Présidentielle 2022 : Comment Marine Le Pen utilise Eric Zemmour pour se « normaliser »

Le match des meetings n’a pas eu lieu. Marine Le Pen et Eric Zemmour ont tout les deux pris soin de ne pas se viser, samedi, lors de leurs discours respectifs à Reims et à Lille. Mais, en début de matinée, la candidate du Rassemblement national a multiplié les piques contre son rival, assurant que sa « radicalité » et sa « brutalité inutile » permettaient de « recentrer » sa propre candidature. « Je ne ressemble pas à la caricature qui est faite de moi depuis des années », justifiait-elle. Du côté du RN, la stratégie est claire : se servir du candidat Reconquête pour tenter d’achever la dédiabolisation entreprise ces dernières années.

« La brutalité de Zemmour rend plus visible la présidentialité de Marine Le Pen »

Depuis qu’elle a pris la tête du Front national en 2011, désormais Rassemblement national, Marine Le Pen tente de transformer son mouvement en parti plus « respectable », loin des outrances et des provocations de son père. L’irruption d’Eric Zemmour dans le jeu politique ces derniers mois pourrait aider la députée du Pas-de-Calais. C’est l’avis de Jean-Marie Le Pen en personne. « Zemmour, je l’aime beaucoup. Il remet mes idées dans la campagne. C’est lui que l’on attaque, c’est lui l’homme d’extrême droite. Peut-être rend-il service à Marine », dit le patriarche, ce dimanche, au JDD.

Au RN, on raille ainsi la « campagne Potemkine » d’Eric Zemmour, dont les déplacements s’accompagnent régulièrement de manifestations antiracistes. On relève aussi ses ennuis médiatiques et judiciaires. « Sa brutalité, ses caricatures font plus que recentrer Marine. Elles rendent plus visible son calme et sa présidentialité. En réalité, le trublion Zemmour met en lumière tout le travail qu’elle mène depuis cinq ans, après les déboires de 2017 », avance Gilles Pennelle, patron du RN en Bretagne. Face à son rival, Marine Le Pen se présente comme la candidate des « solutions concrètes » et de la « crédibilité », cherchant à faire oublier son débat raté de l’entre-deux tours de la dernière présidentielle.

Marine Le Pen pointe « les nazis » chez Eric Zemmour

Mais, ces derniers jours, Marine Le Pen est allée un cran plus loin. La candidate RN a conseillé à son rival identitaire de « faire le ménage dans son mouvement », l’accusant de « communautarisme » et d’attirer dans sa campagne des « catholiques traditionalistes », des « païens et quelques nazis ». « Eric Zemmour est jeune en politique : c’est un conseil de responsable expérimentée », ajoutait-elle samedi devant les journalistes. Diaboliser l’adversaire, ultime étape de la dédiabolisation ?

« Depuis qu’elle est à la tête du RN, elle a viré des gens qui étaient des freins absolus à la conquête du pouvoir, appuie Sébastien Chenu, porte-parole de la candidate. On retrouve aujourd’hui ces gens folkloriques et sulfureux chez Zemmour. S’il veut être la voiture-balai du nationalisme et agréger ces gens-là, cela montre que sa candidature n’est pas très sérieuse », ajoute-t-il, ciblant notamment le Parti de la France, fondé en 2009 par des anciens du Front national.

Des critiques balayées cette semaine par l’intéressé. « Je suis un Français de confession juive. Je croyais naïvement que les nazis voulaient exterminer les juifs. Il faut arrêter avec ce cirque. Il n’y a pas de nazis dans mon équipe, voilà, c’est clair. » Sur RTL, Gilbert Collard a, lui, ironisé. « C’est quand même extraordinaire de voir qu’elle utilise contre nous des arguments que les bobos de gauche utilisaient contre le Rassemblement national. Elle va finir présidente de SOS Racisme. »

« A l’écouter, Marine Le Pen, c’est le MoDem »

Dans la majorité, on dénonce une opération de communication. « A l’écouter, Marine Le Pen, c’est le MoDem. Mais personne n’est dupe », grince un cadre de La République en marche. Sur le fond, les deux candidats présentent de nombreuses similitudes, notamment sur les questions de sécurité ou d’immigration. Au RN, on accuse même le rival d’avoir « pompé » une partie du programme. Eric Zemmour, de son côté, estime avoir fait bouger la campagne de Marine Le Pen. « On a des points communs sur l’immigration, mais il y a une différence majeure. J’en fais le point central, alors qu’elle, ne comptait pas beaucoup en parler avant que je sois candidat, disait-il récemment à son QG. Il y a les mesures et la philosophie globale de la politique ; Moi, je parle de grand remplacement. »

En fin de meeting samedi, Marine Le Pen a évoqué les « épreuves de sa vie », avec cette volonté d’adoucir son image auprès des Français. Eric Zemmour, lui, revendique toujours sa radicalité, comme il le disait à son QG. « La politique, ce n’est pas le thé à cinq heures avec la comtesse. La politique, c’est dur. Je défends mes convictions vivement. C’est ça la politique, le choc des idées. »