France

Procès du RN : Marine Le Pen évoque « ça sent le fennec » après les réquisitions

À 15h30, la présidente suspend l’audience une trentaine de minutes. Les avocats de la défense se succéderont à partir de mercredi jusqu’au 12 février.

À la cour d’appel de Paris,

Il est 15h30 lorsque la présidente interrompt l’audience pour une pause d’une trentaine de minutes. Marine Le Pen quitte la première chambre de la cour d’appel de Paris. C’est dans cette même salle, dont les fenêtres ouvrent sur la cour de la Sainte Chapelle, qu’a eu lieu, en 1945, le procès du maréchal Pétain. Vêtue d’un haut brun et d’un pantalon noir, la vice-présidente du RN revient dans la salle et passe au milieu d’un petit groupe de journalistes. « Ça sent le fennec ici », déclare la leader d’extrême droite.

Elle revient un instant plus tard pour jeter dans une corbeille deux bouteilles d’eau – de la Vittel – vides. Elle retourne ensuite s’asseoir au deuxième rang, juste devant les deux avocats généraux qui requièrent, au procès en appel à Paris, des assistants d’eurodéputés du Front national. Marine Le Pen avait raison : cela sent mauvais pour elle. Après six heures d’exposé, les représentants de l’accusation, Thierry Ramonatxo et Stéphane Madoz-Blanchet, ont demandé la confirmation de la peine de cinq ans d’inéligibilité à l’encontre de la leader d’extrême droite.

« Réflexe de replis »

Marine Le Pen est arrivée au tribunal vers 12h45. Elle a salué ses avocats et les quelques soutiens présents dans la salle, parmi lesquels l’ancienne députée européenne Marie-Christine Arnautu, condamnée en première instance dans cette affaire. Des chaises avaient été soigneusement placées sur la mezzanine pour accueillir la presse.

Des dizaines de journalistes avaient également pris place sur les bancs à gauche de l’allée qui mène au prétoire. À droite, de nombreux étudiants en droit étaient présents pour assister à ce procès crucial pour l’ancienne présidente du RN, qui envisage une quatrième candidature à l’élection présidentielle.

À 13 heures, les deux avocats généraux ouvrent les hostilités. « Le choix a été fait d’attaquer sur le plan politique l’action des juges », se désole l’un des magistrats, dénonçant un « reflexe de replis » destiné à « dissimuler l’échec annoncé ». Tour à tour, les représentants de l’accusation re prennent les éléments de cette affaire, qu’ils estiment « ni anodine, ni banale ». Ils examinent méthodiquement le système élaboré par Jean-Marie Le Pen pour détourner 1,4 million d’euros au profit du parti d’extrême droite, qui faisait face à d’importantes difficultés financières.

« Un rôle central »

Durant de longues années, des personnels du RN étaient employés comme assistants parlementaires des eurodéputés du parti. Pour certains, sans jamais avoir mis les pieds à Bruxelles. Ils avaient été rémunérés avec de « l’argent public » qui avait été « détourné ». Marine Le Pen a joué « un rôle central » dans ce système qu’elle a « professionnalisé » à partir de 2012, selon les deux avocats généraux. Ancienne avocate, elle connaissait pourtant « les risques juridiques ». La vice-présidente du RN écoute attentivement. Pendant l’audience, elle lit des pages et des pages de texte que lui transmet son avocat.

Vers 18h30, elle semble plus attentive lorsque les représentants de l’accusation en viennent enfin à la peine requise : quatre ans de prison, dont trois ans avec sursis, et un aménagement de l’année de prison ferme en détention à domicile sous bracelet électronique. Le parquet demande également la confirmation de sa condamnation à cinq ans d’inéligibilité, mais sans application immédiate, et une amende de 100.000 euros.

Plaidoiries de la défense à partir de mercredi

En sortant de la salle, Marine Le Pen passe devant le flot de journalistes qui l’attendent et espèrent une déclaration de sa part. Mais cette fois, elle préfère ne faire aucun commentaire.

Les avocats de la défense se succéderont à partir de mercredi jusqu’au 12 février. Ils plaideront avant une mise en délibéré et un jugement prévu « à l’été », mais dont la date précise ne sera révélée que la semaine prochaine.