Prix Goncourt 2022 : Les lecteurs de « 20 Minutes » plébiscitent « Le Mage du Kremlin » de Giuliano da Empoli

Quel rapport entre l’Académie française qui l’a primé la semaine dernière, l’Académie Goncourt qui le récompensera peut-être jeudi et les lecteurs de 20 Minutes qui le plébiscitent ce mercredi ? Tous adorent Le Mage du Kremlin, premier roman aux allures de phénomène avec ses quinze réimpressions depuis sa sortie en avril.

Il faut dire que son auteur Giuliano da Empoli, conseiller politique italo-suisse et enseignant à Sciences po Paris, propose à son lecteur de découvrir ce qu’il peut y avoir « dans la tête de Poutine », pas moins. Et même si le roman, inspiré par les confessions de l’idéologue Vladislav Sourkov, a été écrit avant la guerre en Ukraine, les faits rapportés, présentés comme authentiques, éclairent sur la situation actuelle en Russie.

« Une bouilloire humaine et carnassière »

On comprend que nos lecteurs, férus de décryptage de l’actualité, aient été séduits par ce livre. Ils lui ont attribué 33 % de leurs suffrages, à l’image de Marie-France qui a aimé « plonger dans une bouilloire humaine et carnassière soumise, en dernier ressort, au seul homme de Russie qui ne boit jamais (encore que ce qu’il boit directement au goulot, c’est le pouvoir) » et « se glisser dans ses circuits cognitifs, dans ses affects, dans son rapport au corps et à la force comme dans son absence d’état d’âme. »

Vient ensuite Une somme humaine de Makenzy Orcel (28 % des votes), roman ambitieux sur la souffrance, la misère et l’injustice à la façon d’un Balzac ou d’un Zola du XXIe siècle. « C’est un roman original dans sa forme qui raconte l’histoire d’une femme et à travers elle de nombreuses femmes et qui dépeint la société française contemporaine sans concession », souligne Michelle pour qui c’est aussi « l’œuvre d’un vrai écrivain qui écrit dans une langue très travaillée mais compréhensible par tous ».

« A la fois fragile et forte »

Suivent deux romans plus intimes et plus personnels, sans doute, mais ô combien bouleversants : Vivre vite de Catherine Giraud sur les reproches que l’autrice s’attribue dans l’accident de moto qui a tué son mari, obtient 22 % des voix. « Un beau livre sur la fidélité à l’être aimé, souligne Christiane. Même si elle continue sa vie sans lui, il ne tombera jamais dans l’oubli. Ce livre, écrit par une femme à la fois fragile et forte, est bien écrit et déchirant. »

Last but not least, avec 17 % de vos suffrages, Les Presque sœurs, sur la disparition coupable des cousines juives de son père et de leurs amies lors des rafles des années 1942-1944. Un roman « poignant et très touchant » pour Emma, ainsi que pour Blandine qui a voté pour lui parce qu’elle avait « beaucoup aimé La carte postale » l’an dernier. Le roman d’Anne Berest « aurait dû avoir le Goncourt », selon elle, avant d’être « heureusement récompensé par le Goncourt des lycéens ».