Procès Balkany : «Mais c’est pas un chien!» balance Dupond-Moretti qui bataille pour obtenir le renvoi

Paris, le 13 mai 2019. Patrick Balkany arrive avec son avocat Eric Dupond Moretti au tribunal de Paris. Il est jugé pour — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

  • Le procès de Patrick et Isabelle Balkany s’est ouvert à Paris lundi 13 mai.
  • Les époux de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) sont accusés de «fraude fiscale».
  • Leurs avocats ont multiplié les incidents pour obtenir un renvoi du procès.

Tous les moyens sont bons pour parvenir directement à la fin de l’audience… Eric Dupond-Moretti, l’avocat de Patrick Balkany, a déployé, lundi, tout l’arsenal juridique possible afin d’obtenir le renvoi du procès pour « fraude fiscale » et « blanchiment » du maire (LR) de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), quelques heures à peine après son ouverture.

Vers 17h, dans une ambiance devenue d’un seul coup électrique, Benjamin Blanchet, le président de la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris, a finalement suspendu les débats jusqu’à mardi après avoir fait l’objet de menaces personnelles de récusation de la part de l’avocat de la défense.

La tentative de suicide d’Isabelle en débat

Peu importe que les faits reprochés aux époux Balkany –avoir dissimulé au fisc un patrimoine estimé à 13 millions d’euros– remontent à 2009, que l’ordonnance des juges permettant la tenue de ce procès ait été signée en juillet 2018 et même que le rendez-vous officiel fixant le calendrier de l’audience date précisément d’il y a six mois et vingt-six jours : « les Balkany ne sont toujours pas prêts à être jugés ! », a déploré, amer, Xavier Normand-Bodard, l’avocat de l’État, partie civile dans cette affaire.

Eric Dupond Moretti a d’abord gratté la corde sensible dans un prétoire bien rempli en raison de la notoriété des principaux prévenus. L’avocat a rappelé qu’Isabelle Balkany avait tenté de mettre fin à ses jours, il y a douze jours à peine, à Giverny (Eure). « C’est Patrick Balkany qui l’a trouvée chez eux. Il a pensé qu’elle était morte. Il a appelé les secours ! Et vous pensez que psychologiquement, [il est] bien pour comparaître ? Est-ce que je serais en mesure de plaider à sa place ? Vous de juger ? », a-t-il interrogé.

Tempêtant derrière son banc, l’avocat a estimé qu’il ne demandait pas « la lune » en réclamant un ultime délai pour son client. « Il y a une telle volonté de le mettre au trou ? Mais c’est pas un chien Balkany… »

Une demande de récusation contre le juge

Costume bleu et Légion d’honneur à la boutonnière, le maire (LR) de Levallois-Perret, un peu perdu dans le vaste prétoire, n’a, lui, quasiment pas pris la parole de la journée. Si ce n’est pour confirmer son identité à la barre sur laquelle il ne savait visiblement pas où poser ses grosses mains. Et aussi pour parler de son ancien voisin dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, un député (LR) du sud de la France. « C’était mon voisin, j’étais assis à côté de lui… »

C’est surtout un homme qui a été condamné, en septembre 2017, pour des faits de « fraude fiscale » par Benjamin Blanchet, le même juge qui se tient, aujourd’hui, face à lui. Et Eric Dupond Moretti ne pouvait manquer l’occasion d’en faire un argument supplémentaire. « Dans [votre jugement], vous avez écrit que ‘’la lutte contre la fraude fiscale est un enjeu majeur de l’action gouvernementale’’. On pourrait lire ça sous la plume d’un Préfet. Mais pas d’un juge ! »

Les débats doivent reprendre mardi à 13h30

Cela suffit, aux yeux de l’avocat, pour jeter le doute sur le juge. Car, partant de ce jugement, Patrick Balkany ne peut être que condamné dans l’affaire qui l’occupe aujourd’hui. « Je vais donc vous demander de vous déporter de l’audience, balance l’avocat. Si vous n’acceptez pas, je saisirais le premier président d’une demande de récusation… »

Attitude calme et voix posée, Benjamin Blanchet répond alors tranquillement. « Maître, il va falloir que vous déposiez votre demande de récusation. Il va falloir que vous la déposiez car je ne compte pas me déporter… » Juste avant, il avait aussi indiqué qu’il n’y avait aucune raison de renvoyer le procès, Isabelle Balkany ayant accepté d’être jugée en son absence en étant représentée par un avocat.

Le président de la 32e chambre a donc donné rendez-vous à tous les acteurs, mardi à 13h30, pour la reprise des débats. Ils risquent d’être animés. Patrick et Isabelle Balkany encourent, tous deux, une peine pouvant aller jusqu’à dix ans de prison. Le procès doit se tenir jusqu’au 20 juin. Ça risque d’être long…

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