Procès des portraits de Macron décrochés : « Un devoir moral » pour huit « décrocheurs »

Huit militants écologistes ont été jugés à Paris pour — JOEL SAGET / AFP

« Un devoir moral » pour dénoncer « l’inaction climatique » du plus haut sommet de l’Etat. Huit militants écologistes étaient jugés pour « vol en réunion », ce mercredi à Paris, après avoir décroché des portraits du président Emmanuel Macron dans des mairies.

Devant le tribunal correctionnel de Paris, les huit activistes, âgé de 23 à 36 ans, ont reconnu avoir participé à une à trois actions de décrochage en février  dans des mairies d’arrondissement de la capitale, dans le cadre de la campagne « Décrochons Macron » menée par le mouvement Action non-violente COP21 (ANV-COP21).

Le portrait officiel du chef de l’Etat est toujours « en possession du groupe »

Un vidéaste de 29 ans, du média associatif Partager c’est sympa, comparaît également à leurs côtés pour « vol en réunion ». Le 21 février, il s’était rendu dans la mairie du Ve arrondissement de Paris avec d’autres journalistes « à 100 % pour filmer l’action (de décrochage), pas y participer », a-t-il assuré à la barre. Félix, étudiant en Master 2 de sciences politiques, journalisme et militant pro-climat, confirme être le grand jeune homme aux cheveux attachés en chignon, porteur d’une chasuble jaune et de lunettes, qui pose sur la photo avec le portrait décroché dans la salle de mariage et celui qui « l’emporte en vélo », dans un sac noir.

Le portrait officiel du chef de l’Etat est toujours « en possession du groupe », a-t-il indiqué, comme environ 130 autres « réquisitionnées » par ANV-COP21 ces derniers mois, le dernier d’entre eux dans l’après-midi à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), en plein procès. Ce 21 février, « tout s’est passé comme on l’avait prévu, de manière rapide, en quelques minutes », a souligné Félix. Des repérages avaient été faits et chacun avait un « rôle prédéfini » : une personne décroche le portrait, une autre l’emporte, certaines posent avec quand un porte-parole assure à l’extérieur les interviews face caméras.

« Dérober le portrait présidentiel, c’est assez mineur par rapport à la menace qui pèse »

« On a décidé de décrocher le portrait du président de la République pour laisser un mur vide, aussi vide que sa politique climatique actuelle », a lancé Pauline, ex-salariée de l’industrie pharmaceutique, aujourd’hui salariée du mouvement écologiste Alternatiba. Les décrochages relèvent pour elle d’un « devoir moral ». Les prévenus insistent : leurs actions « à visage découvert », pacifistes et « sans dégradation » visent à « frapper les consciences ».

« Face à un président qui fait mine d’être champion de la Terre, (…) on a tenté beaucoup de choses. On a marché, on a signé des pétitions, on a dialogué. Concrètement, rien ne se passe. On n’a pas d’autre choix (que la désobéissance civile) », a affirmé Cécile, chargée de campagne à l’association Les Amis de la Terre. Pour Marion, photojournaliste de 30 ans, « dérober le portrait présidentiel, c’est assez mineur par rapport à la menace qui pèse sur nos vies et que le gouvernement n’a pas mesuré ». La restitution des portraits se fera « le jour où le gouvernement prendra les mesures nécessaires », a-t-elle ajouté.

Une peine d’amende de 1.000 euros pour les huit prévenus

Le représentant du ministère public a requis en fin d’après-midi à l’encontre de chacun des activistes et du vidéaste – tous au casier judiciaire vierge – une peine d’amende de 1.000 euros, dont 500 euros assortis d’un sursis simple. Pour les avocats des activistes, ce vol était commandé par « la nécessité ». En l’absence de préjudice et de parties civiles, ils ont demandé la relaxe de leurs clients. Le jugement a été mis en délibéré au 16 octobre.

Le « vol en réunion » est un délit pour lequel la peine maximale encourue est de cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende. Le premier procès de « décrocheurs » s’était tenu fin mai à Bourg-en-Bresse. Un militant écologiste avait été condamné à une peine d’amende ferme de 250 euros et cinq autres à une amende avec sursis, le 12 juin. Deux semaines plus tard, le tribunal correctionnel de Strasbourg avait relaxé trois activistes. Selon ANV-COP21, une cinquantaine de « décrocheurs » ont fait l’objet de poursuites en correctionnelle.

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