Présidentielle 2022 : La difficile quête des parrainages de Georges Kuzmanovic

Dans un petit T2 du 15e arrondissement de Paris, on s’active en cet après-midi. Le QG de campagne du mouvement République souveraine se transforme en studio de télévision ce mercredi 9 février. A 20h30, le candidat à la présidentielle 2022, Georges Kuzmanovic, répondra aux questions en direct sur « [sa] vie, [son] œuvre », comme il dit.

Deux autres membres du mouvement s’affairent pour préparer au mieux l’installation de tournage. « Il nous manque un fil pour avoir un retour d’image sur l’ordinateur. » De quoi illustrer immédiatement le maître mot de cette campagne : « la débrouillardise » selon eux. Et celle-ci a ses limites, à l’image du live qui a dû être arrêté au milieu de la soirée après un problème technique. La vidéo devait permettre de se faire connaître des Français et d’avoir un élément de présentation à fournir aux maires en vue de potentiels parrainages.

Georges Kuzmanovic ne comptait officiellement que 27 signatures au 10 février, sur les 500 nécessaires. « Pour les petits candidats, il y a plus de méfiance donc de vérification. C’est pour cela que les parrainages prennent plus de temps à être comptabilisés », affirme celui qui joue le rôle de l’attaché de presse, Pedro. Tous assurent qu’ils en ont « déjà plus et de nombreuses en attente ».

« Notre avantage c’est la cohérence »

Avant d’apporter leur éventuelle signature, certains élus souhaitent connaître le candidat. « Je suis un homme, un papa », s’introduit le Franco-yougoslave de 48 ans, en sortant une tétine pour enfant de sa poche. « Je suis engagé en politique depuis longtemps, mais parfois ma candidature m’étonne moi-même », poursuit-il. Une candidature motivée par « l’état actuel de la politique en France ». Selon lui, les vrais problèmes ne sont pas suffisamment abordés. En exemple : « D’ici à l’automne prochain, les Français vont voir leurs factures d’électricité doubler. Alors on leur donne quelques centaines d’euros… Ça ne colle pas. »

« La France c’est mon pays, mes trois filles vont vivre ici, argue Georges Kuzmanovic. J’ai eu la chance de vivre beaucoup à l’étranger, ça permet de mieux appréhender notre pays et sa valeur. » Après une enfance passée entre la France et la Yougoslavie, il part ensuite au Rwanda afin de venir en aide aux enfants laissés orphelins par le génocide. Il prend également le chemin des Etats-Unis pour étudier au MIT, avant de s’engager en Afghanistan en tant qu’officier de réserve.

« C’est ce parcours très varié qui peut être une force et nous aider à affronter cette campagne malgré le fait que nous soyons peu connus », avance l’un des membres du mouvement. « Il a travaillé dans le public et dans le privé, a été employé et cadre. Notre avantage, c’est la cohérence de notre programme. » Pour eux, il ne pourra « jamais » leur être reproché d’être déconnecté de la réalité du quotidien des Français, « contrairement à de nombreux candidats ».

De La France Insoumise à Jacques Cheminade

Et si son nom n’évoque pas grand-chose, Georges Kuzmanovic met en avant son expérience pour mener à bien cette campagne. Lors de la présidentielle de 2017, il était le porte-parole chargé des questions internationales et de défense de Jean-Luc Mélenchon. « Moi je suis resté fidèle à 
la France Insoumise de 2017, avec une ligne claire sur l’Europe : on la change ou on la quitte. Aujourd’hui, le parti n’est plus ce qu’il était », confie-t-il.

République Souveraine peut également compter sur le soutien de l’ancien candidat Jacques Cheminade. « Nous pensons qu’il faut réunir au niveau national face à un risque international de crise économique, et de guerre. Cette candidature peut remettre à l’ordre du jour le combat contre l’oligarchie financière », justifie celui qui compte trois campagnes présidentielles à son actif. Autre atout mis en avant : 
Alexandre Langlois, souvent nommé le « candidat policier », va le rejoindre dès ce lundi 14 février.

Un profilage fait maison

Mais le combat actuel de ce « candidat inconnu », c’est donc de trouver, avant le 4 mars, les 500 parrainages d’élus nécessaires pour valider sa candidature. De nombreuses affiches sont placardées sur les murs du petit local du mouvement. « A rappeler, déjà donner, cinquième relance… », peut-on lire, inscrit au marqueur.

Si certains candidats font appel et payent de vrais centres d’appels pour réussir, ici chacun y met du sien. « Nous avons 59 membres, militants et sympathisants qui s’affairent, et certains vont même directement faire du porte-à-porte », lance le candidat. La plupart d’entre eux travaillent en parallèle. « Certains prennent des congés. Mais nous avons un petit nombre d’enseignants et étudiants qui sont actuellement en vacances et qui prennent de ce temps-là, sourit-il. Il faut parfois appeler au milieu de la nuit pour avoir des maires de Polynésie ».

Sur l’ordinateur du QG, un tableau Excel bien rodé. Les élus sont triés. A-t-il déjà donné son parrainage ? Qui a-t-il parrainé lors des dernières élections ? Quelles sont les problématiques défendues et qui sont présentes sur son territoire ? Le profilage est précis.

« Le parrainage ne doit pas être un soutien »

Le candidat décroche son téléphone : « Bonjour Monsieur X. C’est Georges Kuzmanovic, le candidat à la présidentielle. Comme vous devez l’imaginer je vous appelle pour les parrainages. » Malheureusement pour lui, le maire a déjà donné sa voie à quelqu’un d’autre. « Oups, le tableau n’a pas été mis à jour », plaisantent les trois hommes. Seconde tentative, répondeur. Sur la messagerie Georges évoque son passé de combattant, histoire dont le maire en question est semble-t-il proche.

Beaucoup d’efforts pour une réussite qu’ils fixent à un parrainage pour 100 appels. « Aujourd’hui il faut bien comprendre que certains maires ont trop à perdre en ne signant pas pour certains gros partis, et d’autres ne préfèrent parrainer personne », déplore Georges Kuzmanovic. Pour ce dernier, il faut faire comprendre qu’un « parrainage n’est pas un soutien et ne doit pas être perçu comme tel. » Avant d’anticiper un échec : « Même si nous n’obtenons pas les 500, nous ne serrons pas loin. »