Procès Laporte-Altrad : Tout comprendre à l’affaire de corruption et trafic d’influence qui a mis un tampon au rugby français

L’homme fort du rugby devant les juges. Bernard Laporte, puissant patron de la Fédération française (FFR), comparaît à Paris pour corruption et trafic d’influence aux côtés d’autres piliers de l’ovalie. 20 Minutes revient sur les tenants de ce dossier qui a secoué le rugby hexagonal, avec au cœur les liens d’amitié et d’affaires entre Bernard Laporte et Mohed Altrad.

Pourquoi Bernard Laporte est-il jugé à partir de ce mercredi ?

Convoqué à 13 h 30 devant le tribunal correctionnel, Bernard Laporte est jugé pour corruption et trafic d’influence. L’ancien sélectionneur des Bleus (2000-2007) est soupçonné d’avoir, moyennant rétribution, favorisé son ami et coprévenu, l’homme d’affaires multimilliardaire Mohed Altrad, dont le groupe de BTP a décroché en 2017 le premier contrat de sponsoring maillot de l’histoire du XV de France. Le Montpellier Hérault Rugby, le club du Top 14 propriété de Mohed Altrad, aurait également bénéficié de plusieurs décisions favorables, par l’intermédiaire de Bernard Laporte, qui devra répondre de corruption passive, prise illégale d’intérêts et trafic d’influence passif.

Qui d’autre est jugé et pourquoi ?

Claude Atcher, récemment suspendu de ses fonctions de directeur général de la Coupe du monde 2023, et le vice-président de la FFR, Serge Simon, figurent également parmi les cinq prévenus qui défileront à la barre jusqu’au 22 septembre. Le procès se penchera sur les liens de Claude Atcher avec la FFR en 2017-2018, quand sa société Sport XV se voit confier quatre missions, en lien principalement avec la candidature française à la Coupe du monde 2023. Selon l’accusation, l’une d’elles (des conseils de gouvernance évalués à 21.000 euros) n’a jamais été réalisée, ce qui n’empêchera pas Bernard Laporte d’octroyer à Sport XV une prime de 30.000 euros. Au total, le préjudice pour la FFR sera évalué par les enquêteurs à 80.400 euros. Selon son avocate, Céline Lasek, Claude Atcher a été « parachuté dans cette affaire, sans fondement, ni justification ».

Qu’est qui a fait tiquer les enquêteurs du Parquet national financier ?

En février 2017, Bernard Laporte et Mohed Altrad signent un contrat aux termes duquel Bernard Laporte, qui vient d’accéder à la présidence de la FFR, accepte de participer à des opérations de communication pour le groupe Altrad et lui cède son droit à l’image. Le tout en contrepartie d’une rétribution de 180.000 euros. Problème, selon l’accusation : la somme est bien versée en 2017 mais le contrat ne sera jamais exécuté. Parallèlement, pendant cette période, le patron du rugby français intervient plusieurs fois en soutien de Mohed Altrad, éveillant les soupçons de l’exécutif, qui saisit la justice fin 2017.

En mars 2017, Bernard Laporte signe ainsi, au nom de la FFR, mais sans aviser sa division marketing, un premier contrat de 1,8 million d’euros qui fait d’Altrad le sponsor maillot des Bleus. Le nom du groupe y figure encore aujourd’hui en vertu d’un autre contrat de 35 millions d’euros conclu en janvier 2018, toujours sous les auspices de Bernard Laporte, dans lequel le Parquet national financier (PNF) voit la marque d’une corruption.

Mais ce n’est pas tout. En juin 2017, Bernard Laporte prend attache avec la commission fédérale de discipline qui a infligé, en appel, au club montpelliérain 70.000 euros d’amende. Après ce coup de téléphone, la sanction sera ramenée à 20.000 euros. En mars 2017, Bernard Laporte et sa fédération se sont également opposés à la décision de la Ligue nationale de rugby, en charge du secteur professionnel, de décaler deux matchs du Top 14 dont l’un devait être disputé par Montpellier, un report auquel Mohed Altrad était notoirement opposé. Saisi, le Conseil d’Etat mettra en doute « la légalité » de la décision de la FFR.

Quelle est la défense de Bernard Laporte ?

Derrière ces multiples interventions, le PNF voit des renvois d’ascenseur illicites quand la défense dénonce de « faux liens de causalité » et rappelle que Bernard Laporte a renoncé à son contrat avec Mohed Altrad à l’été 2017, après de premières révélations dans la presse. « Il n’y a jamais eu de schéma de corruption et chacun a agi dans le respect de ses fonctions », soutient Me Antoine Vey, l’avocat de Mohed Altrad, qui fustige un « dossier de rien du tout » et reposant sur des « constructions intellectuelles ».

Réputé pour son verbe haut, l’ancien secrétaire d’Etat aux Sports de Nicolas Sarkozy a, lui, promis, de combattre des « griefs parfaitement artificiels » et de montrer qu’il a toujours agi « dans l’intérêt de la fédération », assure son avocat, Me Jean-Pierre Versini-Campinchi.