Présidentielle 2022 : Revenu d’autonomie, bourse, impôts… Quel est le programme des candidats pour les jeunes ?

Alors qu’au 1er tour de 2017, la participation des 18-24 ans était de 68 %, le 10 avril prochain, elle ne pourrait être que de 58 %, selon un sondage* Ifop paru vendredi. Pourtant, les prétendants à l’Elysée ont des mesures dans leur besace destinées aux jeunes. Et 20 Minutes a décidé de comparer celles qui concernent les aides financières.

Car le sujet est particulièrement sensible actuellement : « lors des campagnes présidentielles, les partis de gauche font toujours des propositions sociales en direction des jeunes, analyse Tom Chevalier, chercheur du CNRS et spécialiste des politiques publiques de la jeunesse. La nouveauté pour 2022 est que les partis de droite se positionnent aussi. Cela s’explique par la crise du Covid-19, qui a rendu visible les difficultés économiques des jeunes ».

Assurer un revenu pour les jeunes, une idée bien partagée

L’idée la plus simple dans ce domaine est d’ouvrir le RSA (565 euros par mois) aux moins de 25 ans. Une mesure que défend Jean Lassalle (Résistions !) et Fabien Roussel (PCF). Mais la plupart des candidats préfèrent proposer leur propre revenu d’autonomie aux 18-25 ans. Pour Anne Hidalgo (PS), il s’agira d’un minimum jeunesse de 564 euros par mois, ouvert sous conditions de ressources. « Ce droit sera assorti d’un accompagnement garanti vers l’emploi, la qualification et l’autonomie », précise-t-elle dans son programme.

Le « revenu citoyen » de Yannick Jadot (EELV) s’élèvera à 918 euros mensuels, et la « garantie d’autonomie » de Jean-Luc Mélenchon (LFI) à 1.063 euros. Mais elle ne sera allouée qu’« à tout jeune qui étudie et est détaché du foyer fiscal parental ». En plus de sa proposition sur le RSA jeunes, Fabien Roussel en fait une autre à destination des étudiants : un revenu de 850 euros par mois, alloué sans conditions de ressources. « Il pourra être modulé à la hausse pour les jeunes des milieux les plus modestes », explique-t-il dans son programme.

Quelques candidats ne souhaitent pas octroyer de revenu garanti pour les jeunes. A l’instar d’Emmanuel Macron, qui a justifié son choix lors de la présentation de son programme en mars : « Je n’ai pas voulu faire le RSA pour les 18-25 ans et je l’assume totalement, parce que je considère que c’est en quelque sorte nous satisfaire d’une idée qu’on traiterait la pauvreté ou la précarité uniquement à travers des prestations monétaires. » A la place, il souhaite poursuivre le développement du contrat d’engagement jeune, entré en vigueur en mars 2022 et qui permet à des décrocheurs de moins de 26 ans de se réinsérer en bénéficiant d’un parcours de formation et d’insertion, mais aussi d’une aide financière.

Valérie Pécresse propose une mesure similaire – baptisée « revenu jeune actif » –, de 670 euros par mois, pour les jeunes décrocheurs ou sans emploi qui se formeront dans les métiers en tension. Quant à Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), il souhaite créer « un contrat de travail universel » pour les jeunes. « A l’opposé du revenu universel sans contrepartie, le contrat de travail universel proposera une activité d’intérêt général à mi-temps au service des collectivités contre une allocation de réinsertion », explique-t-il dans son programme.

Des différences qui soulignent les clivages politiques : « Les candidats de gauche penchent pour un soutien au revenu de tous les jeunes, alors que ceux de droite veulent le conditionner. Cela reflète l’adhésion de la gauche à l’Etat providence et la méfiance de la droite à son égard, qui évoque toujours l’idée d’assistanat », commente Tom Chevalier.

Réformer les bourses étudiantes

Longtemps promise par l’exécutif, la réforme des bourses n’a pas eu lieu sous ce quinquennat. Si elle accédait au pouvoir, Nathalie Arthaud (LO) souhaiterait en rehausser le montant et les ouvrir à davantage d’étudiants. Pour les candidats marqués à droite, on veut davantage que les bourses soient corrélées aux résultats universitaires. D’où l’idée de Valérie Pécresse de « recréer de véritables bourses au mérite pour les étudiants des classes moyennes et populaires ». Ou de celle de Nicolas Dupont-Aignan de « multiplier les bourses sur concours pour les jeunes de milieu modeste, en les substituant aux bourses sur simples critères sociaux ». Quand Eric Zemmour propose « de faciliter les bourses sociales et aux mérites des étudiants de classes moyennes et de supprimer celles pour les étudiants absentéistes ».

« Si le sujet des bourses est finalement peu creusé par les candidats, c’est que l’enjeu est plus complexe. S’ils proposaient une réforme du système, il y aura forcément des gagnants et des perdants. Il est donc plus facile électoralement – pour les candidats de droite, par exemple – d’évoquer des bourses au mérite, qui renvoient à leur vision élitiste de l’enseignement supérieur », commente le chercheur.

Jouer sur la fiscalité pour aider les jeunes

Marine Le Pen est la candidate qui fait le plus de propositions dans ce domaine, en voulant « exonérer d’impôt sur le revenu tous les jeunes actifs jusqu’à 30 ans, pour qu’ils restent en France et fondent leur famille chez nous », déclare-t-elle dans son programme. Elle veut aussi « supprimer l’impôt sur les sociétés pour les entrepreneurs de moins de 30 ans pendant les cinq premières années, pour éviter leur départ à l’étranger ».

Et comme plusieurs candidats, elle veut exonérer les donations des parents, mais aussi des grands-parents à leurs enfants et petits-enfants jusqu’à 100.000 euros par enfant tous les dix ans, quand Valérie Pécresse souhaite que cela soit possible tous les six ans. Eric Zemmour lui, voudrait que l’on puisse aller jusqu’à 200.000 euros tous les dix ans.

« La baisse des impôts est une thématique très classique à droite. Mais la nouveauté 2022 est qu’elle se décline sur la jeunesse. Et les propositions sur les donations montrent, de la part des candidats, la volonté de reproduire les inégalités », insiste Tom Chevalier.

Des aides financières spécifiques

Les candidats veulent aussi se démarquer avec des mesures originales. A l’instar de Valérie Pécresse et son idée d’une « banque des jeunes », qui leur accorderait des prêts garantis par l’Etat « pour financer leurs études ou créer leur entreprise ». Selon elle, cette banque serait celle du « droit à l’échec ». « Vous vous lancez dans des études, si ça ne marche pas, c’est l’Etat qui garantit », a-t-elle ajouté. Dans le même esprit, Jean Lassalle veut accorder aux étudiants un prêt de 20.000 euros à taux zéro, garanti par l’État.

Autre idée originale : celle d’Anne Hidalgo, qui veut verser « une dotation en capital de 5.000 euros à chaque jeune de 18 ans, pour lui permettre de financer ses projets professionnels et personnels ». Par exemple : un permis de conduire, un projet de formation, de mobilité… Quant à Yannick Jadot, il se démarque avec sa proposition de « pass liberté climat » pour les 16-25 ans, qui donnerait un « accès illimité à l’ensemble des trains, transports en commun et vélos en libre-service », moyennant un abonnement de 50 à 100 euros par mois.

« Certes, ces mesures originales cherchent à capter l’attention des électeurs. Mais pas tant des jeunes que de leurs parents ou grands-parents. Car le poids électoral des 18-25 ans est plus faible que celui de leurs aînés ; ils ne votent pas beaucoup et de manière volatile », souligne Tom Chevalier. Et selon lui, ce n’est pas près de changer : « La baisse de la participation électorale des jeunes est une tendance de long terme. Non seulement par ce qu’il existe un décalage entre l’offre politique et les aspirations des jeunes. Et parce que leur conception de la citoyenneté dépasse la démocratie participative. Elle se fonde avant tout sur l’engagement dans des associations, la lutte contre les discriminations et en faveur de l’écologie », poursuit-il.