Présidentielle 2022 : Nommer Dreyfus général ? Oui et non, répond Emmanuel Macron

Faut-il nommer le capitaine Dreyfus général à titre posthume ? Non sur le principe, mais peut-être pour ce cas particulier, s’est positionné mardi soir Emmanuel Macron, lors d’un « dîner des protestants » après l’inauguration du musée Alfred Dreyfus dans la Maison Zola à Médan.

« Appartient-il au président de la République de faire de Dreyfus un général, aujourd’hui ? Ma réponse de principe serait non », a d’abord répondu le chef de l’Etat, interrogé par le Grand rabbin de France Haim Korsia sur cette manière de « réparer » l’affaire Dreyfus.

Eviter une vague de révisionnisme

« Pour une première raison, qui serait d’éviter les ennuis, a-t-il souri. Pour une deuxième, plus profonde, qui est qu’on ouvrirait alors une possibilité au président de la République de restaurer ou dégrader quiconque en fonction des temps. Parce que j’aurais demain des demandes de tel ou tel pour dégrader des généraux qui ont participé à la colonisation ou à telle ou telle guerre ». « Le grand risque, c’est de revisiter la hiérarchie militaire ou l’histoire, avec le regard d’aujourd’hui », a poursuivi le chef de l’Etat, au cours d’une séance de questions-réponses avec la salle.

« Mais la difficulté avec le cas Dreyfus, c’est que vous appuyez votre propos sur une réalité irréfutable qui est de reconstituer la carrière qu’on a suspendue », nuance Emmanuel Macron. « Quand la haine sort de son lit dans une société, elle met du temps à y revenir, il suffit de voir les années que Dreyfus a vécu après : interdit de participer à la panthéonisation de Zola, on lui tire dessus et on blanchit l’auteur du tir », a-t-il relevé, reconnaissant un « cas singulier ».

Un sujet depuis 2019

« Mais c’est sans doute l’institution militaire, dans un dialogue avec les représentants du peuple français, qui peut le faire, plus que le président comme une décision souveraine, comme un fait du prince. Je pense que ce serait inapproprié. » La position du chef de l’Etat semblait aussi ferme que neutre, avant de conclure : « Mais in pectore [dans mon cœur], il l’est, le chef des armées que je suis peut vous le dire ».

En juillet 2019, la ministre des Armées Florence Parly avait déjà ouvert la porte à une promotion d’Alfred Dreyfus. « 
120 ans plus tard, il est encore temps que les Armées redonnent à Alfred Dreyfus tout l’honneur et toutes les années qu’on lui a ôtés. Et j’y veillerai personnellement », avait-elle annoncé. Le député LR Eric Ciotti, s’était ensuite dit favorable à sa promotion au grade de général.