Procès Fillon : L’ex-Premier ministre et son épouse jugés dans l’affaire des emplois fictifs

François Fillon et sa femme Penelope le 5 mars 2017au Trocadéro (AP Photo/Christophe Ena) — Christophe Ena/AP/SIPA

  • François et Penelope Fillon doivent être jugés, à partir de ce lundi et jusqu’au 11 mars, pour « détournement de fonds publics » et « abus de bien sociaux ».
  • François Fillon est accusé d’avoir rémunéré son épouse comme collaboratrice parlementaire alors qu’elle n’exerçait pas de réelles fonctions, selon l’accusation.
  • L’ancien Premier ministre va contester les faits. Si les preuves manquent, il assure toujours que son épouse a été « sa première et plus importante collaboratrice ».

L’armoire abritait quatre gros dossiers contenant, chacun, des centaines de pochettes. A l’intérieur, des invitations, des demandes d’intervention, des lettres… 1.626 documents au total, classés par ordre alphabétique. Sur chacun, en haut à droite : une mention manuscrite composée d’une série de chiffres et de deux lettres : la date et les initiales de la personne ayant « traité » le courrier.

Ce jour de mars 2017, les enquêteurs de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (Oclciff) sont dans le bureau de François Fillon à l’Assemblée nationale. Ils le connaissent bien. Ils l’ont déjà perquisitionné quelques semaines plus tôt. Mais ils ont « négligé » la fouille, selon l’avocat de Penelope Fillon. Histoire de ne pas prêter le flanc à la critique, ils acceptent donc d’y retourner.

Consciencieusement, les policiers épluchent tout. Encore et encore. Mais ils ne trouvent aucune trace de « P.F. », la griffe qui aurait pu témoigner du travail de « Penny » auprès de son mari député. A peine mettent-ils la main sur deux discours en anglais qu’elle a traduits. Non pas en sa qualité de « collaboratrice parlementaire », reconnaît-elle. Mais « en tant que femme anglaise »…

François Fillon n’est plus dans la théorie du complot

Trois ans plus tard, François et Penelope Fillon vont comparaître devant la 32e chambre du tribunal judiciaire de Paris à partir de ce lundi, à moins d’un  report de 48 heures en raison de la grève des avocats. Accusé d’avoir rémunéré son épouse comme assistante parlementaire sans que celle-ci n’exerce réellement d’activité, l’ancien Premier ministre encourt une peine maximale de 10 ans de prison et 1 million d’euros d’amende pour « détournement de fonds publics ». Tout comme son épouse qui comparaît, elle, pour « complicité ». Sur le banc des prévenus, ils seront accompagnés par Marc Joulaud, le suppléant de François Fillon, jugé pour avoir perpétué le système quand son « mentor » était devenu ministre.

L'ex-suppléant de François Fillon à l'Assemblée nationale Marc Joulaud L’ex-suppléant de François Fillon à l’Assemblée nationale Marc Joulaud – JACQUES DEMARTHON / AFP

Sans cette affaire, François Fillon dormirait sans doute à l’Elysée aujourd’hui. Mais, englué dans la polémique, il avait été éliminé dès le premier tour de l’élection présidentielle. Au soir de sa défaite, le 23 avril 2017, il avait dénoncé un « complot » politique dont il livrerait « le moment venu » les preuves. Depuis, quelqu’un a dû l’informer que les magistrats n’apprécient pas vraiment que la politique franchisse la porte de leurs prétoires. « Je vais vous décevoir… Je ne suis plus dans ça aujourd’hui… », a-t-il confessé lors de son retour médiatique dans l’émission Vous avez la parole, sur France 2, le 31 janvier dernier.

Les revues de presse, les cahiers et « les petits mots à la main »

Non, l’ancien élu sarthois reconverti dans la finance va, semble-t-il, opter pour une défense beaucoup plus classique et frontale. Il va contester les faits et tenter de démontrer au tribunal que son épouse a bien été « sa première et plus importante collaboratrice ». Qu’elle a travaillé à « gérer [son] agenda, [son] courrier parlementaire et à superviser ou corriger les discours », comme il l’a martelé sur France 2. Sauf que les preuves manquent…

Les revues de presse qu’elle préparait ? Son mari « les jetait après les avoir lues ». Les notes pour les discours ? Elles étaient rédigées sur des feuilles volantes. Le registre des visiteurs venus au manoir familial de Beaucé ? Sur des cahiers qu’elle n’a pas conservés. Les réponses aux courriers ? « Des petits mots à la main » dont on n’a pas retrouvé la trace, selon une autre collaboratrice.

L’opposant n’a jamais croisé Penelope à la mairie

Il n’y a aucune raison de ne pas croire en ces explications. Sauf que pour les juges qui ont ordonné le renvoi du couple devant le tribunal, elles cadrent mal avec la propension « systématique, exhaustive et rigoureuse » des Fillon à archiver le moindre bout de papier. Dans le manoir et la chapelle attenante des Fillon à Solesmes (Sarthe), les policiers ont découvert des centaines de cartons et de boîtes contenant tout et n’importe quoi : la preuve d’un abonnement au Good Bookguide de 1988, des tickets de caisse de 1991 et des demandes d’intervention adressées à François Fillon pour obtenir là, une place dans un collège, là, un logement social… Mais du travail de Penelope ? Peu ou pas de trace.

Ce qui n’est pas surprenant, pour Gérard Fretellière.  Opposant politique local depuis 1981, il a été un observateur avisé de la vie de la circonscription où François Fillon était élu. Quand les enquêteurs l’ont interrogé, il a raconté qu’il n’avait jamais croisé Penelope Fillon à la mairie de Solesmes en l’espace de 35 ans. « Je n’aurais jamais imaginé qu’elle était rémunérée pour faire ce que font tous les conjoints d’élus », a-t-il simplement commenté.

Partie civile au procès, l’Assemblée nationale a déjà fait les comptes. En ajoutant les cotisations patronales aux salaires que Penelope aurait indûment touchés, le Palais-Bourbon entend réclamer précisèment 1.081.219,59 euros de dommages et intérêts lors du procès. Il doit durer jusqu’au 11 mars.

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