Procès Le Scouarnec : « C’était un théâtre »… Les victimes n’ont pas digéré le piètre numéro de l’ex-femme du chirurgien
A la cour criminelle du Morbihan, à Vannes,
Ophélie * est l’une des nombreuses victimes de l’ancien chirurgien Joël Le Scouarnec. Mercredi, cette jeune femme âgée d’une trentaine d’années était assise dans l’amphithéâtre où l’audition de Marie-France Le Scouarnec était retransmise. Pendant six heures, la septuagénaire a maintenu qu’elle ne savait rien des agissements de son mari, jugé pour des faits de viols et d’agressions sexuelles sur 299 enfants et adolescents. Surtout, elle a semblé jouer un rôle, multipliant les esclandres, ramenant sans cesse l’affaire à son propre malheur. Un récit inaudible, indécent et semble-t-il cousu de mensonges qui a provoqué une grande colère dans les rangs des parties civiles.
Avec courage, Ophélie a décidé de parler à quelques journalistes pour témoigner de cette colère qui l’anime depuis cette audition lunaire. « C’est un film d’horreur qui se passe. Elle rapporte tout à elle. En six heures d’audience, elle a complètement anéanti les 299 victimes. Comment peut-on, en 2025, dire des propos comme ceux-là ? C’est effroyable ». Son avocate, Me Elodie Grelot, abonde. « Il y avait un certain jeu de mise en scène à son arrivée. Tout son récit a provoqué l’indignation des parties civiles ».

Convoquée mercredi, l’ex-femme de l’ancien chirurgien avait multiplié les absurdités, affirmant que les gendarmes « l’avaient menacée » quand elle avait témoigné en 2017. Ses propos disant qu’elle savait ? « C’est une erreur de retranscription, je n’ai jamais dit ça ». Honteux. Les viols subis par sa nièce ? « Je me suis demandé si elle n’avait pas piégé mon mari. Vous savez, elle est tortueuse cette fille. Elle aime capter l’attention ». Répugnant. Sa réputation de femme infidèle ? « Je n’ai jamais été infidèle à mon mari ». Avant de lancer : « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter ça ? Moi qui suis quelqu’un de bienveillant ». Indécent.
« Ça a été très difficile à vivre »
A la sortie de l’audience, Amélie Lévêque, une autre victime, semblait toujours choquée par les propos tenus par l’ex-femme du chirurgien. « Franchement, c’était un théâtre. On n’a pas eu de réponse du tout. Elle a une attitude qui est condescendante, théâtrale. On a encore plus de mal à la croire. Ça a été très difficile à vivre », reconnaît-elle. Comme la plupart des victimes, elle s’agace face à ces témoins qui assurent qu’ils ne savaient rien. « Personne ne se souvient de rien dans cette famille. C’est particulièrement énervant. Il y a tellement de silences, tellement de non-dits que l’on comprend mieux pourquoi on est là aujourd’hui ». Ophélie porte le même regard sur cette omerta familiale. « Il y a un trop lourd secret. On attend des réponses pour les victimes mais il y a toujours un silence qui demeure ».

Mercredi, le frère de Joël Le Scouarnec avait assuré que sa belle-sœur connaissait les déviances de son mari. « Il y a une personne qui aurait pu faire en sorte que mon frère soit interpellé, c’est sa femme, Marie-France. Parce qu’elle était au courant des agissements de son mari. Et Marie-France n’a rien fait. C’est une personne qui n’a pas aimé son mari pour l’amour mais pour l’argent », avait-il déclaré. Entendue ce jeudi, la sœur de Joël Le Scouarnec a tenu le même discours autour de l’argent. En 2000, sa fille lui avait révélé avoir été abusée par l’ancien chirurgien alors qu’elle était âgée d’une dizaine d’années. « Je lui en avais parlé et il m’avait dit : « oui c’est vrai et Marie-France est au courant » ».
Notre dossier sur le procès Le Scouarnec
Cette femme, aujourd’hui âgée de 72 ans, n’a jamais porté plainte pour dénoncer cette agression sexuelle. « Je pensais que la seule victime, c’était elle, et que plus jamais il n’allait recommencer. Je ne savais pas qu’il avait commencé avant. Je sais que je me suis trompée », a-t-elle fait savoir au cours d’une visioconférence. Avant d’ajouter ces mots, glaçants. « Je ne me suis pas rendu compte que c’était quelqu’un de dangereux ». Elle a en revanche affirmé qu’elle avait parlé de cette agression à sa belle-sœur Marie-France, que tout accuse. Mais qui continue de nier.
Le procès de Joël Le Scouarnec se tiendra pendant quatre mois devant la cour criminelle du Morbihan, à Vannes. L’ancien chirurgien encourt une peine maximale de vingt ans de prison.
* Le prénom a été modifié