Procès de l’attentat de Nice : Un deuxième accusé décrit comme « loin d’une posture djihadiste »

Chokri Chafroud serait « influençable ». Mais ce Tunisien de 43 ans, deuxième accusé interrogé par la cour d’assises spéciale de Paris au procès de l’attentat de Nice, a aussi été décrit mardi comme étant « loin d’une posture djihadiste ». Arrivé en France quelques mois avant le 14 juillet 2016, il compte parmi les trois accusés renvoyés pour association de malfaiteurs terroriste. En détention provisoire depuis six ans, il encourt vingt ans de réclusion criminelle.

Quatrième d’une famille de sept enfants, Chokri Chafroud a grandi dans un village près de Sousse, où son père était agriculteur. Décrit par ses proches comme « timide, calme », il quitte l’école à 11 ans. Son « potentiel intellectuel » a été décrit par l’expert psychologue comme « dans la moyenne inférieure », avec « un niveau socioculturel et scolaire modeste », rappelle l’un de ses avocats, Me Florian François-Jacquemin.

Une analyse qu’il juge incompatible avec la description de son client par les enquêteurs comme un « mentor influent sur la personnalité instable » de l’auteur de l’attentat, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, tué lors de l’attaque au volant de son camion qui a fait 85 morts et plus de 450 blessés sur la promenade des Anglais.

« Une certaine animosité » envers la France

Le rapport dressé en prison, au quartier d’évaluation de la radicalisation (QER), évoque à l’inverse « sa sensibilité à l’influence, notamment de la part d’une personne qui s’inscrirait dans une posture d’aide salvatrice » et son « manque de discernement et de recul sur les rencontres qu’il pourrait faire ». Un éducateur spécialisé avec qui Chokri Chafroud s’est entretenu souligne cependant qu’il « semble loin d’une posture djihadiste » et qu’il n’a « jamais exprimé de critiques à l’égard de l’Occident et de ses valeurs ».

Pas de cet avis, plusieurs avocats de parties civiles mettent en exergue plusieurs messages, souvent grossiers, échangés entre l’accusé et l’auteur de l’attentat. Si certains montrent « une certaine animosité » envers la France, ce sentiment « ne ressort pas de l’ensemble des éléments » analysés, juge un enquêteur de la sous-direction antiterroriste (Sdat) entendu par visioconférence.

Au QER, Chokri Chafroud assure avoir été ostracisé par les autres détenus parce qu’il écoutait de la musique et ne priait pas. Il évoque des menaces de mort du cadre français du groupe Etat islamique Tyler Vilus. Il raconte aussi avoir rejoint l’Italie en 2006 pour « vivre de la façon dont vivaient les touristes » qu’il côtoyait en Tunisie.

Des messages troublants

Là-bas, il travaille dans deux hôtels, est régularisé en 2010 mais repart brusquement en Tunisie en 2015. Selon lui, parce que son employeur lui refuse une augmentation. Ce dernier évoque un changement de comportement, avec une agressivité nouvelle, une consommation d’alcool accrue et un isolement qui lui avait fait suspecter une dépression.

Il arrive ensuite à Nice, en août 2015 ou janvier 2016, selon les versions, où il travaille dans le bâtiment et est hébergé de façon précaire. Pour l’accusation, sa « très grande proximité » avec Mohamed Lahouaiej-Bouhlel est attestée par les photos trouvées dans le téléphone de l’assaillant, ainsi que par les nombreux messages qu’ils échangent, « le plus souvent à l’initiative de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel », reconnaît toutefois l’enquêteur.

C’était une simple « connaissance », que Chokri Chafroud fréquentait parce qu’il l’avait promis de l’aider à trouver un logement, assure sa défense. Sa mise en cause repose notamment sur un message envoyé par Mohamed Lahouaiej-Bouhlel à un autre accusé le soir de l’attentat, dans lequel il réclame de nouvelles armes et affirme : « Chokri et ses amis sont prêts pour le mois prochain. »

Plusieurs de ses contacts ont été placés en garde à vue après l’attentat, puis remis en liberté. Mais « si [ses] amis n’ont rien à voir avec ce qui s’est passé, qu’est-ce qu’on peut en conclure pour Chokri Chafroud ? », s’est interrogé son avocat Me Florian François-Jacquemin. Son interrogatoire doit se poursuivre jusqu’à jeudi.