Procès « DZ Mafia » : « C’est une honte » et incident d’audience à Aix
Me Julien Biot, l’avocat d’Adrien Faure, se dresse devant la cour d’assises d’Aix-en-Provence ce jeudi. L’audience doit reprendre mardi prochain, trente minutes plus tôt.
« Pourquoi depuis le 23 mars tout fonctionne à l’envers ? » Me Julien Biot, l’avocat d’Adrien Faure, l’un des accusés dans le procès du double homicide de l’hôtel F1 survenu en 2019 à Plan-de-Campagne, près de Marseille, s’est exprimé devant la cour d’assises d’Aix-en-Provence ce jeudi. La session de débats s’est à nouveau conclu par un incident, devenu une habitude depuis le début de cette affaire tendue, qui se déroule sous haute sécurité.
L’audience a basculé quelques minutes auparavant, lorsque la présidente a mis fin à l’audition de la capitaine de police sans que toute la défense n’ait eu l’occasion de poser l’ensemble de ses questions. « J’estime que c’est une honte », a déclaré à la barre Me Karim Morand-Lahouazi, l’un des avocats de Karim Harrat, surnommé le « Rant ». Les accusés ont également exprimé leur frustration. « Nos vies sont en jeu, on ne peut pas s’exprimer, notre défense ne peut pas s’exprimer », a déploré Gabriel Ory, dit « Gaby ». « Vous voulez juste nous condamner pour faire plaisir à la France », a dénoncé Amine Oualane, alias « Mamine », assis à ses côtés. Les deux hommes sont soupçonnés d’être devenus des membres importants de la DZ Mafia.
### Retour dans le box
La journée avait pourtant commencé dans de meilleures conditions. Les cinq accusés et leurs avocats étaient de retour devant la cour après plusieurs jours d’absence, en raison du départ précipité de la capitaine de police mercredi dernier, sans avoir achevé son audition. La policière n’avait pas prévenu le tribunal, avant d’envoyer un arrêt de travail. En réaction, la défense avait choisi de ne pas comparaître tant que le témoin n’était pas de retour, ce jeudi.
L’enquêtrice, qui a présenté ses excuses pour son départ, a été entendue en visioconférence. Pendant plusieurs heures, elle a répondu aux questions des avocats d’Adrien Faure, Zaineddine Ahamada, Gabriel Ory et Amine Oualane, revenant sur divers aspects de l’enquête concernant la mort de Farid Tir et de Mohamed Amine Bendjaghlouli, abattus le 30 août 2019 dans un contexte de narcotrafic.
Les avocats de la défense ont remis en question plusieurs éléments à charge retenus contre leurs clients, signalant notamment des incohérences. En particulier, l’avocate d’Amine Oualane, Me Inès Medioune, a souligné une retranscription erronée d’un procès-verbal de la sonorisation de la cellule de son client, un élément qui était à charge. Selon elle, « Bip le Rant » (surnom de Karim Harrat) était en réalité « Bip le gros ».
### L’ombre « Tatoo »
Amine Oualane a réagi avec ironie en se cachant les yeux avec les mains, face à une énième hésitation de l’enquêtrice, qui a eu des difficultés à expliquer certains aspects du dossier. « Je n’ai pas fait la téléphonie », a-t-elle répété à plusieurs reprises avant d’ajouter : « Apparemment, le dossier repose sur mes épaules, donc il faut bien que je réponde. » Les avocats ont intensifié leurs attaques durant l’audience. La semaine dernière, un autre capitaine de police avait été entendu alors que le box était vide.
Une ombre plane sur toutes les questions de la défense, celle de Driss Oualane, alias « Tatoo », l’informateur dans cette affaire dont le comportement est jugé suspect. Les avocats insinuent que les enquêteurs ont exclusivement travaillé sur l’hypothèse fournie par ce « trafiquant de drogue et d’armes », a rappelé Me Christine D’Arrigo, avocate de Gabriel Ory. « Driss Oualane a été traité comme un suspect potentiel », a défendu l’enquêtrice. L’audience doit reprendre mardi prochain, à 30 minutes plus tôt. Le planning reste chargé pour aboutir à un verdict le 10 avril prochain.

