbihan, à Vannes,
Elle n’a pas semblé en colère. Elle n’a pas non plus traité son frère d’ordure. Elle ne s’est pas emportée face à cet homme qui a pourtant détruit sa vie et celle de ses deux filles. Mais elle a fondu en larmes après quelques secondes. Son témoignage spontané, donné en visioconférence, a rapidement été rendu inaudible par les sanglots de cette femme de 72 ans. Le bras en écharpe, Claude*, la sœur de Joël Le Scouarnec, était appelée à témoigner ce jeudi devant la cour criminelle du Morbihan, à Vannes, où l’ancien chirurgien est jugé pour des faits de viols et d’agressions sexuelles sur 299 enfants et adolescents. Au lendemain du numéro de son ex-belle sœur, elle livre un récit lucide et sincère sur les faits, dont elle avait en partie connaissance.
Cette ancienne professeure d’anglais porte un lourd fardeau depuis plus de vingt ans. En 2000, sa plus jeune fille avait révélé avoir été abusée par son oncle, Joël Le Scouarnec. Ce dernier avait reconnu les faits, arguant immédiatement que « Marie-France » (son ex-femme) était « au courant ». Claude avait alors confronté son frère, à qui elle avait demandé « de se soigner ». « J’avais la sensation qu’il se serait soigné parce que je lui avais demandé. Je le voyais comme mon frère. Pour moi, ce n’était pas possible que mon frère soit quelqu’un comme ça ».
C’est pour cette raison qu’elle n’avait pas porté plainte, culpabilisant aujourd’hui de ne pas avoir épargné des dizaines de victimes. « Je pensais que la seule victime, c’était elle, et que plus jamais il n’allait recommencer. Je ne savais pas qu’il avait commencé avant. Je sais que je me suis trompée », déclare-t-elle à la cour. Avant d’ajouter : « je ne me suis pas rendu compte que c’était quelqu’un dangereux ».
« Je pense qu’on ne se reverra pas »
Depuis l’incarcération de son frère en 2017, Claude a rompu les liens. Elle avait déjà confronté son aîné en 2020, lors du procès à Saintes. Elle recommence ce jeudi devant la cour criminelle du Morbihan, s’adressant directement à l’accusé. « Joël, je pense qu’on ne se reverra plus. J’ai besoin de savoir Joël. J’ai besoin de savoir ce qu’il t’est arrivé. J’ai besoin de savoir pourquoi tu as fait ça. Dis-moi si notre père ou quelqu’un d’autre a eu des gestes sur toi. Dis-moi la vérité. J’ai besoin de savoir ».
Notre dossier sur le procès Le Scouarnec
A la fin de l’audition de sa sœur, Joël Le Scouarnec s’exprime brièvement, assurant qu’il n’a « jamais subi aucune agression de la part de qui que ce soit ». Quelques secondes plus tôt, il assurait qu’il ne savait pas comment il avait pu « devenir un pédophile et un pédocriminel ». « Je me suis entretenu très longtemps avec un psychologue depuis des années. Je ne sais toujours pas pourquoi je suis comme ça », lance-t-il, avant de demander pardon à sa sœur et à ses deux nièces. Le procès de l’ancien chirurgien doit se tenir pendant quatre mois devant la cour criminelle du Morbihan. Déjà condamné à quinze années de prison en 2020 à Saintes, l’accusé risque une peine maximale de vingt ans.
* Le prénom a été modifié