Primaire républicaine : Ron DeSantis, Mike Pence, Liz Cheney… Qui sont les adversaires potentiels de Donald Trump ?

De notre correspondant aux Etats-Unis,

La guerre fratricide a commencé. En annonçant sa candidature à la prochaine présidentielle avec deux ans d’avance, mardi soir, Donald Trump espère se dégager la route, mais aussi compliquer la vie des procureurs qui enquêtent sur l’élection de 2020 et les violences du Capitole. Mais si son emprise sur le parti républicain semblait presque absolue, les midterms, qui ont pourtant permis de faire basculer la Chambre des représentants du côté rouge, ont rebattu les cartes. Obsédé par sa défaite de 2020 et une fraude imaginaire, Donald Trump a vu les candidats qu’il avait soutenus être massivement rejetés par les électeurs dans les swing states. De quoi aiguiser l’appétit – et les couteaux – d’une dizaine de challengers qui veulent tourner la page Trump.

Ron DeSantis, le fidèle qui a le vent en poupe

Ron DeSantis ne serait sans doute rien sans Donald Trump. En 2018, le soutien du président américain lui avait permis de devenir gouverneur de Floride. Réélu dans un fauteuil la semaine dernière, notamment en séduisant l’électorat latino, il est capable de mobiliser la base MAGA (désormais MAGAGA) sans braquer les indépendants dans les suburbs. A 44 ans, il a l’âge du fils aîné de Donald Trump, et Rupert Murdoch l’a déjà désigné comme « DeFuture » du parti républicain.

Passé par Yale puis Harvard, cet ancien avocat de la Navy a de la repartie et ne se laissera pas marcher dessus dans les débats, comme Jeb Bush ou Marco Rubio. Selon un sondage YouGov réalisé après les midterms, il arrive même en tête des préférences, avec le soutien de 41 % des républicains, contre 39 % à Donald Trump. Mais gare à ce dernier, qui a prévenu qu’il en « savait plus que quiconque » sur DeSantis, « peut-être à l’exception de sa femme ».

Mike Pence, l’ancien VP qui a des comptes à régler

Pendant quatre ans, il a joué les bons soldats. Mais au moment le plus important, Mike Pence a tenu tête à Donald Trump, refusant de bloquer la certification des résultats de la présidentielle 2020 au Congrès. Jeté en pâture aux émeutiers du Capitole par un tweet signé Trump critiquant son manque de « courage », l’ancien VP a commencé de régler ses comptes dans ses mémoires, qui paraissent ce lundi. Donald Trump « m’a mis, moi et ma famille, en danger », attaque-t-il. S’il aura sans doute du mal à incarner la relève, il connaît mieux Trump que quiconque. Ses forces, mais surtout ses faiblesses.

Liz Cheney, la Némésis qui n’a rien à perdre

Liz Cheney n’a aucune chance de remporter la primaire républicaine. Battue par un candidat soutenu par Donald Trump dans le Wyoming cet été, la fille de Dick Cheney n’a qu’une mission : barrer la route à celui qu’elle qualifie de « menace pour la démocratie ». Elle a dit qu’elle « réfléchissait » à se présenter, et elle devrait avoir quelques scuds en réserve après avoir coprésidé pendant 18 mois le comité d’enquête de la Chambre sur le Capitole.

Mike Pompeo, le faucon qui suit le sens du vent

En 2016, alors qu’il soutient Marco Rubio dans la primaire, Pompeo avertit que Donald Trump serait un président « autoritaire ne respectant pas la Constitution ». Quelques mois plus tard, ce faucon républicain retourne sa veste et devient le patron de la CIA, puis le secrétaire d’Etat de l’administration Trump. Après l’assaut du Capitole, il participe à des discussions pour invoquer le 25e amendement afin de déclarer le président américain « inapte », mais elles ne vont nulle part. Mardi soir, il a envoyé une pique à Donald Trump sans le nommer sur Twitter : « On a besoin de leaders qui regardent devant et pas dans le rétroviseur en se posant en victime. »

Nikki Haley, l’équilibriste qui rêve de devenir présidente

Face à Donald Trump, Nikki Haley a toujours joué les funambules. En 2016, l’ex-gouverneure de Caroline du Sud soutient Marco Rubio puis Ted Cruz. Ce qui ne l’empêche pas de devenir l’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU – et la première personne d’origine indienne membre d’un cabinet présidentiel – pour deux ans. Elle a parfois critiqué son boss tout en cherchant à ne pas s’aliéner ses supporters. Elle dénonce ses « mots dangereux » après Charlottesville et déclare qu’il sera « durement jugé par l’Histoire » après l’asssaut du Capitole, mais parle dans la même interview de son « ami » Donald Trump. Elle avait assuré qu’elle ne serait pas candidate s’il se lançait, mais ses calculs ont sans doute changé.

Tim Scott, le sénateur afro-américain qui se place

Si Tim Scott voulait se lancer, il ne s’y prendrait pas autrement. Réélu sénateur de Caroline du Sud avec une marge de 27 points, celui qui met souvent en avant son histoire familiale, « du coton au Congrès », a publié un livre cet été. Son titre : L’Amérique, une histoire de rédemption : Choisir l’espoir, créer l’unité. Yes, he can. Scott, l’un des rares élus républicains afro-américains, bénéficie d’une bonne cote de popularité dans son Etat mais n’a pas la visibilité de ses concurrents au niveau national. Comme Haley, il a sans doute davantage le profil de colistier.

Le reste : Des habitués et des gouverneurs en embuscade

Dans une primaire qui s’annonce plus ouverte que prévu, on pourrait retrouver trois candidats battus par Trump en 2016 : les sénateurs Marco Rubio et Ted Cruz, mais aussi l’ex-gouverneur du New Jersey, Chris Christie, qui critique de plus en plus ouvertement l’ancien président. Deux gouverneurs modérés ont également sorti la sulfateuse. Larry Hogan (Maryland) estime que Donald Trump a « coûté trois élections » aux républicains (la Chambre en 2018, le Congrès en 2020 et le Sénat en 2022). Facilement réélu dans le New Hampshire, Chris Sununu a qualifié les midterms de « rejet de l’extrémisme », et Glenn Youngkin (Virginie) a récemment pris ses distances. Kristi Noem (Dakota du Sud), elle, reste une fidèle de l’ancien président mais on l’a vu sillonner les Etats-Unis ces derniers mois. Le marathon est lancé.