Présidentielle 2022 : Xavier Bertrand contre-attaque sur la sécurité

Peines minimales, amendes retenues sur salaire… Pour contrer les incursions et « mises en scène » d’Emmanuel Macron dans le champ régalien, Xavier Bertrand, qui espère représenter la droite à la présidentielle, a multiplié les propositions dures sur la sécurité, ce mercredi à Saint-Quentin.

« J’entends l’exaspération et la colère de nos concitoyens. Demain, si l’on ne fait rien, certains se feront justice eux-mêmes. Et après-demain, ce serait la guerre civile », a martelé le candidat ex-LR à la présidentielle, en promettant que son mandat serait « celui de la restauration de l’autorité ».​

« Restaurer l’autorité dans notre pays »

Pour cela, il a dévoilé une batterie de propositions très fermes, une semaine après avoir détaillé sa « République des territoires » et avant son plan sur l’économie, attendu d’ici à fin septembre. Majorité pénale ramenée à 15 ans, « un an de prison ferme » pour les agresseurs des forces de l’ordre, peines minimales obligatoires pour les récidivistes quitte à modifier la Constitution… Pour les amendes pénales impayées, il a proposé qu’elles « soient saisies directement sur les salaires ou sur certaines prestations sociales, comme le RSA ».

Parmi ses autres propositions, 20.000 places de prison supplémentaires, l’expulsion « systématique » des délinquants étrangers, et des peines de 50 ans incompressibles pour « les auteurs d’attentats terroristes ». Autant de mesures qui visent à « restaurer l’autorité dans notre pays », « préalable » à tout relèvement de la France selon lui. Mais il s’agit aussi de contrecarrer Emmanuel Macron, dont il a fustigé les « postures martiales » et les « mises en scène électorales », au lendemain d’un discours à Roubaix – sur les terres de Xavier Bertrand donc – où le chef de l’Etat a présenté son propre plan pour la sécurité.

« On aura un vrai débat, il va venir »

La visite a donné lieu à un échange glacial entre les deux hommes. « Merci de continuer à proposer sur ces sujets si importants », a lancé Emmanuel Macron. « On aura un débat, un vrai débat, il va venir », a répliqué Xavier Bertrand, mettant déjà en scène un duel pour le deuxième tour de la présidentielle. « Merci d’être là, Monsieur le président du conseil régional », a conclu le chef de l’Etat.

Mercredi, Xavier Bertrand a multiplié les critiques envers le chef de l’Etat, « sans expérience d’élu local », et donc dans l’impossibilité « de ressentir ce que vivent les Français ». Le président des Hauts-de-France est crédité de 15 à 16 % d’intention de vote dans les sondages, soit une dizaine de points derrière Emmanuel Macron. Et s’il devance ses concurrents de droite, il n’écrase pas le match, alors que LR doit trancher d’ici à décembre sur le nom de son candidat. Avec son discours, Xavier Bertrand s’est posé en meilleur candidat de son camp sur le régalien, même s’il n’est pas seul à avancer des propositions musclées.

Emmanuel Macron sur le terrain de la droite

Tous les candidats à la présidentielle proposent un moratoire sur l’immigration, comme le Rassemblement national. Valérie Pécresse veut faire passer le budget de la sécurité à 2 % du PIB et reprendre les charters d’expulsion des clandestins. Michel Barnier promet un « ministère chargé de la sécurité publique », et Eric Ciotti compte revenir sur le droit du sol. Car la droite tout entière voit avec exaspération Emmanuel Macron grignoter ce terrain où elle est jugée crédible, alors que le sujet s’annonce comme l’un des thèmes majeurs de la campagne de la présidentielle.

Après le discours du chef de l’Etat mardi à Roubaix, Eric Ciotti a fustigé des engagements qui n’ont « pas plus de valeur qu’un tract politique d’En marche ! à la veille d’une campagne électorale ». « Il fait du Canada dry », a lancé mardi soir Valérie Pécresse. Dans le même temps, la droite doit se garder de Marine Le Pen et d’Eric Zemmour sur son flanc droit. Mercredi encore, le polémiste s’est dit « philosophiquement favorable » à la peine de mort, abolie en France il y a quarante ans. Crédité de 10 % dans un récent sondage, Eric Zemmour entretient le mystère sur une éventuelle candidature, qui pourrait affaiblir les candidats de droite et d’extrême droite. « Eric Zemmour est un grand diviseur », a martelé à Saint-Quentin Xavier Bertrand.