France

Procès des bébés congelés : incohérences et pertes de mémoire évoquées par la mère

Aurélie S., 45 ans, est jugée devant la cour d’assises d’Avignon pour le meurtre de deux de ses nourrissons, qu’elle a conservés dans son congélateur. Elle a donné naissance à ces bébés en 2018 et en 2019 chez elle, sans aide.


« Je ne sais pas », « je ne me souviens plus », « je n’ai pas réfléchi », a répété inlassablement ce mercredi Aurélie S., 45 ans, lors du cinquième jour de son procès. Elle est jugée par la cour d’assises d’Avignon pour le meurtre de deux de ses nourrissons, qu’elle a ensuite conservés dans son congélateur. Cette journée, consacrée à son interrogatoire, a vu l’accusée éprouver des difficultés à recoller les morceaux de sa mémoire et à fournir des déclarations cohérentes avec les éléments du dossier et les expertises.

Pendant près d’une heure, elle a relaté, de manière saccadée, les accouchements de ces deux nourrissons en 2018 et 2019 – elle a également trois autres filles et a donné naissance sous X à un autre enfant – nés chez elle, sans assistance. Aurélie S. a expliqué avoir « perdu pied » au moment de la mort d’Alia, le premier des deux bébés, survenue le surlendemain de sa naissance.

« C’est là que je l’ai placée dans le congélateur », a-t-elle déclaré. Selon son récit, son décès est accidentel. « J’ai glissé dans les escaliers et je suis tombée avec elle, sur elle. Je ne pourrais pas vous dire comment précisément, car je ne m’en souviens pas », a-t-elle expliqué à la cour. Ces affirmations vont à l’encontre des expertises qui révèlent des lésions « à gauche et sur l’arrière du crâne », « incompatibles avec votre version » de la chute. Aurélie raconte avoir ensuite déposé son nourrisson sur le canapé avant de partir se changer.

À son retour, Alia, le prénom donné au nourrisson par ses deux filles adolescentes, ne présente pas de réaction. « Je suis restée un moment avec elle dans les bras, sur le canapé », poursuit l’accusée, qui affirme avoir essayé de percevoir un battement de cœur et de sentir une respiration. Tout s’accélère lorsque sa fille aînée l’informe de son arrivée imminente. « C’est là que je l’ai placée dans le congélateur. Je ne sais pas pourquoi je l’ai mise là. Pourquoi je n’ai pas appelé les secours ? J’ai perdu pied », a juré Aurélie S., derrière ses larges lunettes, t-shirt noir à manches longues, bras croisés, malaxant nerveusement son bras droit avec son autre main.

Sur le banc des parties civiles, le père de la jeune victime peine à cacher sa colère et finit par quitter la salle quelques minutes. Aurélie S. explique qu’à l’annonce de sa grossesse, ce dernier avait coupé tout contact avec elle. Une version qui ne correspond pas aux déclarations de l’intéressé, partie civile au procès, qui avait précédemment soutenu sa compagne lors d’un premier IVG. « Alors il ment ? », interroge la présidente de la cour. « Oui », rétorque l’accusée. « Vous n’avez jamais fait croire à M. R. que vous aviez avorté ? », insiste la magistrate. « Non. Il n’a jamais proposé de m’accompagner pour le second », assure-t-elle.

Concernant un second accouchement dont elle ne sait pas dater le mois, Aurélie S. dit avoir confié le nourrisson à l’adoption « à un couple gay ». En réalité, celui-ci se trouve dans le congélateur, emmailloté dans un linge et placé dans un sac de course sommairement noué.

L’année suivante, en 2019, naît Ange-Raphaëlle. « Je ne savais même pas que j’étais enceinte », reprend Aurélie S., qui ne parvient pas à dater le mois de ce deuxième accouchement. Ses filles n’ont pas remarqué cette nouvelle grossesse ni entendu l’accouchement, qu’elle qualifie de « plus difficile, le pire de tous ». Aurélie S. assure avoir ensuite perdu connaissance, le nourrisson entre ses jambes encore reliées au cordon ombilical. À son réveil, elle constate le décès. « J’ai mis le doigt sous le nez pour sentir et écouter le cœur. Mais il n’y avait rien du tout. Et après de longues minutes, j’ai pris la décision de la mettre avec sa sœur. Après, j’ai nettoyé un petit peu et j’ai passé la fin de la nuit à fumer cigarette sur cigarette. Puis, j’ai fait semblant de tout », a-t-elle conclu.

Abondamment interrogée par la présidente de la cour d’assises sur ses incohérences, l’absence de traces de sang sur le canapé malgré un second accouchement hémorragique, et la présence de lésions sur le premier nouveau-né, Aurélie S. n’offre à la cour d’autres explications que l’absence de souvenirs ou une simple réfutation. « On aimerait tous savoir la vérité », insiste l’une de ses filles à la barre. Sera-t-elle entendue ? Le verdict est attendu à la fin de la semaine.