Procès Balkany: Tentative de suicide et liasses de cash… Retour sur six semaines d’audience folles

Patrick et Isabelle Balkany vont être jugés pendant six semaines pour des faits de fraude fiscale, de prise illégale d’intérêts et de corruption. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

  • Patrick et Isabelle Balkany sont jugés pour « blanchiment de fraude fiscale ».
  • Ils sont accusés d’avoir dissimulé un patrimoine évalué à 13 millions d’euros.
  • « 20 Minutes » revient sur les six semaines d’audience alors que le procès s’achève ce mercredi.

Dimanche dernier, à la terrasse d’un café de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), Patrick Balkany trinquait tranquillement avec ses soutiens « pour faire venir le soleil », comme l’a révélé RTL. Ce mercredi, c’est pour éviter qu’il ne parte à l’ombre que ses avocats vont plaider devant  la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Avant que le jugement ne soit mis en délibéré, 20 Minutes vous résume les événements marquants de ces six semaines de procès…

1er mai : Isabelle Balkany tente de se suicider

Le procès des époux Balkany a commencé avec douze jours d’avance, quand l’épouse du maire de Levallois-Perret a avalé une grosse quantité de médicaments dans leur propriété de Giverny (Eure). « Je suis fatiguée… », répétait-elle juste avant de passer à l’acte dans un message Facebook où elle s’en prenait aux « moralisateurs » qui transforment un « manquement fiscal » en « crime ».

Rapidement hors de danger, le septuagénaire a toutefois dû faire face à des troubles cardiaques et neurologiques qui, selon elle et son avocat, l’ont empêchée d’assister à la moindre audience. C’est donc via Twitter qu’elle a suivi les débats, confiant mêmear ce biais à 20 Minutes, que « l’exhibition actuelle [de sa situation la] révulse ».

13 mai : Quand Balkany tance Dupond-Moretti

Premier jour d’audience et première bataille procédurale. Eric Dupond-Moretti, avocat de Patrick Balkany, œuvre pendant des heures pour obtenir un ultime renvoi du procès. Il déploie tous les arguments de l’arsenal juridique, expliquant que le maire de Levallois-Perret n’est pas « un chien » et qu’il ne réclame pas « la lune ». Sans succès.

Mais sitôt l’audience terminée, devant le prétoire, on découvre que ce n’est pas le célèbre avocat qui mène la danse de la défense, mais bien son illustre prévenu. Alors que le ténor se lance dans une déclaration larmoyante, il est repris en direct devant les caméras par Patrick Balkany lui-même qui le corrige à propos de son âge. Le ton est donné : l’édile sera son meilleur avocat lors de ce procès.

15 mai : « On a toujours bien vécu… »

Un prévenu qui a pour sonnerie de téléphone la musique des Tontons flingueurs est forcément un homme d’humour. Mais ce mercredi 15 mai, Patrick Balkany n’a pas envie de rire. Confronté aux témoignages qui décrivent les liasses d’argent liquide qui circulaient en permanence chez lui, l’ami de Nicolas Sarkozy est obligé de confesser qu’il s’agissait de l’héritage de son père, planqué en Suisse. Mais ce temps-là est révolu. « On a toujours bien vécu…. Mais aujourd’hui, il n’y a pas plus de magot que de beurre en branche ! », finit-il par lâcher à la barre. Le parquet ne cille pas et requiert, le lendemain, quatre ans de prison avec mandat de dépôt à l’encontre de « ce grand fraudeur fiscal ».

29 mai : Le Saoudien Al-Jaber fait le show à la barre

La climatisation fonctionnait. Mais l’atmosphère de la 32e chambre s’est brusquement réchauffée quand Mohamed Al-Jaber est venu à la barre, ce mercredi. Le tribunal est passé aux accusations de « corruption ». Le Saoudien est accusé d’avoir « offert » une villa à Marrakech aux Balkany en échange de la promesse de remporter le marché de construction de deux tours à Levallois-Perret. Patrick Balkany, lui, se défend justement en expliquant avoir payé cette villa au magnat, dont le sort était menacé dans son pays d’origine.

Aussi haut que large, Mohamed Al-Jaber s’affale littéralement sur le pupitre pour se défendre. Il sort une feuille de sa veste censée lister les plus grandes fortunes mondiales. « Je suis 5e, affirme-t-il. Elle est estimée entre 7 et 9 milliards. Vous croyez que j’ai besoin de demander aux Balkany de m’acheter une maison au Maroc alors que je connais personnellement le roi et tout le gouvernement ? »

Teint rubicond et poings serrés, Patrick Balkany n’y tient plus et explose dans le prétoire. « Cet homme est un escroc ! », hurle-t-il. « Et vous vous êtes quoi ? », lui renvoie l’avocat d’Al-Jaber. « Moi ? Un escroqué ! », affirme sérieusement Patrick Balkany.

05 Juin : Un financier suisse détruit la défense de Balkany

En six semaines de procès, un seul témoin a été appelé à la barre : Marc Angst. Gérant d‘une fiduciaire suisse, il a réalisé le montage offshore ayant permis l’achat du riad de Marrakech. A l’époque, il croit œuvrer pour le compte de Jean-Pierre Aubry, le bras droit de Patrick Balkany. Jusqu’au jour où il découvre son nom dans un article de Médiapart, accolé à celui de Patrick Balkany. « J’étais furieux », témoigne-t-il.

C’est sans doute pour cela qu’il a décrit par le menu les enveloppes de cash qu’il recevait en guise d’honoraires et tout le circuit faisant le lien entre « le luxueux palais oriental » et Patrick et Isabelle Balkany, dont les peignoirs et les livres ont été retrouvés sur place en perquisition.

11 juin : Fraudeur fiscal, oui. Corrompu, non !

Le procès commence à s’étirer. Patrick Balkany semble en avoir assez désormais. Le jour de l’examen de sa personnalité est sans doute la dernière chance de purger le conflit. Alors il se lève d’un bond et reconnaît comme sa femme avoir eu des légèretés avec le fisc. Mais, répète-t-il, ce n’était que pour planquer l’argent hérité de son père et qui dormait en Suisse. Autrement dit, il reconnaît avoir fraudé le fisc mais n’a « jamais, jamais, jamais » reçu le moindre dessous de table.

Le parquet national financier n’est pas touché par la répétition. Deux jours plus tard, il requiert une lourde peine de sept ans de prison ferme avec mandat de dépôt à l’encontre du maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) et quatre ans de prison avec sursis contre son épouse Isabelle.

Revivez ce procès en intégralité sur le compte Twitter de notre journaliste :  @vvantighem

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