Présidentielle en Pologne : Qui est Rafal Trzaskowski, le candidat europhile et libéral ?

Le candidat aux élections présidentielles en Pologne, Rafal Trzaskowski, le 28 juin 2020 — Petr David Josek/AP/SIPA

  • Ce dimanche, en Pologne, se tient le premier tour de l’élection présidentielle.
  • Parmi les dix candidats en lice, dont le président sortant et candidat du parti Droit et Justice, Andrzej Duda, le maire de Varsovie Rafal Trzaskowski apparaît comme son principal rival.
  • Candidat de la Coalition civique (PO), parti du centre-droit libéral, Rafal Trzaskowski, 48 ans, se positionne comme l’antithèse d’Andrzej Duda, dont il se démarque par ses prises en positions sociétales, en faveur de la communauté LBGT.
  • Ce polyglotte, ex-eurodéputé et ex-ministre, veut rassembler les opposants au parti ultraconservateur au pouvoir.

« On ne peut pas vivre dans un tel état de tensions, de conflits et de crises. Ne me regardez pas comme un ennemi, car je ne le suis pas. Il n’y a pas de haine en moi ». Alors qu’en Pologne, le premier tour de l’élection présidentielle se tient ce dimanche, le candidat du parti centriste Coalition civique (KO) Rafal Trzaskowski tente l’apaisement dans une lettre ouverte s’adressant aux membres et sympathisants du parti Droit et Justice. Il espère battre leur propre candidat, le président sortant Andrzej Duda. La lettre dit en tout cas beaucoup du climat politique dans le pays, où les passions se déchaînent depuis des années entre les supporteurs du pouvoir en place et ses opposants.

Dans un tel contexte, Trzaskowski pourra-t-il l’emporter ? Pour le moment, c’est le candidat du parti ultraconservateur, Andrzej Duda, qui domine dans les intentions de vote : selon un sondage publié vendredi, 45 % des Polonais voteraient pour lui, quand Trzaskowski recueillerait 20 % des voix. Selon une autre estimation, celui qui s’impose comme le principal rival du sortant en obtiendrait 26 %. La bataille promet en tout cas d’être serrée s’il passe au premier tour. Au total, dix candidats se présentent à ces élections. Lors des dernières élections législatives, le Pis avait encore une fois dominé, gagnant plus de 45 % des voix.

« Une sorte de Kennedy »

Il m’empêche, à 48 ans, Rafal Trzaskowski suscite l’espoir du côté des Polonais qui en ont assez du pouvoir actuel. « Il sillonne beaucoup la Pologne. Ses images avec ses partisans passent bien à la télévision (…) Il bénéficie de l’effet de nouveauté, se montre ouvert, a des positions centristes et se montre plutôt délicat dans son expression publique », observe le politologue Pawel Stepien dans les colonnes du quotidien, classé à gauche, Gazeta Wyborcza. « Il est une sorte de… enfin ce sont ses soutiens qui le disent, une sorte de Kennedy, ou Obama, ou Macron. Quelqu’un comme ça. Cette image lui donne déjà quelques points précieux. Bien sûr, la route est encore longue », expliquait le politologue Tomasz Płudowski ce dimanche sur France Info.

L’homme politique n’est pourtant pas dénué d’expérience. Entre 2013 et 2014, il a été ministre de l’administration et de numérique puis des Affaires étrangères au gouvernement de Donald Tusk, le très clivant ex-Premier ministre. Il partage avec l’ex-président du Conseil européen sa proximité avec les institutions européennes. Parlant l’anglais, le français, le russe et l’italien, ce diplômé du Collège d’Europe a été député européen entre 2009 et 2013. En France, il a d’ailleurs été chevalier de la légion d’honneur en France pour avoir « œuvré à la coopération franco-polonaise au plan européen ».

Maire de Varsovie, soutien des LGBT+

En octobre 2018, il remporte les élections municipales à Varsovie, il rafle 56 % des voix et premier tour et devient le maire de la capitale polonaise. Mais rapidement, Rafal Trzaskowski clive l’opinion en signant en 2019 la « déclaration LGBT + » contre l’homophobie. Une charte qui l’engage notamment à prendre des mesures dans les écoles, pour soutenir les élèves harcelés en raison de leur orientation sexuelle ou encore pour promouvoir l’éducation sexuelle selon les normes de l’OMS.

Raillé comme le « candidat de la Gay Pride » par ses opposants très à droite, sa démarche a conduit à la riposte de plusieurs dizaines de collectivités qui se sont déclarées comme zones « libres de l’idéologie LGBT ». Dans un texte publié sur Facebook, il joue aussi avec les « haters » du parti Droit et Justice en n’hésitant pas à se qualifier de « philo sémite ». Il n’exclut pas, non plus, l’idée de restituer des biens juifs, un sujet politiquement sensible en Pologne.

Sa candidature à l’élection présidentielle a été officialisée en pleine crise du coronavirus, le 15 mai dernier. Comme les autres pays, la Pologne est victime du Covid-19 ainsi que d’une crise économique qui vient casser la croissance du pays. Les élections, qui devaient se dérouler en mai, ont finalement été reportées. De quoi peut-être troubler le scrutin et instiller davantage de doutes quant à l’avance d’Andrzej Duda.

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