Présidentielle 2022 : « Il va voter Macron et moi Zemmour »… Comment l’élection qui arrive peut mettre les couples à rude épreuve

A qui accorder sa confiance pour prendre les rênes de l’Etat ? Macron, Le Pen, Hidalgo, Pécresse, Mélenchon, Dupont-Aignan, Jadot, Roussel, Poutou, Arthaud, Zemmour ou Lassalle ? Le 10 avril, il faudra choisir lequel de ces noms glisser dans l’urne lors du premier tour de  l’élection présidentielle.

Si certains n’ont pas encore décidé pour qui ils voteront, ni même s’ils le feront, d’autres ont déjà fait leur choix. Un choix pas toujours raccord avec celui de son entourage. Alors, s’engueuler avec son beau-frère ou des copains, c’est monnaie courante. Mais au sein du couple, comment fait-on quand on a des opinions politiques opposées ? S’aime-t-on parce que l’on partage des convictions politiques, ou en dépit des opinions contraires ? Pour être heureux en amour, faut-il voter pareil ? Les lecteurs de 20 Minutes se confient.

« L’important, c’est d’être d’accord sur l’essentiel »

Pour certains, s’aimer, c’est partager une vision commune de la vie. Alors, quand la politique s’en mêle, les divergences sont admises tant qu’elles n’atteignent pas un point de fracture idéologique. Paul, 43 ans, ne votera pas pour le même candidat que sa femme, « mais ils ne sont pas aux antipodes non plus », précise celui qui se définit comme « un écologiste avec des convictions profondes ». Le quadra en est d’ailleurs convaincu : « Je n’aurais jamais pu me marier avec une personne totalement opposée à mes idées politiques. Cela pose problème pour la construction d’un couple, de son axe de vie ». Comme lui, « beaucoup se disent qu’il est impossible d’être avec quelqu’un qui ne partage pas les mêmes valeurs inscrites dans notre profil de personnalité, nos fondations, explique Véronique Kohn, psychothérapeute spécialiste des relations de couple et auteure de Quel(s) amoureux êtes-vous ?(éd. Tchou). Nous avons chacun une ou deux très hautes valeurs essentielles, que l’on juge si importantes qu’il nous semble impératif de devoir les partager avec son partenaire ».

Ainsi, Jean, 72 ans, et son épouse « ne voterons sans doute pas pour le même candidat. Mais cela nous importe peu, nous sommes d’accord sur l’essentiel : aucun ne votera ni pour Zemmour, ni pour Le Pen, ni pour celui que nous avons porté au pouvoir en 2017 », se félicite-t-il. Car en pratique, « beaucoup de couples se fondent sur une compatibilité de valeurs, politiques, sociétales, familiales. C’est le principe de « qui se ressemble s’assemble » », confirme la psychothérapeute.

« Sans valeurs communes, on ne pourrait pas être ensemble »

A la différence de Paul et de Jean, Emmanuelle et son compagnon s’écharpent parfois. « Mon compagnon a des opinions très tranchées, réfléchies mais très éloignées des miennes, que ce soit sur la gestion de la crise Covid-19 ou d’autres sujets. Il est plutôt radical alors que je suis modérée, décrit la jeune femme de 35 ans. Au début de notre relation, c’était un sujet d’échanges passionnés et passionnants, mais c’est rapidement devenu un sujet de disputes. Avec le temps, chacun a appris à écouter l’autre et à respecter son point de vue, même si on n’est pas d’accord ».

Si le couple y parvient, c’est parce que « nous partageons des idées politiques. C’est sur les mesures à prendre, la méthode, qu’on ne s’entend pas. On ne va certes pas voter pour le même candidat, mais on partage des valeurs fondamentales communes. Sans cela, on ne pourrait pas être ensemble », assure-t-elle. « Des politiques de gauche qui prennent des mesures de droite et vice-versa, c’est fréquent. Et ne pas se retrouver sur la méthode, mais sur des valeurs communes permet de ne pas être dérangé par le fait que chacun dans le couple choisisse un candidat différent », rassure Véronique Kohn.

« On ne parle plus de politique, cela évite les cris »

En revanche, quand des époux naviguent chacun à un bord opposé de l’échiquier politique, les conflits peuvent vite apparaître. « C’est le combat permanent à la maison, confie Patrick, 66 ans. Ma femme est plutôt séduite par les idées de Jadot, Mélenchon et tout ce qui est à gauche., alors que je penche plutôt vers les idées de Zemmour et de  Marine. Mon épouse est très politisée et ne supporte absolument pas les politiques vers lesquels je tends. Alors depuis le début de la campagne, l’atmosphère est électrique. Même au sujet du choix des médias, c’est la bagarre : j’aime CNEWS, Europe1 et Sud Radio, elle France Inter, France 5 et tous ces médias bien-pensants ». Pour autant, « deux personnalités peuvent s’attirer malgré leur opposition sur les valeurs politiques si elles sont complémentaires, rassure Véronique Kohn. Si on partage d’autres valeurs, familiales notamment, on s’accommodera plus facilement, surtout si on n’a pas la politique chevillée au corps ».

Sauf que chez Marianne, 64 ans, la politique compte beaucoup. Et s’est transformée en point de crispation intense. « Avec mon mari, j’évite toute discussion et je regarde les débats de mon candidat seule, cela évite les cris ». Pourtant, auparavant, Marianne et son époux étaient du même bord : «  de gauche, syndicalistes et habitués à manifester. Lui l’est resté, mais depuis une dizaine d’années, je ne me reconnais plus dans ces idées-là. Je préfère Eric Zemmour, j’aime ses propositions en matière d’immigration, de police et de sécurité. Au point de m’être levée dimanche à 5h et de faire 400 km en car pour assister à son meeting ».

« Ce n’est pas parce qu’on vit ensemble qu’on doit avoir les mêmes opinions »

Si son mari l’a vue s’éclipser avant le lever du soleil, « à mon retour, poursuit Marianne, il ne m’a pas demandé ce que j’avais fait. Mais il doit s’en douter parce que depuis, il ne me parle plus et dort dans une autre chambre ». Si elle ne sait « pas vraiment pour qui il va voter, sans doute Macron », elle sait en revanche que « toute discussion politique est devenue impossible. Quand je veux en parler, il se braque et me dit que je me suis fait embobiner ». Orage passager ou crise de fond ? « Ce couple a dû se cimenter sur le militantisme et une vision politique commune, et se retrouve un peu désorienté par ses divergences, avance la psychothérapeute. Le couple, le partenaire, dans la projection sociétale, est le premier allié, celui qui nous soutient au quotidien et dans les épreuves. Quand l’autre bascule vers des convictions opposées, il peut y avoir comme un sentiment de trahison, d’incompréhension, de perte de repères ».

Aujourd’hui, Marianne le constate : « on n’a plus de valeurs politiques communes. C’est dommage, mais je m’en fous ! Je n’admets pas qu’il piétine mes opinions. C’est sûr, en ce moment, c’est un peu dur, mais il n’y a rien de grave », se rassure-t-elle. « Après l’élection, peut-être que la tension retombera, poursuit la psychothérapeute. Sauf si ces opinions politiques contraires se sont greffées à des tensions préexistantes et deviennent un prétexte pour déverser sa rancœur. Là, la thérapie de couple peut être une voie à emprunter. Mais si ce n’est pas le cas, on peut surmonter ce passage houleux en revisitant ce qu’il y a de bon dans la relation : la tendresse, la bienveillance, l’empathie ». D’ailleurs, Marianne en est persuadée : « Ce n’est pas parce qu’on vit ensemble qu’on doit avoir les mêmes opinions et être d’accord sur tout ! Les couples béni-oui-oui, ce n’est pas intéressant. »