Procès en appel du financement libyen : Nicolas Sarkozy nie toute culpabilité
Nicolas Sarkozy a été condamné à cinq ans d’emprisonnement ferme pour « association de malfaiteurs » en première instance. Alexandre Djouhri, condamné le 25 septembre dernier à six ans de prison et 3 millions d’euros d’amende, a interjeté appel car il estime être « victime d’un traquenard ».

A la cour d’appel de Paris,
Costume sombre, chemise bleue à rayures blanches, Nicolas Sarkozy s’agite sur sa chaise. L’ancien président de la République a repris, ce mercredi matin, sa place dans le prétoire de la première chambre de la cour d’appel de Paris. Sur la table où son nom est inscrit, se trouvent un café, une petite bouteille, un dossier, un stylo et un livre. Il paraît que c’est le Gai Savoir, du philosophe allemand Friedrich Nietzsche. Les bras croisés et les jambes qui tremblent nerveusement, il attend que le président de la cour, Olivier Géron, lui donne la parole dans ce procès en appel concernant le financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007.
Le magistrat, qui a terminé la veille de rappeler les faits reprochés aux dix prévenus, prévoit de leur demander aujourd’hui les raisons de leur appel. Condamné à cinq ans d’emprisonnement ferme pour « association de malfaiteurs » en première instance, Nicolas Sarkozy se lève, boutonne sa veste et s’avance vers la barre. « Monsieur le président, Mesdames, Messieurs, j’ai fait appel car je n’ai commis aucun des faits pour lesquels j’ai été condamné. Je mobiliserai toutes les forces dont je dispose pour défendre cette vérité profondément ancrée en moi », déclare sobrement l’ancien chef de l’État.
« La cour aura beaucoup de questions à me poser »
Invité par le président Géron à faire une déclaration liminaire, Nicolas Sarkozy reprend brièvement : « Ce que j’ai dit à la cour n’était pas une formule. C’est la vérité que je ressens profondément en moi. Je n’ai commis aucun des actes reprochés. » « Je n’ai rien à ajouter, j’imagine que la cour aura beaucoup de questions à me poser. J’y répondrai. Ce que je vous ai dit, c’est ce que je ressens au plus profond de moi-même », conclut-il avant de retourner s’asseoir.
Les autres prévenus présents affirment également leur innocence. « Et ce mot, innocent, ne se divise pas, ne se découpe pas, c’est un tout que je revendique avec force et calme », déclare Brice Hortefeux, condamné par le tribunal correctionnel à deux ans de prison et à une amende de 50 000 euros. « Il n’y a pas un matin où je ne me réveille sans m’interroger sur les motivations de ce jugement que j’estime aussi injuste qu’infondé », ajoute l’ancien ministre et ami de Nicolas Sarkozy, soupçonné d’avoir joué le rôle d’intermédiaire avec des proches du guide libyen, le colonel Mouammar Kadhafi.
« Un traquenard »
Alexandre Djouhri, de son côté, a interjeté appel car il se considère comme « victime d’un traquenard ». L’homme d’affaires franco-algérien, accusé d’avoir servi d’intermédiaire avec des dignitaires libyens, a été condamné le 25 septembre dernier à six ans de prison et 3 millions d’euros d’amende. « Ils m’ont incarcéré pour de faux motifs, mais ça va, je suis debout. Si cela arrivait à une autre personne que moi, elle serait en train de parler aux oiseaux. »
En première instance, l’ancien président de l’État a été relaxé pour trois des quatre infractions qui lui étaient reprochées : corruption passive, détournement de fonds publics et financement illégal de campagne. En revanche, il a été reconnu coupable d’association de malfaiteurs. La justice a notamment estimé que Nicolas Sarkozy avait permis à Claude Guéant et Brice Hortefeux de tenter d’obtenir un soutien financier libyen en échange de contreparties, notamment la réhabilitation judiciaire d’Abdallah Senoussi, directeur des renseignements libyens, condamné à perpétuité en son absence en France pour son rôle dans l’attentat du DC-10 d’UTA.
« Un président a marchandé l’impunité d’un terroriste »
Plusieurs proches de victimes, qui se sont constitués parties civiles, ont aussi interjeté appel. Ils souhaitent se « faire entendre dans le cadre de ce procès », explique une femme ayant perdu un frère dans le crash de l’appareil. En négociant avec ceux qui ont tué leurs proches, Brice Hortefeux et Claude Guéant leur ont, dit-elle, causé un « préjudice » moral immense. Le père de Guillaume Denoix de Saint-Marc est décédé dans l’attaque de cet avion. « Il est difficile de voir qu’un président de la République a marchandé l’impunité d’un terroriste », soutient celui qui préside une association de victimes. La femme qui témoigne après lui a perdu sa sœur. Et malgré le temps qui passe, « la peine » ne l’a « jamais abandonnée ».

