France

Procès en appel du RN : Marine Le Pen confrontée à son interrogatoire

Marine Le Pen a été interrogée mardi lors du premier jour de son procès en appel concernant les assistants d’eurodéputés FN. L’audience se poursuivra jusqu’au 12 février, période durant laquelle les juges rendront leur décision.

À la cour d’appel de Paris,

Marine Le Pen a-t-elle passé une nuit agitée ? La présidente du Rassemblement national a été perturbée, mardi, lors du premier jour de son interrogatoire au procès en appel concernant les assistants d’eurodéputés du FN. Sous les questions de la présidente, Michèle Agi, elle a parfois semblé éprouver des difficultés face aux accusations de détournement de fonds publics. La députée d’Hénin-Beaumont est de retour ce mercredi matin dans la première chambre du palais de justice. Après quelques salutations, elle reprend place à la barre. La cour se concentre plus précisément sur les tâches exécutées par les assistants parlementaires européens, soupçonnés d’avoir réellement œuvré pour le Front national.

Marine Le Pen arrive dans la salle d'audience lors de son audience en appel à Paris le 21 janvier.
Marine Le Pen arrive dans la salle d’audience lors de son audience en appel à Paris le 21 janvier. - Cyril Pecquenard/SIPA

« Vous êtes quand même avocate… »

L’audience débute avec le cas de Catherine Griset, assistante parlementaire de Marine Le Pen de 2010 à 2016, mais qui a également travaillé au sein de son cabinet.

– « Lorsque Catherine Griset est devenue votre assistante parlementaire, qui l’a remplacée au sein de votre cabinet ? », demande la présidente.

– « Dans le suivi du dossier, on a l’impression que Catherine Griset est seule, mais j’ai un cabinet, un directeur de cabinet, un chef de cabinet, des conseillers… j’ai du monde autour de moi », rétorque Marine Le Pen.

– « Il y avait beaucoup de personnes d’accord, mais pourquoi est-elle maintenue dans l’organigramme du parti et dans l’annuaire ? On a le sentiment qu’elle continue d’effectuer des tâches pour vous au sein du parti… »

Marine Le Pen évoque un annuaire de « gens qui ont un bureau au siège. Et son activité d’assistante parlementaire était au siège », déclare-t-elle. Comme lors de son premier jour d’audition, la dirigeante du groupe RN à l’Assemblée conteste les accusations portées contre elle et se défend vigoureusement. Toutefois, Michèle Agi n’hésite pas à pointer sans relâche les contradictions dans le discours de l’accusée.

– « Vous dites qu’elle était  »la porte d’entrée de Marine Le Pen », donc qu’elle travaillait pour vous ? »

– « Elle l’a fait de manière résiduelle ; peut-être, je l’admets, qu’elle a réservé un avion pour la présidente du FN », confesse Marine Le Pen. « Et lorsqu’on lui demande un rendez-vous avec moi, on ne lui demande pas si c’est avec Marine Le Pen l’eurodéputée ou la présidente du parti… »

Le statut de Catherine Griset l’obligeait pourtant à être située à Bruxelles, fait remarquer la présidente, ce qui n’était pas le cas. « Dans ce cadre-là, comment pouvez-vous expliquer qu’elle n’a fait que son travail parlementaire ? », lance Michèle Agi. Marine Le Pen parle d’une « négligence ». « Il y a des règlements. Vous êtes quand même avocate de profession… », soupire la présidente.

« Je ne suis pas hypermnésique »

L’interrogatoire se poursuit concernant les activités d’autres assistants parlementaires, comme Thierry Légier, qui était également garde du corps. À plusieurs reprises, la présidente exprime son étonnement ou son agacement face aux réponses de l’accusée. « J’entends que pour vous, c’est un contrat à temps partiel, même s’il est indiqué à temps plein, mais bon… », déclare-t-elle. Les questions de l’avocat du Parlement européen et des avocats généraux se succèdent. Le premier revient sur un échange de mails compromettants entre l’ex-eurodéputé FN Jean-Luc Schaffhauser et l’ancien trésorier du parti, Wallerand de Saint-Just, mentionnant un risque d’« emplois fictifs ». « Marine sait tout cela », écrivait ce dernier. « C’est le mot magique,  »Marine sait tout cela », pas la peine de continuer… S’il avait pris cela au sérieux, il m’en aurait parlé, ce qu’il n’a pas fait », soutient l’ex-dirigeante du mouvement.

Un document est ensuite mentionné, qui provient d’un fichier de l’ancien trésorier du FN, datant de 2009 et modifié en 2015. Il est intitulé « Payés autrement ». Y sont listés les assistants parlementaires et, dans une autre colonne, les sources de financement, avec la mention « Europe ». Le parquet cherche à établir le « système » mis en œuvre par le parti. « Que des assistants parlementaires européens soient payés par l’Europe me paraît cohérent », ironise Marine Le Pen. L’avocat général taquine à son tour en évoquant des personnes travaillant bénévolement pour le Front national, dont un certain Julien Odoul. « Je connaissais la notion de travail fictif mais pas celle de salarié clandestin… », lance le magistrat.

L’audience se prolonge tout au long de l’après-midi, dans une atmosphère de déjà-vu. Seule, debout au milieu de la cour, Marine Le Pen ne montre aucun signe de fatigue et esquive parfois les questions par des pirouettes. Comme lorsqu’elle parle d’un « oubli » concernant une rencontre avec Julien Odoul avant son recrutement. « Je ne suis pas hypermnésique », déclare-t-elle. L’ex-dirigeante du Front national revient également plusieurs fois sur la « zone grise » des activités des assistants parlementaires, perçus comme payés par les fonds européens tout en étant militants au sein du parti. « Pourquoi, nous qui sommes des gens rigoureux, semblons-nous avoir fait preuve d’une totale absence de rigueur dans la présentation de ce dossier ? Nous étions totalement de bonne foi ». Les juges rendront leur décision avant l’été à l’issue de ce procès en appel, qui se déroulera jusqu’au 12 février.