« Président des riches », « lendemains qui déchantent »… L’Assemblée valide les recettes du budget 2020 malgré les critiques

Gérald Darmanin à l’Assemblée. — Jacques Witt/SIPA

  • L’Assemblée nationale a largement approuvé mardi le volet « recettes » du projet de budget pour 2020.
  • Mais la gauche a critiqué des mesures « creusant les inégalités » et favorables aux plus riches.
  • La droite, comme l’UE, a dénoncé un manque de rigueur dans la réduction des déficits.

Le budget a enflammé l’Assemblée. Sans suspense, l’Assemblée nationale a largement adopté le volet « recettes » du projet de budget pour 2020, qui prévoit notamment plus de 9 milliards d’euros de réduction d’impôts. Mais avant même les explications de vote, prévu en fin de journée, les questions au gouvernement font figure d’échauffement. Au micro, Mathilde Panot cible le Premier ministre : « Le président qui vous a nommé est le président des riches ! Le président des plus fortes baisses d’impôt pour les plus fortunés de notre pays ! C’est l’ennemi des pauvres ! », lance la députée insoumise, dénonçant «les 400.000 nouveaux pauvres en 2018» ou la baisse des APL. « Si vous saviez ce que vivre dans la pauvreté veut dire, vous n’auriez pas réprimé avec une violence de bourgeois apeurés les gilets jaunes ! »

Flegmatique, et un poil provocateur, Edouard Philippe balaie : « Madame la députée, j’ai bien entendu votre question, pleine de nuances et de précisions… Je voulais vous confirmer qu’en effet, vous et nous, étions déterminés à ce que la France ne devienne jamais le Venezuela ». Le chef du gouvernement se rassoit. Sur son siège, Jean-Luc Mélenchon, le président du groupe LFI, n’en revient pas.

« Pour nous, c’est l’Acte III du président des riches »

Dans la foulée, les députés se penchent donc sur la partie « recettes » du projet de budget 2020. Avec ce texte, débattu depuis une semaine dans l’hémicycle, le gouvernement entend notamment répondre à la crise des « gilets jaunes ». Sa mesure phare est la baisse de cinq milliards d’euros de l’impôt sur le revenu pour les ménages, pour un total de près de neuf milliards de réductions d’impôts. Pas suffisant, pour les parlementaires de gauche.

« Les gilets jaunes vous l’ont rappelé dans la rue et l’Insee l’a confirmé il y a quelques jours : les inégalités et le taux de pauvreté ont augmenté en 2018 dans une proportion jamais vue depuis 2010. Nous appelions à un budget pour plus de justice, et moins de carbone, le compte n’y est pas », regrette la députée socialiste Christine Pires Beaune. « Nous nous opposons à la sous-revalorisation de certaines aides et prestations des plus modestes, ce sont 400 millions euros économisés sur le dos des plus modestes », ajoute-t-elle. Le communiste Jean-Paul Dufrègne réfute, lui, le changement de braquet défendu par l’exécutif depuis le grand débat. « Ce projet de loi ressemble étrangement à ceux qui l’ont précédé. Pour nous, c’est l’Acte III du président des riches. Votre fil rouge reste le même : diminuer les dépenses publiques pour baisser les impôts », dit-il, défendant un barème d’impôt « plus progressif » et une baisse de la TVA pour les produits de première nécessité.

« Il ne s’agit donc absolument pas de redistribuer aux plus riches, comme je l’ai entendu »

Défendant la majorité, Emilie Cariou, la vice-présidente LREM de la Commission des finances à l’Assemblée nationale, répond aux critiques. « Nous avons fait infuser plus de justice fiscale dans le pays […] Les Français verront dès le mois de janvier la baisse de l’impôt sur le revenu sur leur fiche de paie ». La députée de la République en Marche insiste aussi sur les mesures pour « les revenus modestes » : prime d’activité, défiscalisation des heures supplémentaires, poursuite de la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des foyers fiscaux à partir de 2020. « Il ne s’agit donc absolument pas de redistribuer aux plus riches, comme je l’ai entendu », justifie-t-elle, se félicitant aussi du « sérieux budgétaire » du gouvernement.

C’est pourtant l’angle d’attaque choisi par la droite. Les baisses de prélèvements, notamment de 5 milliards d’euros d’impôts sur le revenu, sont « évidemment bienvenues et nécessaires » mais « ces cadeaux fiscaux préparent des lendemains qui déchantent », avec un accroissement de la dette, souligne ainsi Véronique Louwagie. « Le gouvernement a hélas renoncé à toute baisse de la dépense publique », ajoute l’élue LR. La réplique fait écho aux critiques de la Commission européenne adressées à la France, ce mardi, sur leur manque d’effort pour assainir les finances publiques.

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