Présidentielle 2022 : Ils ont voté à gauche mais pas pour Mélenchon… Et ils n’ont « aucun regret »

Fallait-il, pour assurer une place à la gauche au second tour de la présidentielle, privilégier le « vote utile » en votant Jean-Luc Mélenchon ? C’est le calcul fait par certains insoumis. Car leur leader, crédité de 21,95 % des voix dimanche, a échoué de très peu face à Marine Le Pen (23,15 %) pour allier défier Emmanuel Macron dans dix jours. Moins de deux points d’écart avec la candidate du RN, sachant que le communiste Fabien Roussel a fait 2,28 %, la socialiste Anne Hidalgo 1,75 %, et l’écologiste Yannick Jadot 4,63 %.

Les reproches fusent envers ces « petits » candidats, créant parfois des tensions. Dimanche soir, Fabien Roussel a été hué par les militants insoumis. Puis le siège de la fédération communiste du Nord a été endommagé. Et à Nantes, les permanences d’Europe Ecologie les Verts (EELV) et du PCF ont été taguées du mot « traîtres ».

« En tant qu’électeur de Roussel, je ne voterais JAMAIS Mélenchon »

Les électeurs de gauche qui n’ont pas voté Mélenchon s’en mordent-ils les doigts ? Le leur reproche-t-on ? Leur réponse est unanime : parmi les témoignages reçus, aucun n’a de regret. A commencer par les partisans d’EELV. « On m’a traité de  »social-traître » pour avoir supporté Yannick Jadot jusqu’à la dernière minute, nous dit Sacha. Je regrette que Mélenchon ne soit pas passé, mais je ne regrette pas mon vote ». Et pour Charlotte, il n’était pas question d’aller contre ses idées : « il nous paraissait essentiel, ma famille et moi, de voter pour l’écologie. Beaucoup de personnes nous l’ont reproché, mais j’ai voté en fonction de mes profondes convictions ».

Même topo chez les partisans de Roussel. « Le vote utile est une camisole de force, comme disait Mélenchon, ironise Jean-Christophe. En tant qu’électeur de Roussel, je ne voterais JAMAIS Mélenchon, donc les additions sont sans valeur ». Pour beaucoup, en effet, le communiste et l’insoumis étaient bien trop éloignés. Claude, « vieil électeur de gauche », n’a « aucune leçon à recevoir (…) Jamais je ne voterai Mélenchon, je vais voter Macron sans souci ! », avance-t-il. Quant à Emilie, elle ose une comparaison maraîchère : « S’il n’y a pas d’orange, je ne vais pas prendre une pomme à la place sous prétexte que c’est un fruit si je n’aime pas les pommes ». Autre remarque de Matthieu : « La notion d’utilité dans le vote s’exprime bien davantage dans les élections législatives ».

Et du côté PS, malgré la bérézina ? On retrouve les mêmes arguments, notamment chez Willy. « Profondément socialiste, j’ai évidemment voté pour Hidalgo. Des amis ayant voté Mélenchon me le reprochent, mais je leur réponds que jamais je n’aurais voté pour un anti-européen ». D’ailleurs, dit-il, « un second tour Macron-Mélenchon m’aurait obligé à voter Macron ».

« L’insoumis qui voulait soumettre, un comble »

Nos lecteurs sont donc droits dans leurs votes. Et ce n’est pas eux qu’il faut blâmer, mais Mélenchon lui-même, pense 22Agauchetoute : « Il est très mal placé pour reprocher aux électeurs de gauche de ne pas avoir voté pour lui. Hidalgo, Taubira étaient d’accord pour une primaire sauf lui et Jadot, voilà le résultat ! ». « Mélenchon ne voulait pas s’allier, il voulait que les autres se soumettent à lui. L’insoumis qui voulait soumettre, un comble », moque Anti_Lozer. Quant à Patrick, ce qu’il craignait le plus, c’est « le culte du chef. Avec Mélenchon, je retrouve plein de choses qui m’ont toujours fait douter de sa sincérité ».

Et si ce n’est pas la faute de l’insoumis, c’est alors la faute des autres. MinutePapillon a voté pour Mélenchon : « S’il y a des reproches à faire, c’est plutôt aux petits candidats (Jadot, Roussel, Hidalgo) qui se sont maintenus au lieu de prendre exemple sur Taubira ». Un constat partagé par Florent, pourtant pas de gauche : « Il pouvait certainement prétendre à mieux sans ces candidatures parasites ». C’est implacable, conclut Jean-Pierre : « Tous ces gens qui ont refusé l’alliance avant le premier tour et qui maintenant hurle au loup, je leur dis « trop tard » »

« La liberté, c’est voter pour qui on veut »

Enfin, il y a ceux pour qui il n’y a pas de débat. D’abord parce que ça n’aurait pas porté Jean-Luc Mélenchon jusqu’à l’Elysée. « Au 2e tour, il n’aurait eu aucune réserve de voix », imagine Patibulair. Et selon Paula,
« on peut aussi considérer que Mélenchon a déjà pris toutes les voix possibles à Roussel, Hidalgo, Poutou, et que le reste des électeurs (comme moi) n’a pas été convaincu ».

Et puis aussi – et surtout – parce qu’un vote ne se discute pas. « La démocratie, la liberté, c’est voter pour qui on veut. C’est dans notre devise, dans notre Constitution », reprend Paula. Le secret du vote est essentiel, insiste Philany : « Personne ne pourra jamais rien me reprocher puisque personne ne connaîtra jamais mon choix ». Elle est rejointe pas Ironius, selon qui « les votes n’ont pas à être ni exposés ni clarifiés. Sinon, à quoi servent les isoloirs ? ».