Procès du drame de Millas : La conductrice « coupable des faits reprochés en leur intégralité »

Au tribunal correctionnel de Marseille,

Nadine Oliveira a-t-elle commis une faute ou une imprudence ce 14 décembre 2017, jour de l’accident où à Millas (Pyrénées-Orientales) un train a percuté sur un passage à niveau un car scolaire, tuant six enfants et en blessant grièvement 17 autres ? A cette question le tribunal de Marseille habilité à juger les accidents collectifs a répondu oui. « Nadine Oliveira (la conductrice du car) est coupable de l’intégralité des faits reprochés », a énoncé Céline Ballérini, la présidente du tribunal. La conductrice du car est condamnée à cinq ans de prison dont quatre années avec sursis. Sa détention se fera à domicile à sa sortie de l’hôpital psychiatrique où elle est internée depuis le 4e jour d’audience après s’être effondrée face aux questions récurrentes des avocats. La constitution partie civile de la SNCF a en revanche été rejetée.

Nadine Oliveira avait « l’esprit mobilisé sur des échéances personnelles », a estimé le tribunal dans son délibéré. Les investigations ont démontré que la conductrice échangeait cet après-midi-là des SMS de séduction avec un collègue de travail et que son téléphone, quoiqu’elle ne l’ait pas consulté en conduisant, était à proximité et visible depuis son siège. Elle avait regardé la notification. Nadine Oliveira conduisait également plus vite, avait glissé un stop et mordu une ligne blanche. L’accident dramatique résulte « d’un défaut de contrôle visuel basique » et de « négligence ».

Le tribunal conclut également que « le passage niveau n°25 n’était pas l’objet de dysfonctionnement ». Sur cet élément qui constitue à bien des égards le cœur du dossier, les avocats de la défense n’entendent pas lâcher et projettent de se porter en appel. « L’expert Dumas a reconnu ici qu’il était lobbyiste pour la SNCF à Bruxelles. Son collègue est contractuellement lié à Alstom, fabricant de pièces des barrières », a appuyé maître Louis Fagniez, l’un des avocats de Nadine Oliveira.

Nadine Oliveira est « déjà dans sa propre prison »

Un jugement qui satisfait maître Gérard Chemla, avocat de nombreuses parties civiles. Il regrette toutefois que la prévenue n’ait pas pu « être là pour entendre que c’est elle qui est responsable ». Pour Stéphane, dont la fille Ophélia est décédée dans l’accident, « le principal est là. J’ai pu entendre le mot coupable », formule ce père qui a suivi les trois semaines de procès. Nadine Oliveira est « déjà dans sa propre prison », a-t-il poursuivi en référence à son absence à l’audience, à sa peine à effectuer en détention à domicile et son internement en psychiatrie.

L’un de ses avocats lui a rendu visite ce matin. « Les psychiatres se sont opposés à ce qu’elle assiste à l’audience. Je trouve qu’elle est dans un état encore pire que lorsqu’elle a été internée », a expliqué Louis Fagniez.

A l’énoncé du jugement, Céline Ballérini a rappelé que celui-ci ne rendrait pas aux survivants « la sérénité et la désinvolture de l’enfance » qui les a brutalement quittées ce jour-là. « C’est une réponse pénale, froide » qui conclut ce procès marqué par « le temps du chagrin et le temps de la nervosité ».

Pour le tribunal, la vérité de ce funeste 14 décembre 2017 réside en simple enchaînement de faits. Le TER circulait avec une poignée de minutes de retard, Nadine Oliveira, qui avait franchi près de 400 fois ce passage à niveau n’avait jamais vu les barrières fermées, et elle était distraite et imprudente à ce moment-là. C’est ainsi que les catastrophes se produisent : un cumul de faits qui pris individuellement paraissent mineurs, mais aboutissent à des conséquences particulièrement graves.