Présidentielle 2022 : Marine Le Pen tiendra-t-elle le choc dans la course à l’Elysée ?

Jusqu’ici, tout allait bien. Des sondages plutôt favorables, un nombre d’adhérents fluctuant mais suffisant pour faire mouche face à la disette de certains partis de gauche, et une stratégie de « normalisation » du Rassemblement national qui semblait efficace. Enfin ça, c’était avant. Avant  la victoire de Valérie Pécresse à la primaire Les Républicains, le 4 décembre. Avant, aussi et surtout, l’entrée officielle du polémiste Eric Zemmour dans l’arène politique, le 30 novembre.

Depuis, Marine Le Pen, qui trônait en bonne position dans les sondages, juste derrière Emmanuel Macron, s’est fait souffler la place par la candidate LR. Et est talonnée par le candidat de Reconquête qui n’hésite pas à tacler l’ancienne présidente du RN. Une mauvaise nouvelle pour la frontiste, à laquelle viennent s’ajouter des difficultés à réunir les 500 parrainages indispensables pour se présenter à l’élection présidentielle.

Des intentions de vote à la baisse, une candidature affaiblie

« C’est la première fois sous la Ve République qu’on a deux candidats d’extrême droite. Et qui, selon les sondages, pourraient faire tous les deux plus de 10 % », analyse Nicolas Lebourg, historien et chercheur au CEPEL* de l’Université de Montpellier, spécialiste de l’extrême droite. Une donne qui vient chambouler l’ordre établi par Jean-Marie Le Pen, dont la fille est, depuis 2012, peu habituée à devoir partager l’affiche.

Car, dans les sondages, Eric Zemmour fait mécaniquement baisser la candidate du RN. Résultat : les intentions de vote qui lui avait été  crédités à elle seule en 2016, se divisent désormais en deux. « La candidature d’Eric Zemmour rebat d’autant plus les cartes pour Marine Le Pen, qu’il se positionne sur les deux choses fléchées par le Rassemblement national dans sa tentative de dédiabolisation : la Seconde Guerre mondiale et l’antisémitisme, et les questions ethniques et raciales, analyse Nicolas Lebourg. Certes, ça a permis au RN de progresser électoralement. Sauf que là, il y a quelqu’un qui vient tout perturber ! ».

« Il est impossible que l’un des deux soit élu »

Maigre consolation pour Marine Le Pen : si Eric Zemmour lui a raflé une partie de son staff, et sans aucun doute quelques électeurs, il ne joue pas dans la même cour. Le polémiste a en effet préféré courtiser la bourgeoisie, tandis que la frontiste conserve un électorat historique et loyal plus populaire. A chacun sa part du gâteau, donc. « Marine Le Pen a eu une ligne très structurée pendant plusieurs années, autour du souverainisme intégral. Le problème, c’est que cette ligne était très bonne aux premiers tours des élections, mais elle faisait perdre les seconds tours parce qu’on perdait les seniors et les CSP +. Ceux-là mêmes qui, aujourd’hui, sont tentés par Eric Zemmour », explique le chercheur.

Reste que dans les sondages, aucun des deux candidats d’extrême droite n’est donné, pour l’heure, gagnant à l’élection présidentielle. « Selon les derniers chiffres, à peu près 72 % des gens exclus totalement de voter pour Eric Zemmour au premier ou au second tour. Et 69 % des gens disent qu’ils ne voteront pas pour Marine Le Pen au premier ou au second tour. Donc c’est à l’instant T, certes. Mais avec ça, il est impossible que l’un des deux soit élu », avance Nicolas Lebourg. Des chiffres qui pourraient néanmoins évoluer, les candidats actuels n’étant, pour l’instant, que de simples prétendants en attente de leurs parrainages.

En attendant, la candidate du Rassemblement national doit présenter l’intégralité de son programme le 15 janvier 2022, à Reims. Et a d’ores et déjà annoncé qu’elle était prête à rencontrer « tous les candidats à la présidentielle » pour débattre avec eux, dont Eric Zemmour.

(*) Centre d’études politiques et sociales