Présidentielle 2022 : Pourquoi la question du nucléaire divise-t-elle autant les candidats ?

Doit-on arrêter le nucléaire… ou investir dans de nouveaux réacteurs ? Depuis le début de la campagne, chaque candidat à la  présidentielle avance son pion sur  l’échiquier fragile du mix énergétique. Car si, aujourd’hui, la part du nucléaire dans le mix énergétique français est de 40 %, contre 27,5 % de pétrole, 16,9 % de gaz naturel, 13,1 %  d’énergies renouvelables et 2,5 % de charbon, plusieurs prétendants à l’Elysée souhaiteraient revoir ce quota.

« J’ai choisi de privilégier le scénario qui propose de faire avec 100 % d’énergies renouvelables. L’objectif est d’y arriver d’ici 2050, mais je pense que ça peut être un peu après » avait détaillé à 20 Minutes, Anne Hidalgo, fin février. Avec, en toile de fond, une volonté de sortir totalement du nucléaire in fine. Un objectif partagé par  Jean-Luc Mélenchon pour LFI et par  le candidat écologiste EELV, Yannick Jadot. Tandis que le candidat PCF Fabien Roussel, a choisi d’opter pour un scénario comprenant 50 % de nucléaire et 50 % d’énergies renouvelables.

Chez les candidats de droite et d’extrême droite, un consensus semble se dessiner autour d’une seule et même certitude : investir coûte que coûte dans l’énergie nucléaire. Valérie Pécresse propose « un plan de relance gaullien pour l’énergie avec une remobilisation massive du nucléaire », qui implique d’ores et déjà « une réflexion » sur la construction de nouveaux EPR, au-delà des six en projet à horizon 2035, comme l’a  annoncé Emmanuel Macron à Belfort en février dernier.

Dans son interview à 20 Minutes, Marine Le Pen défend cette énergie pour – notamment – favoriser l’autonomie de la France, sur fond de  guerre en Ukraine. « Avec le nucléaire, on reste souverain car on a une diversification des ressources en uranium. Ce ne serait pas de chance que l’intégralité des pays ayant de l’uranium soit en situation de ne plus pouvoir nous livrer »,  déclare la candidate du Rassemblement national.

Durée de vie et risques d’accident nucléaire

Si les candidats sont autant partagés sur la question, c’est en raison, principalement, des problématiques liées aux déchets générés par la filière et au risque d’accident nucléaire, comme ce fut le cas à Tchernobyl et  Fukushima. Stockés en profondeur dans des tunnels d’argile, les déchets dits à « vie longue », qui représentent 10 % du stock total des déchets radioactifs, perdent leur radioactivité au-delà de 31 ans, mais demeurent actifs pendant près de cent mille ans pour les plus radioactifs.

La durée de vie des centrales nucléaires est aussi pointée du doigt par ses détracteurs. Car plus une centrale nucléaire avance en âge, plus les risques de dysfonctionnement augmentent. Pour pouvoir pallier d’éventuels problèmes, le programme industriel de « Grand carénage » a été mis place en 2014. Le but : rénover les centrales et assurer la pérennité des matériaux après quarante ans. Emmanuel Macron, s’il est réélu, a d’ores et déjà annoncé vouloir prolonger la durée de vie « de tous les réacteurs qui peuvent l’être » au-delà de cinquante ans. Pour l’heure, sur les 58 réacteurs répartis dans les 19 centrales françaises, 39 atteindront les quarante ans d’activités au plus tard en 2025.