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Prix des carburants : Bonne nouvelle pour le portefeuille car « la baisse devrait se poursuivre », estime un économiste

Cela fait près de six mois que les consommateurs n’avaient pas vu des prix aussi bas à la pompe. Selon le dernier rapport publié lundi par le ministère de la Transition écologique, le litre de gazole se vendait en moyenne à 1,63 euro la semaine dernière dans les stations-service et celui du SP95-E10 à 1,68 euro. Soit une baisse d’environ trois centimes par rapport à la semaine précédente et de neuf centimes par rapport au début d’année où le litre de gazole s’affichait à 1,72 euro, une première depuis mi-juillet. Même si l’inflation a un peu ralenti, cette baisse du prix des carburants est bien sûr une bonne nouvelle pour le portefeuille des automobilistes. Mais cela va-t-il durer ? Et qu’est-ce qui explique des prix aussi bas ? Interrogé par 20 Minutes, Sylvain Bersinger, économiste au cabinet Asterès, nous livre son analyse ?

Comment expliquer cette baisse des prix des carburants qui sont au plus bas depuis six mois ?

C’est déjà lié à la baisse des cours du pétrole avec un baril de Brent qui est passé sous les 70 dollars il y a quelques jours, ce qui n’était plus arrivé depuis fin 2021. Cela s’explique par la décision de l’Opep +, l’organisation des pays exportateurs de pétrole, de maintenir sa hausse de production. Et dans le même temps, les prévisions de l’économie mondiale ont été globalement revues à la baisse, notamment à cause de la guerre commerciale menée par Donald Trump. La demande anticipée de pétrole baisse donc ce qui fait chuter le prix du baril et cela se répercute mécaniquement à la pompe.

La hausse de l’euro depuis début mars joue-t-elle aussi ?

Même si c’est tout récent, c’est un facteur qui peut expliquer cette baisse en effet. Car plus l’euro est fort, plus le prix du pétrole importé qui est payé en dollars baisse. Il faudra voir dans les prochaines semaines si ces variations des taux de change ont des répercussions sur les prix.

C’est d’ailleurs la question que tout le monde se pose. Cette baisse des prix va-t-elle durer ?

Il faut toujours être prudent avec les prévisions. Il suffit que l’Opep + décide de serrer les boulons et ça remontera aussitôt. On a aussi des acteurs, Donald Trump pour ne pas le nommer, qui sont quand même imprévisibles. Dans un mois, il peut décider d’arrêter les droits de douane. Ou à l’inverse, on peut entrer dans une guerre commerciale qui part dans tous les sens. Mais la tendance est effectivement plutôt à la baisse dans les prochains mois. Malheureusement j’ai envie de dire car cela est lié à la faiblesse de l’économie mondiale depuis que Trump a déclenché cette guerre commerciale.

Jusqu’où cette baisse peut-elle aller ?

On ne reviendra pas aux prix du confinement où le litre de gazole approchait du 1,10 euro car c’était vraiment une période très particulière. L’économie mondiale était complètement à l’arrêt et le prix du baril de Brent s’était effondré sous les 30 dollars. Mais on peut imaginer que la baisse se poursuive et que le prix du baril atteigne les 60 dollars, voire les 50 dollars. Je ne dis pas que cela va se produire, mais c’est un scénario qui reste plausible.

Le contexte géopolitique est aussi très tendu. Qu’est-ce qui pourrait venir chambouler le cours du pétrole ?

On peut imaginer qu’il y ait un embrasement au Proche-Orient ce qui créerait un choc pétrolier avec une flambée des prix. Je ne pense pas que ce soit le scénario le plus probable, mais ce n’est pas totalement à exclure. On peut aussi imaginer que la guerre commerciale de Trump se généralise. S’il décide d’augmenter les droits de douane de 20 % pour tout le monde, les autres pays répliqueront. Cela entraînerait des effets récessifs et on serait alors sur un scénario clairement baissier qui ferait plonger le cours du pétrole.