Présidentielle 2022 : Dans les coulisses de la mise sous pli de la propagande électorale

« Il est vraiment pas mal Fabien Roussel, il ressemble un peu à Franck Dubosc ». « Par contre,  Valérie Pécresse fait vraiment coincée sur la photo ». Les plaisanteries fusent ce lundi matin dans les travées du hall 10A au Parc-Expo de  Rennes. Si l’ambiance est plutôt décontractée, l’organisation est toutefois parfaitement huilée. C’est dans ce vaste hall qu’a démarré vendredi la mise sous pli de la propagande électorale à quelques jours du premier tour  de la présidentielle. Ce rituel précédant chaque élection sera cette année particulièrement scrutée. Car l’an dernier, l’opération  avait tourné au fiasco avec de nombreux dysfonctionnements constatés lors des élections départementales et régionales en juin.

Dans plusieurs territoires, certaines professions de foi étaient ainsi manquantes quand d’autres étaient en double dans les enveloppes envoyées par courrier. De très nombreux électeurs, un quart selon un sondage du Cévipof, n’avaient quant à eux jamais reçu l’enveloppe en question, en raison d’un énorme raté de la société Adrexo, qui avait décroché fin 2020 le marché de la distribution des plis électoraux pendant quatre ans dans sept régions et une cinquantaine de départements.

Les préfectures à la baguette pour la mise sous pli

Devant l’ampleur du désastre, le gouvernement n’avait eu d’autre choix que de rompre son contrat avec Adrexo, redonnant ainsi à la Poste le monopole de la distribution de la propagande électorale. Pour la mise sous pli en revanche, ce sont les préfectures qui ont repris la main. « On a un peu perdu l’habitude car cela fait déjà plusieurs scrutins qu’on ne le faisait plus », souligne Marine Le Joliff, cheffe du bureau des élections à la préfecture d’Ille-et-Vilaine.

L'opération de mise sous pli mobilise 320 agents publics à Rennes.
L’opération de mise sous pli mobilise 320 agents publics à Rennes. – J. Gicquel / 20 Minutes

Pour faire face à ce défi logistique, 320 fonctionnaires sont mobilisés au Parc-Expo de Rennes, aidés par une centaine de personnes employées par des associations d’insertion. Jeudi, il a d’abord fallu réceptionner les millions de professions de foi et de bulletins de vote arrivant par camions entiers avant que le ballet des petites mains ne se mette en action. Les gestes sont répétitifs. Dans chaque enveloppe adressée aux 771.000 électeurs d’Ille-et-Vilaine, les agents glissent ainsi les tracts et les bulletins des douze candidats en lice. « On doit aussi faire le tri des bulletins qui seront placés dans les bureaux le jour du vote », précise Marine Le Joliff, les yeux rivés sur cette fourmilière.

« On ne peut plus encadrer leurs têtes »

Car il n’y a pas une seconde à perdre pour les agents qui devront avoir bouclé leur mission mercredi au plus tard avant que La Poste ne prenne le relais pour la distribution. « C’est un vrai sprint qui nécessite une parfaite organisation », indique Véronique, employée de la préfecture qui se charge du « réassort » des tables quand celles-ci sont vides.

A l’une d’entre elles, les blagues vont là aussi bon train. « A force de les voir, on ne peut plus encadrer leurs têtes », sourit cette fonctionnaire. « Mais cela ne nous empêchera pas d’aller voter », assure sa voisine.