Procès Balkany: Dernière ligne droite à partir de ce mardi après quatre semaines rocambolesques

Paris, le 13 mai 2019. Patrick Balkany arrive au palais de justice de Paris où il est jugé pour «fraude fiscale» et «corruption». — Francois Mori/AP/SIPA

  • Patrick et Isabelle Balkany encourent jusqu’à dix ans de prison pour « blanchiment habituel de fraude fiscale aggravée » et pour lui, « corruption passive ».
  • Pendant quatre semaines, ce procès a été plutôt rocambolesque. 

Coups de sang, théories rocambolesques et arithmétique offshore : le procès Balkany entre mardi dans sa dernière ligne droite, après quatre semaines au cours desquelles le maire de Levallois-Perret aura tout tenté pour n’apparaître que comme un « fraudeur passif » ayant la corruption en « horreur ».

Ils encourent jusqu’à dix ans de prison

Jugés depuis le 13 mai devant le tribunal correctionnel de Paris, Patrick et Isabelle Balkany, maire et première adjointe de cette commune cossue de l’ouest parisien, encourent jusqu’à dix ans de prison pour « blanchiment habituel de fraude fiscale aggravée » et pour lui, « corruption passive ». L’accusation leur reproche des années de dissimulation, d’un magot en Suisse à de somptueuses propriétés aux Antilles et au Maroc, masquées par un chapelet de sociétés-écran.

Pour expliquer les débuts de l’aventure offshore dans les années 1980, couverts par la prescription, Patrick Balkany, 70 ans, convoque la mémoire de son père, résistant juif hongrois rescapé d’Auschwitz, qui lui aurait légué des avoirs en Suisse et des « lingots d’or », convertis en cash « qu’il fallait bien utiliser ». « Rien que de l’argent familial », en aucun cas des fonds occultes destinés alors à financer le RPR, comme l’ont soupçonné les juges, jure-t-il.

Isabelle Balkany absente

Tout en avouant avoir omis de déclarer ce pactole, il s’indigne que l’on fasse « le procès des Juifs qui après la Libération ont pris leurs dispositions », suscitant des murmures outrés dans le public. Il est seul à la barre, en l’absence de sa meilleure alliée Isabelle, 71 ans, convalescente depuis une tentative de suicide juste avant l’ouverture du procès. Issue d’une grande famille bourgeoise, elle aussi avait parlé aux juges d’un « petit magot » suisse.

Culot et gouaille

Dans la salle comme en dehors, il domine la scène, comme aux plus belles heures de ses conseils municipaux à Levallois, devant un public ébahi par son culot et sa gouaille. « L’audience la plus pop-corn de l’année », entend-on sur les bancs de la presse.

Quand son avocat Eric Dupond-Moretti tente d’expliquer l’abattement d’un homme de 71 ans qui a retrouvé sa femme inanimée, il le coupe face caméra pour rectifier : « 70, ça me suffit. Vous verrez quand vous aurez mon âge ». Quand il s’installe pour l’audience consacrée au magot suisse, son portable résonne de la mélodie des «Tontons flingueurs», le film culte de Georges Lautner.

Esprit suisse et jus d’orange

Sur le fond, les Balkany ont reconnu être propriétaires d’une villa aux Antilles, Pamplemousse, mais toujours nié posséder un riad à Marrakech. L’accusation estime à plus de 13 millions d’euros les avoirs dissimulés au fisc entre 2007 et 2014. Le tonitruant maire se défausse toutefois sur « l’esprit suisse » pour expliquer le montage déployé autour de Pamplemousse par son banquier helvète, et invoque sa qualité d’élu pour justifier de n’avoir jamais déclaré ce coin de paradis antillais. « Oh, si j’avais pas été élu, je l’aurais fait depuis longtemps ! » assure-t-il. « On aurait aimé vivre comme tout le monde ! »

Aux portes du désert, le débat se fait plus rude. Patrick Balkany – véritable propriétaire du riad détenu par des sociétés panaméennes au nom de son bras-droit, selon l’accusation – propose une rocambolesque histoire : celle d’un milliardaire saoudien qui voulait acheter « en secret » une villa clinquante à Marrakech. Le récit fait bondir l’intéressé, le promoteur Mohamed Al Jaber, poursuivi pour avoir réglé une partie du prix du riad en échange de délais de paiement supplémentaires dans un énorme contrat pour des tours jumelles à Levallois. Il répète que la maison n’est pas à lui. Les tours ne sont jamais sorties de terre et Balkany n’a cessé d’afficher son mépris pour cet « escroc ». Ils ne s’accordent que sur une chose : « Il n’y a ni corrupteur, ni corrompu ».

Quatre ans de prison requis

Les grains de sable se sont pourtant accumulés au riad, où ont été retrouvés des peignoirs brodés des initiales « PB » et baptisé « Dar Guycy », contraction des prénoms des petits-enfants Balkany Guyla et Lucie. « C’est peut-être un anglicisme sur les jus de fruits ? « Juicy »… Là-bas, il y a des oranges partout », tente Patrick Balkany. Dans un premier volet portant sur le seul délit de fraude fiscale, le parquet national financier a requis mi-mai quatre ans de prison, avec mandat de dépôt, contre Patrick Balkany, deux ans ferme contre son épouse Isabelle, et dix ans d’inéligibilité contre eux deux.

Le second réquisitoire, attendu jeudi, s’annonce bien plus lourd. Alors que la justice a saisi tous ses biens, Patrick Balkany, qui se plaint d’avoir « commencé la politique riche » et de « la finir pauvre », se sent un peu « le porte-parole de tous les Français qui ont un petit matelas de côté ».

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