Procès des balcons effondrés d’Angers : « On a entendu un grand fracas… » Que s’est-il passé le soir de la catastrophe ?

Au deuxième jour du procès des balcons effondrés d’Angers, prévu pour durer près de quatre semaines, le tribunal correctionnel s’est penché ce jeudi sur le déroulement de la soirée du drame. C’est la présidente Catherine Menardais qui en a fait le récit. Un moment « terrible à entendre » pour les dizaines de parties civiles présentes à l’audience. Ce samedi 15 octobre 2016, au 25 rue Maillé, en bordure du centre-ville d’
Angers, les sœurs Mathilde et Bérénice Rondeau célèbrent leur emménagement dans l’appartement n° 17 situé au quatrième étage d’une résidence. Une trentaine de convives sont invités à partir de 19 heures à cette « pendaison de crémaillère », y compris des parents en début de soirée.

La fête se déroule normalement, en musique. Des jeunes se rendent alternativement sur le balcon pour prendre l’air et fumer. « Il ressort du dossier et des diverses auditions que les jeunes faisaient la fête sans excès, sans bruit particulier, sans énervement ou mouvements de danse sur le balcon », insiste la présidente du tribunal.

« Nous nous sommes retrouvés face à un énorme bloc de béton »

Vers 23 heures, alors que 18 personnes se trouvent sur le balcon, celui-ci « se décroche et s’effondre brusquement, entraînant dans sa chute les balcons au niveau inférieur ». Ils terminent sur une terrasse, 8,50 m plus bas. « On a entendu un grand fracas. J’ai ouvert le volet et j’ai compris que les balcons s’étaient écrasés. Cela formait un tas de plus de 1,50 m de hauteur », raconte l’occupante du logement situé juste devant la terrasse. « Nous nous sommes retrouvés face à un énorme bloc de béton, de la fumée, raconte sa sœur, également présente ce soir-là. Il y avait des jeunes en état de choc, d’autres qui criaient. D’autres ont sonné à la porte pour accéder aux décombres et secourir leurs camarades. »

Les secours sont appelés à 23h07 par Mathilde. La police et les pompiers arrivent presque « immédiatement ». Ils constatent la présence de « quatre corps enfouis sous les décombres ». Les opérations de sauvetage sont « très délicates ». La terrasse, qui surplombe un garage, pourrait elle-même s’effondrer avec le poids des balcons (quatre tonnes). Un poste médical est installé à la hâte, un périmètre de sécurité établi.

Multiples lésions et fractures

Les décès de quatre victimes sont annoncés. Deux sont identifiées sur place : Antoine Courgeon, 21 ans, et Benjamin Groud-Brisset, 23 ans. Deux autres ne le seront que « plusieurs heures plus tard » : Lou Chéné, 18 ans, et Baptiste Ferchaud, 25 ans. « Il n’y a pas eu d’autopsie tant les causes de la mort sont évidentes », indique Catherine Menardais. Les médecins légistes décrivent de « multiples lésions et fractures », des « polytraumatismes crâniens et thoraciques ». En parallèle, 14 jeunes blessés sont conduits au CHU d’Angers et à la clinique de l’Anjou, dont un « en urgence absolue ». Le plan blanc hospitalier est activé. Une cellule d’aide psychologique est mise en place.

L'arrière de la résidence de la rue Maillé, à Angers, où un balcon s'est effondré le 15 octobre 2016.
L’arrière de la résidence de la rue Maillé, à Angers, où un balcon s’est effondré le 15 octobre 2016. – J-F.Monier/AFP

Rue Maillé, c’est la sidération. Les rescapés de l’appartement sont pris en charge, avant d’être auditionnés. Certains venaient juste de quitter le balcon pour aller boire un verre quand l’accident s’est produit. L’ensemble de l’immeuble est évacué. Un local est ouvert dans la rue pour les mettre à l’abri. Les rues adjacentes, balayées par les gyrophares d’ambulance, sont bouclées. Le maire d’Angers arrive sur place, de même que certains parents, dont ceux d’Antoine Courgeon.

« Ce balcon pouvait supporter plus d’une trentaine de personnes »

Sur l’arrière de l’immeuble, les restes de fixation métalliques des balcons sont mis à nu. Ceux du quatrième étage étaient tordus. La façade présentait des « éraflures et traces noires d’infiltrations d’eau ». L’enduit « présentait des signes évidents de dégradation ». Les expertises démontreront bien plus tard l’existence de malfaçons sérieuses dans la construction. Le balcon n’aurait jamais dû tomber, quand bien même 18 personnes se trouvaient dessus. « Il est acquis que les 18 personnes n’entraînaient pas une surcharge. Ce balcon pouvait supporter plus d’une trentaine de personnes. Nous y reviendrons mais c’est une cause qui est d’ores et déjà écartée », indique la présidente du tribunal.

Cinq professionnels ayant participé à la conception de cet immeuble livré en 1998 sont poursuivis pour homicides et blessures involontaires : l’architecte, l’ancien gérant de l’entreprise de gros œuvre (société Bonnel), le conducteur de travaux, le chef de chantier et le contrôleur technique. Ils ont raconté ce jeudi la manière dont ils ont appris les faits, le dimanche 16 octobre 2016. Les victimes et familles de victimes, elles, sont invitées à témoigner lundi prochain.