Présidentielle 2022 : « Nicolas Dupont-Aignan est le seul à défendre la liberté »… On a assisté au meeting du candidat à Forbach

A Forbach (Moselle),

La rue Bauer est longue à Forbach. A deux pas de l’immense mairie style soviétique et d’un monument dédié au passé minier de la région, la salle des fêtes n’est pas simple à trouver. A moins de suivre quelques partisans de Florian Philippot, dont un reconnaissable avec ses autocollants orange sur la casquette.

Ce mardi soir, Nicolas Dupont-Aignan est presque l’invité du président des  Patriotes, habitué de la ville  mosellane. Ce dernier s’y était présenté sans succès aux municipales en 2014 et revendique régulièrement y être « chez lui ». De quoi garantir une salle comble à son nouvel allié ?

A 18 heures, une demi-heure avant le début officiel du meeting, ça ne saute pas aux yeux. Une petite trentaine de personnes a pris place sur les chaises disposées en cercle autour d’un pupitre. Des affiches de campagne à la gloire du président de Debout La France ont été placardées un peu partout le long des murs et des militants s’affairent. Oups, une grosse erreur vient d’être remarquée : le drapeau européen installé dans un coin de la salle a été laissé. Vite, il est retiré pour éviter l’impair au candidat ouvertement souverainiste.

L'entrée de la salle des fêtes de Forbach, mardi soir avant le meeting de Nicolas Dupont-Aignan.
L’entrée de la salle des fêtes de Forbach, mardi soir avant le meeting de Nicolas Dupont-Aignan. – T. Gagnepain / 20 Minutes

Avant le début des hostilités, le secrétaire départemental du parti de NDA en profite pour prendre la parole. « Prenez tous les tracts et les affiches que vous voulez. Si vous habitez dans un village de 600 habitants, divisez par 2,5 pour avoir le bon nombre de boîtes aux lettres », lance Hervé Hocquet en prévenant tout « affichage sauvage ». « Mais si quelqu’un a collé avant vous, vous pouvez recouvrir. Prenez juste une photo avant, c’est le premier qui est puni ! »

Assise au troisième et dernier rang, Jeanne écoute déjà religieusement. « J’ai quitté le travail plus tôt et fait trois heures de route depuis le Haut-Rhin pour venir, explique la quinquagénaire, qui a même réservé une nuit d’hôtel sur place. Pas question de rater une miette de ce que va dire Nicolas Dupont-Aignan, « le seul à défendre la liberté ». « Comme Florian Philippot, je le suis depuis ces histoires de pass vaccinal. Quand j’ai vu que le gouvernement virait le personnel soignant non-vacciné, ça a été un déclic. Je ne veux pas d’un monde avec un pass », lance-t-elle, avouant ne pas être vaccinée. « Et vous pouvez reculer un peu s’il vous plaît ? »

A quelques mètres, Jean-Pierre donne le même argument lorsqu’il lui est demandé la raison de sa venue. « Je suis pour le libre choix de chacun », prône-t-il, également séduit par ce qu’il voit considère comme de la liberté de ton chez le président de Debout la France. « C’est une voix qui s’élève contre le politiquement correct. Aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup de personnes qui ont le courage de dire ce que les gens n’aiment pas entendre. »

Un homme déguisé en phallus géant… poussé dehors

Justement, où est donc la guest-star de la soirée ? Toujours pas là, malgré 18h30 bien tapé. « Il est arrivé mais est retenu par une journaliste », lance un responsable. Le conseiller régional des Hauts-de-France vu dans le film La Cravate, Eric Richermoz, tente de faire monter l’ambiance. Puis file en courant en direction d’une porte dérobée. Quelques secondes plus tard, un homme se voit raccompagné à la sortie. « Vous me suivez monsieur, s’il vous plaît ». Son tort ? Etre venu déguisé en phallus géant. Avec une affiche pendue au cou : « Si Macron est réélu, vous allez me prendre où je pense dans mon intégralité. » Il ne verra pas le meeting.

« Tous ensemble, tous ensemble », ça commence enfin ! Le candidat à la prochaine élection présidentielle entre en scène, accompagné de son nouvel allié. Quelques drapeaux français s’agitent et les deux vont saluer quelques partisans ici et là. « Merci d’être venu ». « Ah tu es là Philippe ! ». Ils s’assoient ensuite sur deux chaises au cœur du cercle, pas sur l’estrade. Bien au cœur de ce peuple dont ils aiment tant louer « le pouvoir ».

Environ 200 personnes ont assisté au meeting de Nicolas Dupont-Aignan.
Environ 200 personnes ont assisté au meeting de Nicolas Dupont-Aignan. – T. Gagnepain / 20 Minutes

Habitué des lieux, Florian Philippot prend le micro le premier. « Que ça fait plaisir de revenir ici », lance-t-il, dans cette « ville de travail ». Et l’ancien bras droit de Marine Le Pen de développer les raisons qu’ils l’ont poussé à se rallier à NDA. « Le seul candidat sincère ». Le seul, aussi, « à avoir défilé dans le froid contre le pass » et qui défend « l’indépendance de la France. » Les attaques au président de la République sont déjà nombreuses. « Je peux vous dire que les oreilles de Macron vont siffler jusqu’au 1er tour », clame-t-il, sous les ovations d’un public conquis d’environ 200 personnes.

Après à peine un petit quart d’heure, c’est au tour de Nicolas Dupont-Aignan de s’exprimer. « Je suis très touché de cet accueil », débute l’ancien maire de Yerres (Essonne), pour sa première dans le coin. « J’étais déjà dans le département mais jamais si haut ! La Lorraine, c’est la Croix, c’est le Gaullisme », poursuit-il dans une de ses nombreuses références au général de Gaulle.

« Augmentation de 8 % de tous les salaires »

Pendant son heure de discours – « je vais conclure, rassurez-vous » –, il abordera ses thématiques chères. La « liberté », « l’indépendance de la France » et « le pouvoir au peuple ». Avec quelques propositions chocs. Comme « l’augmentation de 8 % de tous les salaires grâce à une baisse des cotisations patronales. » Ou la création d’un « référendum révocatoire à mi-mandat où, si je suis trop nul, on peut se débarrasser de moi ». Ou encore la nomination du professeur Raoult « ministre de la Santé ». « J’ai toute confiance en cet homme, il a soigné l’Afrique », justifie-t-il.

Sur la dernière épidémie justement, NDA promet de « réintégrer et d’indemniser tous les soignants » qui n’ont pas voulu être vaccinés. A l’en croire, ils auraient bien fait. Car « les effets secondaires du vaccin, ils les font aujourd’hui passer pour les effets du Covid », assène-t-il en se prenant notamment au laboratoire Pfizer. « Et l’Ukraine, c’est comme le Covid, n’écoutez pas tout ce qu’on vous dit », ajoute le candidat. « On a un cœur mais aussi un cerveau […] On peut proposer un statut de neutralité pour ce pays. »

A la fin du meeting, des sympathisants ont eu droit à des photos avec le candidat.
A la fin du meeting, des sympathisants ont eu droit à des photos avec le candidat. – T. Gagnepain / 20 Minutes

Deux fois, celui qui s’était rallié à Marine Le Pen au 2e tour en 2017, reprend son auditoire. Surtout cet homme venu avec un gilet jaune, assez bavard. « Chut, chut. Je plaisante ». Voilà 20 heures et le moment de conclure, après un ultime appel à ne pas s’abstenir le 10 avril. « Vive la France, vive la République ! ». Puis résonne une Marseillaise chantée a cappella. Eric Richermoz court encore, cette fois chercher un drapeau français qu’il sera bon d’exhiber en rythme. « Et n’oubliez pas, le livre de Nicolas est en vente à la sortie. »

Avant de partir, des selfies sont possibles avec les deux hommes politiques. Jeanne y a droit et repart avec tracts et affiches sous le bras. « J’ai même le numéro d’un responsable, je ne sais pas qui », confie-t-elle, rayonnante. « J’ai adoré ! Il est proche du peuple, pas comme l’actuel président. Ça fait chaud au cœur. »