Présidentielle 2022 : Energies renouvelables, diesel… Emmanuel Macron a-t-il tenu ses promesses sur l’écologie ?

On l’a oublié, mais Emmanuel Macron a été sacré «champion de la Terre» en 2018 par l’Organisation des Nations unies. Face à un Donald Trump ouvertement climatosceptique, le président français a revêtu le costume de défenseur de l’écologie. Mais le chef de l’Etat a-t-il tenu ses promesses en France ? Fermeture des centrales à charbon, nucléaire, déploiement des énergies renouvelables, taxation du diesel, rénovation des passoires thermiques, interdiction du glyphosate… : 20 Minutes a passé en revue les promesses du candidat avant l’élection présidentielle de 2017. C’est parti !

« Dans le quinquennat, nous devrons fermer toutes les centrales à charbon qui existent encore dans notre pays. »

Non tenue. Le ministère de la Transition écologique a listé quatre centrales à charbon dont la fermeture était annoncée d’ici à 2022 : celle du Havre (Seine-Maritime), de Saint-Avold (Moselle), de Cordemais (Loire-Atlantique) et de Gardanne (Bouches-du-Rhône). Les sites du Havre et de Gardanne ont été fermées, en avril 2021 pour la première tandis que la deuxième a été reprise par GazelEnergie en 2019 et convertie – difficilement – en unité biomasse. La centrale de Saint-Avold, qui doit fermer jeudi 31 mars, pourrait redémarrer l’hiver prochain. La centrale de Cordemais (Loire-Atlantique) pourra continuer de fonctionner jusqu’en 2024 en raison du risque de tensions sur le réseau.

En outre, les centrales thermiques en outre-mer n’ont pas été prises en compte dans cette liste. Selon les chiffres de 2019 de la Commission de régulation de l’énergie, le mix électrique dépend entre 50 % et 100 % des énergies fossiles (charbon, gaz, fioul) dans les territoires ultramarins.

« Ce n’est pas bon d’avoir 75 % de notre énergie qui vient du nucléaire. Je garderai le cadre de la loi de Transition énergétique. Je maintiens donc le cap de 50 % à horizon 2025. »

Non tenue. La loi Energie et climat, adoptée en 2019, a entériné le report à 2035 – donc dix ans plus tard par rapport à l’engagement du candidat Macron – de la part de 50 % de nucléaire dans le mix énergétique. En février, à Belfort, Emmanuel Macron a annoncé vouloir construire six nouveaux réacteurs EPR en France, et le lancement des études sur huit de plus. Il défend aussi la prolongation de « tous les réacteurs qui peuvent l’être », au-delà de 50 ans si possible, soit après 2035. Il garde donc toutes les options nucléaires sur la table, une volte-face par rapport aux objectifs de 2018 de fermer une douzaine de réacteurs.

« Pour l’instant, il garde l’option la plus poussée : celle qui consiste à avoir 50 % de nucléaire en 2050, avec la construction de nouvelles centrales pour compenser la fermeture des autres », dénonce Zélie Victor, responsable transition énergétique au Réseau action climat. L’objectif de 50 % en 2035 est « vraiment remis en cause », souligne-t-elle. Car pour l’atteindre, il faudrait fermer 14 réacteurs sur la période, dont 2 à 4 d’ici à 2028, en plus de ceux de Fessenheim.

« Je m’engage à tenir l’objectif de 32 % en termes d’énergies renouvelables d’ici à 2030. »

Non tenue. En 2019, la loi Energie et climat est allée au-delà de cet objectif et poussé à « 33 % voire plus » la part d’énergies renouvelables dans le mix énergétique en 2030. Mais, selon les données du ministère de la Transition écologique, les énergies renouvelables représentaient 19,1 % de la consommation finale d’énergie en 2020. Or, l’objectif pour respecter la trajectoire 2030 était fixé à 23 %. La France est aussi le seul pays européen qui n’a pas atteint ses objectifs, indique Eurostat, alors que la part moyenne des énergies renouvelables dans le mix européen était de 22,1 % en 2020.

« On a raté l’objectif de 2020, commente Alexandre Roesch, délégué général du Syndicat des énergies renouvelables (SER). Après, ça ne veut pas dire que l’objectif de 2030 est inatteignable », espère-t-il. Il faudrait pour cela « accélérer sur la chaleur renouvelable », celle utilisée pour nous chauffer, mais aussi dans les process industriels.

Le Réseau action climat est plus pessimiste et estime que « la trajectoire actuelle ne laisse pas espérer que cet objectif soit atteint », en raison du retard pris dans le déploiement des énergies renouvelables.

« En cohérence avec l’accord de Paris, nous interdirons l’exploration des gaz de schiste et ne délivrerons aucun nouveau permis d’exploration d’hydrocarbures. »

Tenue. La loi interdisant la recherche et l’exploitation des hydrocarbures a bien été adoptée et promulguée le 30 décembre 2017. « La France est le premier pays développé à prendre un tel engagement », se félicitait alors Emmanuel Macron. Pour autant, une semaine plus tôt, six arrêtés publiés au Journal officiel ont permis la prolongation de permis de recherche de mines d’hydrocarbures en métropole, comme le révélait Le Monde.

« Pour réduire massivement la pollution liée aux particules fines, la fiscalité du diesel sera alignée sur celle de l’essence pendant le quinquennat. »

Non tenue. Plus de la moitié du prix du carburant est composée de taxes. C’est la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) que prévoyait d’augmenter Emmanuel Macron sur cinq ans pour aligner la fiscalité du diesel sur l’essence. Amorcée en 2016 par le ministre de l’Economie Emmanuel Macron, cette majoration a eu lieu en 2017. La loi de finances 2018 prévoyait de poursuivre cette augmentation, mais le mouvement des « gilets jaunes » y a mis fin. Depuis 2018, la TICPE a été gelée. En mars 2022, elle s’établit à 0,69 €/L pour le sans-plomb 95 et 0,61 €/L pour le gazole, selon l’Union française des industries pétrolières. Malgré cette différence de taxes, le prix du gazole à la pompe a rattrapé celui de l’essence depuis plusieurs mois en raison d’un coût de production plus élevé.