Prix des carburants : « Pas moins cher ici ! »… Les prix à la pompe de l’autre côté de la frontière n’attirent plus

Le monsieur n’a pas le temps. Cramponné à son pistolet à carburant de la station Esso de Kehl, petite ville allemande frontalière de Strasbourg, tout juste ce Français lance-t-il qu’il lui arrive de prendre de l’essence « de temps en temps » de l’autre côté du Rhin. Avant d’ajouter : « Et ce n’est pas moins cher ici ! »

Un peu plus loin, à la station Jet, Mouss pousse un coup de gueule.  « Depuis quelque temps, ça ne fait qu’augmenter, s’emporte le Strasbourgeois. Ça ne fait pas longtemps que j’ai le permis, mais comme je travaille en Allemagne, j’ai déjà remarqué une différence ! » Parmi les personnes interrogées à Kehl, seul Enaytullah Azizi, lui aussi Strasbourgeois, indique venir spécifiquement en Allemagne pour la qualité de l’essence : « Quand vous comparez à ce qui se fait en France, le prix est bas et la qualité est bonne. »

« Maintenant, ce sont les Allemands qui viennent en France »

Derrière son comptoir kehlois, Alf Metz confirme une tendance qui s’est dessinée « en quelques mois » ; ici, les Français ne viennent « pas ou plus pour l’essence ». L’employé de la station Esso voit pourtant passer beaucoup de frontaliers : « Il n’y a plus beaucoup de différence entre les prix français et allemands du carburant. Les Français viennent surtout pour les cigarettes, qui sont moins chères ici. » Fabienne, retraitée strasbourgeoise, en rigole : « Maintenant, ce sont les Allemands qui viennent en France ! » Ce mardi, à un kilomètre d’intervalle, le prix du diesel oscillait entre 1,58 euro/litre en Allemagne et 1,61 euro/litre en France.

Avec la hausse drastique des prix de l’autre côté de la frontière, nombreux sont les automobilistes qui ne voient plus l’intérêt d’y remplir les réservoirs. Que ce soit en Allemagne ou au Luxembourg, jadis autre terre promise en la matière. « L’écart [de prix] entre la France et le Luxembourg s’est beaucoup réduit. Le prix du gazole n’a jamais été aussi haut au Luxembourg. Pour les frontaliers, venir au Luxembourg pour faire le plein n’est plus utile », confie Marco  à 20 Minutes.

« Jamais vu de tels prix ! »

Même constat pour Aurélie : « Frontalière au Luxembourg depuis quatorze ans, je n’ai jamais vu de tels prix, même ici de l’autre côté de la frontière ! » De son côté, Clément nuance : « Pour les travailleurs frontaliers qui travaillent au Luxembourg, il y a toujours une pompe à côté de son travail. C’est donc toujours avantageux d’aller y faire le plein. En revanche, pour les gens qui doivent faire le déplacement spécialement depuis Thionville ou Metz, ce n’est malheureusement plus intéressant. »

S’il ne « sait pas pourquoi les prix s’équilibrent sur ceux en France », Yves Carra, porte-parole de l’Automobile Club Association, note lui aussi « une reprise mondiale généralisée, avec tous les prix qui grimpent et pas seulement au niveau national ». Avant de citer l’exemple « de la Suisse », qui affiche un prix du diesel au litre quasi similaire à celui de l’Hexagone.

Finalement, tous s’accordent sur une chose, ou presque : le prix des cigarettes et des cosmétiques, toujours plus avantageux de l’autre côté de la frontière. «  Pour l’essence, je n’ai pas le réflexe. », conclut le Strasbourgeois Ismaïl Samel.