Présidentielle 2022 : Sans Zemmour et Le Pen, les migrations s’invitent « de façon apaisée » dans la campagne

Tout le monde y a eu droit, histoire de partir du bon pied. Avant de leur laisser la parole, les organisateurs de l’audition des candidats à la présidentielle sur le thème des  migrations, ce vendredi à Paris, ont tenu à rappeler à chacun des intervenants qu’ils étaient là pour avoir « une discussion de qualité, avec du temps, sur des sujets complexes qui en demandent, ainsi que du respect et de la rigueur intellectuelle ». Manière de souligner que ce rendez-vous était justement organisé pour entendre d’autres choses que les raccourcis habituels sur ce thème inflammable.

Cela tombe bien, les candidats – ou plutôt leurs représentants, car seul Yannick Jadot est venu en personne – étaient là pour ça. Tous ont salué cet espace de parole pacifié, la députée européenne Sylvie Guillaume (pour  Anne Hidalgo) appelant solennellement à « l’arrêt du concours Lépine de la solution la plus violente, la plus radicale » sur ce sujet. C’est d’ailleurs bien pour ça que le collectif de vingt associations à l’initiative de cette audition a délibérément choisi de ne pas inviter  Eric Zemmour et  Marine Le Pen. « Il est compliqué de parler inclusion dans la société avec des gens qui veulent fermer les frontières et ne faire venir personne », avait justifié avant le coup d’envoi Benoît Hamon, président de l’ONG Singa,  dans nos colonnes.

« Il faut d’abord arrêter de nuire au climat »

« La migration est la pollinisation du génie humain. Elle est un antidote avant d’être un problème », a insisté David Robert, de la même ONG que l’ancien candidat à la présidentielle, en introduction. Les visions davantage humanistes se sont donc succédé sur l’estrade de la petite salle située au rez-de-chaussée du Musée national de l’histoire de l’immigration. On retiendra la proposition de Yannick Jadot, qui souhaite s’il est élu initier une convention internationale sur les réfugiés climatiques, afin de leur octroyer un vrai statut. « Il faut d’abord arrêter de nuire au climat, et ensuite aider les personnes qui vont payer en premier le réchauffement climatique », a dit le candidat écologiste, qui entend sortir les questions de l’asile et de l’immigration du ministère de l’Intérieur. « On ne peut pas les aborder du point de vue sécuritaire », a-t-il justifié.

Les questions posées à chaque intervenant ont permis d’entrer dans le détail sur ce sujet très technique des migrations. Le « règlement Dublin », qui impose aux migrants demandeurs d’asile de déposer leur dossier dans le pays par lequel ils sont entrés sur le territoire de l’UE (souvent différent de celui dans lequel ils se trouvent), a ainsi été abordé plusieurs fois. Anne Hidalgo soutient sa suppression, tant il allonge les procédures. Jean-Luc Mélenchon l’envisage également, au contraire de Valérie Pécresse.

La candidate LR était représentée par son directeur de campagne Patrick Stefanini, ancien secrétaire général du fameux ministère de l’Immigration, de l’Intégration de l’Identité nationale, sous la présidence Nicolas Sarkozy. Il a défendu ses deux idées fortes en la matière : réguler l’immigration en inscrivant dans la Constitution le principe des quotas d’immigration, et la nécessité de mieux contrôler les frontières extérieures de l’UE. « S’il y a un sujet où il doit y avoir une politique commune en Europe, c’est bien le contrôle aux frontières. Il faut le renforcer », a-t-il lancé, avant de résumer ainsi la volonté de sa cheffe : « Accueillir moins pour intégrer mieux. »

Régularisation massive des sans-papiers

Pas vraiment la position des communistes, qui par la voix de Stéphane Peu, ont défendu une régularisation massive des sans-papiers pour en finir avec le statut de « ni-ni ». « Il y a des personnes qui n’ont pas accès au statut de réfugié ou au droit à l’asile, et qui ne sont pas expulsables. Elles sont plongées dans une clandestinité anxiogène qui crée toute une économie noire », a expliqué le conseiller municipal de Saint-Denis (93), évoquant notamment le logement et le travail. Les Insoumis, quant à eux, assument comme sur d’autres thématiques une « désobéissance européenne » si elle est nécessaire pour faire entendre la voix de la France. Danièle Obono, envoyée par Jean-Luc Mélenchon, a assuré qu’il mettrait la pression sur ses homologues européens en conditionnant par exemple la contribution française au budget de Frontex (l’agence communautaire de gardes-frontières et de garde-côtes). « La France ne peut financer des violations des droits humains aux frontières », a-t-elle déclaré.

Il a également beaucoup été question de la protection temporaire activée pour les Ukrainiens. Ce dispositif, prévu par une directive européenne datant de 2001, donne droit un droit de séjour, l’accès au marché du travail, au logement, à l’éducation, à l’aide sociale et à l’aide médicale de manière immédiate. Il n’avait jamais été utilisé avant, par exemple pour les réfugiés syriens ou afghans. Les organisateurs ont bien noté que Marlène Schiappa, représentante du président-candidat Emmanuel Macron, a émis l’idée d’élargir certaines dispositions mises en place pour les Ukrainiens « à d’autres groupes de personnes » à l’avenir.

Le collectif veillera à ce que les belles paroles soient respectées. En attendant, David Robert, en conclusion, n’était pas peu fier de mettre en valeur le fait d’avoir réussi à parler « de façon apaisée de migrations pendant trois heures, avec des hommes et femmes politiques, en France, en 2022 ». « Et ce n’est pas un poisson d’avril », a-t-il ajouté dans la foulée. Une sortie bien maîtrisée.