Présidentielle 2022 : « Grand remplacement », « Français de papier »… Valérie Pécresse a-t-elle droitisé son discours par stratégie ?

Un virage à droite ? Valérie Pécresse a présenté son projet de « nouvelle France », dimanche, lors de son premier grand meeting de campagne au Zénith de Paris. Mais la prestation de la candidate Les Républicains a été critiquée sur la forme et sur le fond. En reprenant à son compte les termes de « grand remplacement » et de « Français de papier », la patronne de la région Ile-de-France se retrouve au cœur d’une polémique. Ses adversaires l’accusent d’utiliser les mots d’Eric Zemmour et du Rassemblement national pour tenter de dynamiser sa campagne.

Qu’a déclaré Valérie Pécresse dimanche ?

Pendant plus d’une heure, Valérie Pécresse s’est montrée très ferme sur les sujets régaliens, comme l’identité nationale, la laïcité ou l’immigration. Mais l’ancienne ministre du Budget a surpris par la tonalité de son discours. Il n’y a « pas de fatalité, ni au grand remplacement, ni au grand déclassement », a-t-elle notamment lancé, évoquant avec ambiguïté la thèse de l’écrivain d’extrême droite Renaud Camus, « popularisée » pendant cette campagne par Eric Zemmour et réfutée par les spécialistes. En matière d’immigration, l’élue de droite a par ailleurs proposé de construire des murs aux frontières de l’Europe.

« Je revendique l’assimilation. Je veux faire des Français de cœur et pas des Français de papier », a-t-elle également lancé. La candidate a aussi ciblé le port du voile, évoquant les débats sur le foulard dans les compétitions sportives. « Pour moi, le voile n’est ni un vêtement comme les autres ni une prescription religieuse. C’est un signe de soumission de la femme. Moi présidente de la République, aucune femme ne sera soumise [….]. Marianne n’est pas une femme voilée. »

Qu’ont déclaré ses adversaires ?

Le patron du PS Olivier Faure a fait part ce lundi sur France Info de sa « sidération de voir une candidate qui se dit républicaine reprendre les mots et les concepts de l’extrême-droite ». Avant de dénoncer une « dérive permanente de la droite ». Au Rassemblement national, on y voit un signe de difficulté. « C’est une candidate sans boussole. Alors qu’elle n’imprime pas la campagne, et qu’elle est accusée d’islamodroitisme, elle a voulu en rajouter. Mais elle a beau parler de grand remplacement, elle n’est pas crédible sur ces sujets », grince le cadre RN Gilles Pennelle, alors que la théorie est employée par certains responsables du parti de Marine Le Pen, mais pas par la candidate elle-même.

Eric Zemmour avait, lui, ironisé sur cette stratégie droitière de la candidate dès samedi lors d’un meeting. « Je dis à ceux qui veulent voter Pécresse en espérant avoir un Zemmour centriste, un Zemmour soft, un Zemmour light. Avec elle, vous n’aurez pas Zemmour. Vous n’aurez pas même une moitié de Zemmour. Vous aurez un masque plaqué sur le visage de la technocratie. »

Que répondent Valérie Pécresse et ses soutiens ?

L’intéressée s’est expliquée ce lundi matin sur les termes de « grand remplacement ». « Il y a aujourd’hui en France des zones de non-France, mais moi je ne me résigne pas à ce grand remplacement. Mais c’est quelque chose que je dis depuis des mois, donc je ne comprends même pas la polémique », a-t-elle indiqué sur RTL. Lors de la primaire LR en novembre, la candidate disait « détester cette expression » mais avait déjà utilisé la formule de dimanche lors du second débat.

Eric Pauget, député LR des Alpes Maritimes et soutien de la première heure, assume une évolution globale de tonalité. « Il y a peut-être un changement dans la sémantique, mais il n’y a pas de changement sur le fond ou les valeurs. Nous voulons parler de tous les sujets, sans laisser de côté certains tabous à l’extrême droite. Il n’y a donc pas de virage à droite, mais peut-être des mots plus forts et plus fermes pour toucher plus largement. »

La stratégie de Valérie Pécresse peut toutefois surprendre, car dès 2017, la présidente du Conseil régional francilien avait multiplié les critiques contre la ligne jugée droitière de l’ancien président de LR, Laurent Wauquiez. Avant de quitter le parti en juin 2019.