France

Présidentielle 2027 : Gabriel Attal peut-il attirer les électeurs de gauche ?

Gabriel Attal organise ce mardi soir à Paris un rassemblement au Palais Brongniart autour de quatre tables rondes, avec la présence de personnalités telles que Michel-Edouard Leclerc, Patrick Martin, et Marylise Léon. L’ancien Premier ministre Edouard Philippe, déjà candidat à la présidentielle, pense à un changement de nom pour Renaissance, mouvement dont il a pris la tête l’an dernier, afin de se démarquer des autres ambitieux du socle commun.

« Faut-il tout péter pour refonder la France ? » Gabriel Attal organise ce mardi soir à Paris un rassemblement au Palais Brongniart, comprenant quatre tables rondes aux intitulés accrocheurs. Parmi les invités, on trouve le PDG Michel-Edouard Leclerc, le président du Medef Patrick Martin, et la dirigeante de la CFDT, Marylise Léon. « Nous voulons mettre en avant la société civile et les acteurs du quotidien », précise l’entourage de Gabriel Attal. Cet événement s’inscrit également dans la préparation de sa candidature à la présidentielle de 2027.

Se démarquer d’Edouard Philippe

Avec la fin imminente des débats budgétaires, Gabriel Attal envisage la suite. De nombreux déplacements, la rédaction d’un projet présidentiel, et la publication d’un livre au printemps témoignent d’une candidature prochaine. « On est nombreux à espérer que Gabriel soit celui qui nous représente en 2027, mais la décision lui appartient », déclare Prisca Thevenot, députée des Hauts-de-Seine. L’ancien Premier ministre envisage également un changement de nom pour Renaissance, le mouvement qu’il a pris en charge l’année dernière. « Le parti était presque en voie de disparition, inaudible, et en quelques mois, il a remis notre famille politique en marche pour préparer les municipales et la présidentielle », défend l’ancienne porte-parole de son gouvernement.

Gabriel Attal souhaite ne pas se laisser distancer par Edouard Philippe, déjà candidat à la présidentielle, ni par d’autres ambitieux du socle commun tels que Gérald Darmanin, Bruno Le Maire, ou encore Sébastien Lecornu, Aurore Bergé, et Jean Castex. Pour se distinguer, il vise à reconquérir les macronistes de gauche, déçus par les dernières années du mandat d’Emmanuel Macron, en commençant par la réforme des retraites. Gabriel Attal a proposé de supprimer l’âge légal critiqué pour instaurer un système « universel » avec une part de capitalisation. « Edouard Philippe a fait l’erreur de parler de retraites à 67 ans, mais la mesure d’âge est une brutalité qui ne répond pas aux enjeux », tranche la députée Anne Genetet, ancienne ministre de l’Éducation nationale.

Se positionner sur le créneau social-démocrate

Dans le but de se différencier des rivaux des Républicains, il a également critiqué cet été la « révolution conservatrice » de Bruno Retailleau, candidat potentiel, en rejetant toute idée d’accord avec la droite pour 2027. Le leader de Renaissance a exposé les « divergences profondes » sur des sujets écologiques ou des droits individuels, allant même jusqu’à lancer un débat sur la « GPA (gestation pour autrui) éthique », contestée au sein de son propre camp.

« Il essaie de se positionner en réinvestissant le créneau social-démocrate. Contrairement à ses rivaux de droite, lui vient de la gauche, mais il a déjà du mal à rassembler son propre camp… », affirme un élu proche du président de la République. Sa rentrée à Arras, fin septembre, avait été snobée par plusieurs grandes figures du parti présidentiel – dont Elisabeth Borne – qui sont probablement déçues par les critiques lancées contre Emmanuel Macron. La contestation est donc loin d’être terminée, car l’ex Première ministre snobera à nouveau l’invitation de ce mardi soir. « Je ne crois pas qu’il soit mon patron », a même lancé lundi sur BFMTV la présidente du conseil national du parti, critiquant les ambitions du jeune loup de 36 ans.

« Refus de l’immobilisme »

Mais Gabriel Attal souhaite-t-il réellement attirer l’électorat de centre-gauche pour se relancer ? Dans l’opinion publique, il s’est surtout illustré par des actes d’autorité, sur l’interdiction de l’abaya ou contre le harcèlement à l’école. « Ce qui a séduit les Français, c’est son approche volontariste, presque binaire, d’un constat et d’une solution, qui a été bien résumée lors de son discours de politique générale :  »tu casses, tu répares »… », résume Frédéric Dabi, directeur général de l’Ifop.

Le président du groupe Ensemble pour la République (EPR) à l’Assemblée nationale souhaite renforcer la macronie sur des sujets régaliens, même si cela pourrait diviser ses propres troupes. « Ce qui nous unit, et ce pour quoi je suis à Renaissance, c’est le socle économique et sociétal, pas l’interdiction du voile ou quelques sujets mis au goût du jour par les médias… », se plaignait une députée du groupe il y a quelques mois. Ces hésitations ont été balayées par Prisca Thevenot : « L’éducation, la sécurité, l’immigration, ça concerne tout le monde. Nous ne désertons aucun champ de la République, c’est ce refus de l’immobilisme qui définit notre famille politique ».

Face à des figures comme Raphaël Glucksmann ou l’éventuel retour de François Hollande, le centre-gauche paraît déjà saturé. « Il va être asphyxié, car il n’a aucun espace politique. Tout ce qui sera proche de Macron sera rejeté, c’est un loup solitaire d’une macronie en déclin… », critique un élu socialiste proche de François Hollande. « La question ne portera pas tant sur le positionnement que sur l’incarnation, l’articulation avec le bilan d’Emmanuel Macron, et la distinction sur le plan international », avance Frédéric Dabi. Son camp évoque plutôt une campagne de « rupture » que de proximité avec tel ou tel camp, une stratégie qui ne déplairait pas à un certain Emmanuel Macron, dont l’intéressé tente, pourtant, de se distinguer tant bien que mal.