Procès de l’attentat de Nice : « On a essayé de continuer la soirée »… Un accusé affirme n’avoir rien su de l’attaque

Le soirdu 14 juillet 2016, « j’étais sur la Promenade mais je n’ai entendu aucun coup de feu, j’ai pensé à des pétards ». Accusé d’avoir fourni une arme à l’auteur de l’attentat de Nice, Ramzi Arefa a assuré ce mercredi devant la cour d’assises spéciale de Paris n’avoir rien vu et n’avoir pas cherché à se renseigner sur le massacre perpétré par un camion-bélier sur la promenade des Anglais. Ce Franco-Tunisien de presque 28 ans est l’un des trois accusés poursuivis pour association de malfaiteurs terroriste et le seul qui encourt une peine de réclusion à perpétuité car en état de récidive légale.

« J’ai vu des gens en panique se cacher sous des voitures… Mais c’était l’anniversaire de mon frère, on a essayé de continuer la soirée. On essayait d’en profiter un max », a poursuivi l’accusé provoquant quelques réactions sur les bancs des parties civiles. « Comment un Niçois peut-il dire ça ? », interroge une avocate, outrée.

A la plage, à Juan-les-Pins, le lendemain

L’accusé qui risque gros s’efforce depuis le début du procès de faire preuve d’empathie avec les victimes. Il a reconnu sans difficulté avoir fourni un pistolet à Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, auteur du massacre qui a fait 86 morts et plus de 450 blessés, mais nie en revanche catégoriquement avoir eu connaissance de ses intentions meurtrières.

Face à l’effet potentiellement dévastateur des dernières déclarations de son client, son avocate tente de lui faire préciser sa soirée du 14 juillet. A cause des séjours en prison des uns et des autres, « nous n’avions pas été ensemble depuis trois ans […] avec mes deux frères », explique Ramzi Arefa. « On était heureux », ajoute-t-il, reconnaissant que son discours « peut blesser » les familles des victimes.

Le lendemain du 14 juillet, ignorant toujours tout du massacre parce qu’il avait « un téléphone sans accès à Internet », il se rend avec ses frères et des amies sur une plage de Juan-les-Pins. Ce n’est qu’en garde à vue, dès le 16 juillet, qu’il prend connaissance de l’attentat et du nom de son auteur. « En voyant la photo présentée par les policiers, j’ai reconnu Momo », le nom sous lequel il connaissait Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. Face aux enquêteurs, ses déclarations vont souvent varier. « J’avais peur, j’étais en état de panique totale », dit-il. Le président Laurent Raviot l’interrompt. « Je veux bien qu’on perde la boule lors d’une garde à vue. La garde à vue, c’est fait pour ça », tempère-t-il.

Une autre attaque prévue pour le 15 août ?

Mais la cour n’en a pas fini avec Ramzi Arefa et s’intéresse aussi aux deux SMS que lui a envoyés Mohamed Lahouaiej-Bouhlel quelques minutes avant l’attentat. « Le pistolet que tu m’as donné hier, c’est très bien, alors ramène cinq » supplémentaires, « c’est pour Chokri [Chafroud, un des autres accusés] et ses amis » , indique un des messages. Une note vocale quasiment identique, envoyée un peu plus tôt, précisait « Chokri et ses amis sont prêts pour le mois prochain, maintenant ils sont chez Walid », le deuxième prénom de Mohamed Ghraieb, le troisième jugé pour association de malfaiteurs terroriste.

Un autre attentat était-il prévu pour le 15 août ? Pourquoi l’assaillant a-t-il laissé tant d’indices sur un téléphone non verrouillé ? « La seule hypothèse c’est qu’il a essayé de me piéger. Il a cherché à m’entraîner avec lui. J’ai essayé de l’escroquer une fois [en lui proposant une arme factice] et plusieurs fois je lui ai parlé froidement. Peut-être que je lui donnais l’impression de le mépriser », répond l’accusé.

« Quand je vois la haine que cette personne avait contre l’humanité, c’est peut-être un peu logique », poursuit-il sans convaincre totalement. Une autre question taraude la cour. A quoi devait servir la kalachnikov trouvée dans sa cave ? Était-elle l’une des cinq armes qui devaient servir pour l’action du 15 août évoquée par Mohamed Lahouaiej-Bouhlel ? « C’était une arme complètement rouillée, une épave », se défend Ramzi Arefa en mettant en cause l’Albanais Artan Henaj, autre accusé au procès, qui lui aurait confié, sans qu’il la demande, cette « kalach invendable ». Artan Henaj, en détention dans le cadre d’une autre affaire, doit être entendu par la cour à partir de jeudi.