Présidentielle 2022 : Pourquoi Marine Le Pen est sous pression avant le débat face à Emmanuel Macron

C’est l’événement de cet entre-deux tours. Emmanuel Macron et Marine Le Pen s’affronteront lors d’un débat télévisé ce mercredi soir. La candidate du Rassemblement national mise sur cette émission, généralement suivie par des millions de téléspectateurs, pour rattraper son retard dans les sondages. Mais après le fiasco de 2017, la députée du Pas-de-Calais est sous pression, à quelques jours du second tour de la présidentielle.

Faire oublier la débâcle de 2017

Il y a cinq ans, elle était passée complètement à côté de l’exercice, multipliant les approximations et les invectives. Marine Le Pen avait elle-même reconnu avoir « raté un rendez-vous avec les Français », prétextant un coup de fatigue et une mauvaise préparation. Pour éviter un nouveau drame, la candidate du Rassemblement national s’est donc mise deux jours au vert pour plancher. Mais au parti, on tente de calmer le jeu. « C’est un moment important, que beaucoup de Français attendent. Mais il n’y a pas de pression particulière, il n’y a que les médias pour parler de ce qui s’est passé en 2017… », s’agace Gilles Pennelle, cadre du RN. « Cinq ans se sont écoulés, c’est long. Nous avons travaillé notre projet et Monsieur Macron a, depuis, un bilan épouvantable, qu’il n’avait pas il y a cinq ans », jure-t-il.

Une manière de recoller dans les sondages

Le rendez-vous de ce mercredi s’avère toutefois crucial. Si Marine Le Pen doit faire oublier le débat raté de 2017, elle espère aussi combler les 6 à 12 points qui la séparent d’Emmanuel Macron dans les enquêtes d’opinion. « En 2017, sa prestation catastrophique lui avait fait perdre la bataille de la crédibilité, notamment sur les sujets économiques. Elle avait chuté de plus de cinq points dans notre sondage », rappelle Frédéric Dabi, directeur général opinion de l’institut Ifop.

Ces derniers temps, l’entourage de Marine Le Pen affirme que cette dernière a tiré les leçons de 2017, et sera bien mieux préparée pour ce match retour. « La candidate fait aujourd’hui la course en tête dans les enquêtes sur la proximité avec les Français ou le pouvoir d’achat, mais elle perd toujours la bataille de l’expertise et de la crédibilité. Si le débat d’entre-deux-tours n’inverse jamais la tendance, il est d’une importance fondamentale, pour elle, sur la stature présidentielle », précise Frédéric Dabi.

Une campagne d’entre-deux tours plus délicate

Ce débat arrive dans un contexte plus compliqué que ces derniers mois pour l’intéressée. « La candidature d’Eric Zemmour, qui, d’une certaine manière, la protégeait, a disparu. La campagne du second tour n’est pas la même, son programme est plus scruté et attaqué. Elle doit s’expliquer sur certains points polémiques, comme sur la peine de mort », ajoute le sondeur. Vendredi, la candidate a ainsi jugé « anticonstitutionnel » un référendum sur ce sujet, contredisant ses propres déclarations prononcées vingt-quatre heures plus tôt. En quelques jours, la candidate RN semble également avoir fait volte-face sur l’interdiction du voile islamique dans l’espace public, pourtant présente dans son programme, renvoyant cette question aux débats parlementaires.

Une manière d’édulcorer certains points controversés avant le débat face à Emmanuel Macron ? « Notre programme n’est pas édulcoré mais certains détails méritent des débats à l’Assemblée, balaie Gilles Pennelle. Les Français ont déjà de bonnes raisons de voter pour nous. C’est pourquoi nous souhaitons un débat projet contre projet mercredi soir, et non pas les anathèmes lancés par Monsieur Macron ces derniers jours. » Mardi matin, sur France inter, le Premier ministre Jean Castex a estimé que le programme « de Madame Le Pen changeait tous les jours », attaquant la crédibilité d’une candidate n’ayant « jamais rien gouverné ».