Présidentielle 2022 : Malgré des discussions, à gauche, rien n’avance et rien n’est clair

« On ne veut pas non plus feuilletonner le truc », assure Guillaume Lacroix, un des proches de Christiane Taubira. Bon, pour ça, au moins, c’est sûr que c’est raté : le roman de l’union de la gauche à la présidentielle a connu un nouvel épisode – on n’ose dire rebondissement – mardi avec la révélation par Le Monde et Politico d’une entrevue entre des émissaires de l’équipe de Yannick Jadot (son directeur de campagne Mounir Satouri et le patron d’EELV, Julien Bayou, tout de même) et de l’équipe de Christiane Taubira à Romainville, en banlieue parisienne, dimanche soir. La situation à gauche n’a pas avancé d’un iota, si on en croit Guillaume Lacroix, qui en était. Personne ne veut se retirer et/ou se rallier.

« Ils nous ont proposé de nous rallier avec en contrepartie la présidence d’une constituante pour Christiane Taubira. Bon, vu qu’ils sont à 5 %, on n’est pas près de présider grand-chose », tacle le patron du Parti radical de gauche (PRG). Il est bien là le problème : « personne ne perce », personne ne peut vraiment dire “ralliez-vous à ma dynamique”. Et, dans le même temps Christiane Taubira est-elle vraiment candidate pour faire 4 % ? « Non, mais personne ne l’est », note Guillaume Lacroix, « terrifié » par la situation d’une gauche (de Roussel à Hidalgo) incapable de s’entendre alors que, d’après lui, « on est presque d’accord sur tout, à part le nucléaire ».

Condition sine qua non

Christiane Taubira ne lâche néanmoins pas l’affaire et va continuer de plaider pour ce rassemblement « désiré sur le terrain ». Mardi matin, la candidate tenait une conférence de presse pour dévoiler – un hasard – la partie climat et environnement de son programme. Interrogée sur le rendez-vous de Romainville, la candidate a rappelé son engagement à rechercher les voies du rassemblement à gauche. Et a appelé Anne Hidalgo, Fabien Roussel, Yannick Jadot et même Jean-Luc Mélenchon à se réunir pour discuter « sans condition, sans préalable, sans tabou ».

S’il n’y a pas de conditions, est-ce que ça veut dire que le fait que ce soit sa candidature qui porte le rassemblement n’est pas une condition sine qua non ? Christiane Taubira ne dit pas oui, mais rappelle sa « légitimité incontestable » issue de la Primaire populaire qui l’a adoubée. « Sans condition, ça ne veut pas dire que je traite par le mépris ce processus démocratique et cette expression de près d’un demi-million de personnes. » En privé, des proches de la candidate disent tout de même, pour faire contraste, qu’elle est la seule « à ne pas faire de sa personne la pierre angulaire de l’union ». Tout cela laisse une marge d’interprétation et de discussion.

Agacement

Côté écolo, Yannick Jadot a réagi par l’agacement aux questions des journalistes sur cette entrevue de Romainville. Pas une surprise, tant, depuis des semaines, c’est le mode de réponse du candidat écologiste aux questions sur l’union de la gauche. Si Yannick Jadot réfute toute « fébrilité » de sa campagne, on peut tout de même se demander ce que son directeur de campagne et son chef de parti sont allés faire à Romainville, à part remettre une pièce dans la machine. Proposer une porte de sortie à Christiane Taubira ? « Trop tôt et trop présomptueux de le dire comme cela encore », dit une source écologiste qui confirme néanmoins le peu de crédit qu’on donne à sa candidature « qui n’a aucune dynamique post-primaire, comme on l’avait prévu, parce qu’elle arrive trop tard ».

« Si Taubira continue, tout ce qu’elle va gagner c’est de la dette », sourit cette source, qui a le sens de la formule. Cette question du financement de sa campagne – hors partis – la met tout de même dans une position de faiblesse vis-à-vis d’autres campagnes à gauche, qui ne sont pas plus haut dans les sondages mais mieux organisées. Guillaume Lacroix assure que le PRG a fait l’amorce pour le démarrage de la campagne « on a 500.000 euros pour aller jusqu’aux 500 signatures et l’avance de l’Etat de 200.000 euros ». Mais ça fait très, très peu. Et puis surtout les 500 signatures, Christiane Taubira en est loin : elle en a 36, à vingt-quatre jours de la date limite. Interrogée sur cette question, mardi, avant la publication du décompte des parrainages, l’ancienne députée de Guyane a répondu par un large sourire qui se voulait confiant. Mais peut-être était-il embarrassé.