Prix du carburant : « C’est du bon sens »… Le télétravail, une solution à envisager ?
Le prix du gazole dépasse les 2,30 euros et celui de l’essence est à peine moins élevé. En France, moins de 50 % des salariés peuvent télétravailler, et en 2024, un quart des Français déclarait télétravailler régulièrement.
Avec un litre de gazole dépassant 2,30 euros et un prix presque identique pour l’essence, de nombreux salariés ont la sensation de travailler à perte. « Je bosse pour la gloire », ironise une internaute qui commute depuis trente kilomètres. Remède déjà éprouvé pendant la pandémie de Covid-19 et lors de la pénurie de carburant en 2022, le télétravail refait surface avec la hausse des prix à la pompe. C’est une véritable stratégie anti-inflation pour ceux qui peuvent y recourir.
Romain Beke, basé à Sète dans l’Hérault, a augmenté le nombre de jours de télétravail à deux par semaine, contre un précédemment avant le début du conflit au Moyen-Orient. « C’est une réelle préoccupation pour les salariés. J’ai proposé d’augmenter à deux jours par semaine pour ceux qui le souhaitaient. Il y a une dimension financière, mais aussi morale. Cela montre que l’employeur est solidaire des salariés », dit-il.
Le fondateur de la société de conseil en environnement Muhalink admet ne pas être un fervent défenseur du télétravail. Cependant, face aux prix historiques du carburant, il a choisi d’agir en faveur de ses équipes. « Pour moi, cela n’entraîne aucun coût financier. De plus, il ne s’agit pas de créer des habitudes, mais de répondre à un problème temporaire. C’est du bon sens », témoigne Romain Beke.
Malgré la simplicité et le faible coût de cette solution, elle n’est pas généralisée. En France, moins de 50 % des salariés ont la possibilité de télétravailler. Les soignants, commerçants, enseignants, conducteurs de véhicules, artisans, et d’autres métiers en sont exclus de fait. Selon l’Insee, en 2024, un quart des Français affirmait télétravailler régulièrement. Avec la hausse des prix de l’essence, on peut imaginer que cette tendance va augmenter, notamment pour ceux vivant loin de leur lieu de travail.
« Lors des entretiens de recrutement, la possibilité de télétravailler est l’une des premières questions posées. Dans certains secteurs en tension, comme l’informatique ou la comptabilité, cela peut même être un critère éliminatoire », affirme Norjahann Bessaoud. La directrice de recrutement chez Happy to meet you conseille aux managers et dirigeants d’agir pour leurs salariés, surtout dans un contexte d’inflation. « Si rien n’est fait, on risque de voir les employés partir. Lorsque le coût du carburant représente 10 à 20 % du salaire, fidéliser devient compliqué », ajoute-t-elle.
À travers le pays, des représentants du personnel commencent à exprimer leur mécontentement face à cette montée des prix, nuisible aux salariés. Au CHU d’Angers, Force ouvrière a demandé « d’assouplir les règles de recours au télétravail pour ceux qui le peuvent et le souhaitent ». Le syndicat espère également obtenir une aide financière pour ceux « qui n’ont d’autre choix que d’utiliser leur véhicule ». À La Réunion, le syndicat FSU a formulé la même demande à la région. Des employés de SoLocal (anciennement Pages Jaunes) ont également exprimé des préoccupations similaires.
Mais que faire pour ceux qui ne peuvent pas profiter de cette mesure ? « Je reconnais qu’il existe des inégalités. Les dirigeants doivent faire preuve d’ingéniosité. Dans le secteur hospitalier, des journées de douze heures peuvent parfois être envisagées pour réduire les trajets. L’entreprise peut également aider en fournissant un véhicule de prêt », estime Romain Beke. Norjahann Bessaoud plaide également pour une forme de compensation. « Si le télétravail est accordé aux cadres, il faut aussi soutenir les ouvriers, notamment dans les secteurs à fort turnover. Cela peut passer par une compensation financière ou des jours de RTT, par exemple. »
Dans certains pays où l’énergie commence à manquer, des dirigeants ont déjà pris des mesures. En Indonésie, le gouvernement a imposé un jour de télétravail pour tous les fonctionnaires afin de préserver les réserves de pétrole. Le Vietnam a choisi de l’encourager, tandis que le Sri Lanka a instauré la semaine de quatre jours. Disposant de stocks jugés suffisants, la France ne s’est pas encore exprimée sur la question.

