Présidentielle 2022 : Xavier Bertrand a-t-il déjà tué le match à droite ?

Premier parti, premier servi ? Cela fait près d’un an que Xavier Bertrand dit se préparer pour la présidentielle. Après une réélection confortable à la tête des Hauts-de-France le 27 juin dernier, l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy a confirmé qu’il irait « à la rencontre de tous les Français pour redresser notre pays ». Balayant toute idée de primaire, le Nordiste dispose dans les sondages d’une légère avance sur ses potentiels concurrents à droite. Et il commence à engranger des soutiens dans son ancienne famille, Les Républicains.

« Nous avons désormais un candidat naturel : Xavier Bertrand », tranche ainsi Guillaume Peltier, le numéro 2 du parti, ce lundi dans Le Parisien, à la veille d’un bureau politique crucial sur le processus de départage entre les candidats. Mais à dix mois de l’élection présidentielle, Xavier Bertrand a-t-il déjà tué le match avec ses concurrents ?

« Bertrand a fait le trou, et ce trou va s’élargir »

Pour ses soutiens, évidemment, la réponse est positive. « Xavier Bertrand incarne, comme Nicolas Sarkozy en 2007, la France populaire. Il a compris les trois enjeux de la présidentielle : le travail et les salaires face à l’assistanat, l’autorité face à l’islam politique, les libertés de nos provinces face au centralisme parisien […]. Il est le mieux placé d’entre nous, le seul capable de battre Emmanuel Macron et de faire gagner la droite », développe Guillaume Peltier dans Le Parisien, évoquant les récents sondages.

Dans les enquêtes, le candidat obtient entre 14 et 20% des intentions de vote, se rapprochant du duo Emmanuel Macron et Marine Le Pen, et disposant de précieux points d’avance sur ses potentiels adversaires à droite, Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez. « Il a fait le trou, en dépassant les 18 %, bien devant les autres, et ce trou va s’élargir. Il est en passe de devenir le candidat naturel, le plus à même de rassembler. Ne soyons pas la droite la plus bête du monde en nous divisant », plaide le député LR du Nord, Sébastien Huyghe.

« Un candidat naturel, ça ne se décrète pas »

Reste que le profil de Xavier Bertrand, qui a quitté LR en décembre 2017, ne fait toujours pas consensus au sein de la droite. Et ses adversaires ne sont guère convaincus par son avance dans les enquêtes d’opinion. « On voit un soubresaut sondagier car c’est le seul candidat déclaré officiellement. Mais personne à droite n’est aujourd’hui capable de se qualifier pour le second tour. Un candidat naturel, c’est celui qui est capable de venir troubler le match entre Le Pen et Macron », tempère le député de l’Essonne Robin Reda, soutien de Valérie Pécresse, qui doit trancher « après l’été » sur une éventuelle candidature.

Même manque d’enthousiasme dans l’entourage de Bruno Retailleau : « Xavier Bertrand fait un peu le forceur. Un candidat naturel, ça ne se décrète pas, c’est celui qui s’impose à tous, que personne ne conteste, c’est Nicolas Sarkozy en 2006. C’est aussi celui qui est capable de l’emporter en 2022, mais ce n’est pas son cas. Donc la primaire, conforme à nos statuts, reste indispensable », plaide un proche du patron des sénateurs LR.

Primaire ou pas primaire ? « Il faut de la clarté, personne n’y comprend rien »

Mardi soir, le maire LR d’Antibes, Jean Leonetti, présentera au bureau politique de LR ses pistes pour départager les candidats à la présidentielle. Mais dans le JDD, dimanche, il a déjà plaidé pour une forme de primaire ouverte de la droite et du centre en novembre. Reste que le parti lancera également un sondage fin août, auprès des sympathisants de droite, au risque d’entretenir la confusion…

« Il faut de la clarté, personne n’y comprend rien, tranche le député LR du Vaucluse Julien Aubert. On doit acter vite un système de départage, sauf si un candidat s’impose avant fin septembre. C’est-à-dire si l’un d’eux fait vraiment le trou dans les sondages en étant plus proche du duo Macron-Le Pen que des autres candidats de droite. » Un retour, donc, au problème initial.

Mais tandis que LR remue ses méninges pour trouver une porte de sortie, que Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez ou Michel Barnier temporisent, Xavier Bertrand, lui, trace sa route, en espérant y voir, au bout, l’Elysée. Et le temps semble jouer en sa faveur. Un proche de l’un de ses concurrents soupire : « Christian Jacob veut éviter la primaire. Le but est de se décider le plus tard possible pour dire « c’est trop tard », et que le processus de départage mal ficelé se fasse bouffer par la dynamique Bertrand. »