Présidentielle 2022 : L’appel à l’union de Yannick Jadot, une démarche qui agace à gauche

Yannick Jadot, seul sur le sable, les yeux dans l’eau. — Alain Robert / SIPA
  • Le député européen EELV Yannick Jadot a lancé lundi un appel à tous les leaders de l’écologie et de la gauche à se mettre rapidement autour d’une table pour construire un « grand projet d’espérance » pour 2022.
  • L’invitation a été acceptée notamment par Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, Olivier Faure, patron du PS, et Benoît Hamon, de Générations.
  • Chez EELV, on soupçonne Yannick Jadot de vouloir enjamber la primaire prévue en septembre. Des soupçons qui, ajoutés aux récentes polémiques ayant divisé la gauche, compliquent un éventuel dialogue pour s’unir d’ici un an.

A gauche, c’est un peu un marronnier. Les appels à s’unir entre différents partis et mouvements se multiplient, et passent en général aux oubliettes. La main tendue par l’écolo Yannick Jadot à de nombreuses figures des Verts et de la gauche, lundi  au micro de France Inter, connaîtra-t-elle le même sort ? A un an de l’élection présidentielle, cette initiative a en tout cas suscité plusieurs réactions.

L’invitation a été acceptée par Olivier Faure et Benoît Hamon, fondateur de Générations. Jean-Luc Mélenchon s’est quant à lui dit « prêt à rencontrer personnellement » l’eurodéputé Europe écologie-Les Verts.

Jadot fait-il une Xavier Bertrand ?

Chez EELV justement, on trouve ce « coup d’éclat » médiatique agaçant. « Cette initiative n’est pas bienveillante vis-à-vis du parti. Il a pris tout le monde de court, et semble vouloir enjamber la primaire » prévue en septembre, juge un cadre du parti. La socialiste Ségolène Royal, ex-candidate PS à la présidentielle, partage cette analyse. « Jadot veut contourner EELV pour échapper au processus de désignation », a-t-elle estimé.

Yannick Jadot veut-il s’éviter un scrutin interne face au maire de Grenoble Eric Piolle et à l’économiste Sandrine Rousseau ? En guise de réponse, son coordinateur de campagne, Mounir Satouri, dégaine une question : « Aujourd’hui, chaque parti de gauche a son propre calendrier, et tous les processus ne commencent qu’à la rentrée, après les régionales. Est-ce que cela est compatible avec nécessaire rassemblement ? Aux appareils d’y répondre. »

Pour la direction d’EELV, pas question d’enterrer la primaire écolo, organisée pour chaque présidentielle depuis 2001. « La primaire aura lieu. C’est du concret », assure la porte-parole du mouvement, Sandra Regol. Un cadre prévient même que cette tentative d’enjamber le scrutin interne pourrait coûter cher à Yannick Jadot : « Les militants écolos n’aiment pas les clés de bras, on a une culture de ne pas se laisser imposer les choses. » Sur la forme, cette même source juge que l’appel de Yannick Jadot à l’union « braque tellement les projecteurs que ça produit du théâtre ».

Un contexte compliqué

Sur le fond, aucun des invités de Yannick Jadot n’a osé remettre en cause le principe d’un dialogue, à un an du scrutin, en vue d’un rassemblement. « Les chefs de parti discutent régulièrement, depuis environ deux ans. Mais l’union à gauche est un combat qu’on a rarement gagné », reconnaît Sandra Regol. « On est dans une séquence très compliquée, on voit bien que l’ombre de la division pourrait nous exclure du second tour de la présidentielle », plaide Mounir Satouri, dans le camp Jadot.

Le contexte n’est en effet pas idéal, comme le souligne Alain Bergougnioux, historien et ancien cadre socialiste. « Il y a pas mal de sujets de désaccords, on le voit avec la question de la République, de l’universalisme, de la laïcité… Cela s’est exprimé lors des polémiques sur l’Unef ou les propos de Pulvar ». Des attaques entre les partis de la gauche qui pourraient laisser des cicatrices et bloquer un rassemblement en vue de l’élection présidentielle.

Les discussions peuvent aussi être compliquées par les élections régionales et départementales, pour lesquelles chaque parti a sa stratégie, les listes de rassemblement, comme dans les Hauts-de-France par exemple, restant l’exception. « Il y a un chemin étroit pour rassembler la gauche, mais cet horizon ne s’ouvrira pas avant fin juin », après ces scrutins, estime-t-on à la direction d’EELV. Encore faut-il que ces élections locales soient maintenues les 13 et 20 juin. La question est actuellement entre les mains du gouvernement et du Parlement.

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