Précarité infantile : L’asso MaMaMa en conflit ouvert avec la ville de Saint-Denis

On peut parler d’un véritable bras de fer. Alors que l’association MaMaMa, créée en urgence en mai 2020 et qui œuvre contre la précarité infantile, occupait gracieusement un local, elle vient de déposer une plainte notamment pour « corruption passive » et harcèlement moral contre le maire de Saint-Denis, avec qui elle est en conflit ouvert au sujet de l’occupation de ses locaux.

Fondée pour apporter des biens de première nécessité à des mères isolées et de jeunes enfants, l’association occupe un entrepôt d’environ 1.500 m2 mis à disposition à titre gracieux par la ville de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et la société d’économie mixte Plaine Commune Développement. Mais depuis le début d’année, la municipalité dirigée par le socialiste Mathieu Hanotin lui demande de s’acquitter d’un loyer mensuel de 18.000 euros pour continuer à occuper légalement les lieux.

Procédure d’expulsion lancée en octobre

« Il s’agit d’une somme que nous ne pouvons pas réunir », a déploré, ce mercredi, Magali Bragard, une des quatre cofondatrices de MaMaMa. L’entrepôt fait « l’objet de convoitises et de tractations politiciennes », assurent les cofondatrices, qui disent avoir subi « des intimidations » et « des insultes sexistes ». Après des mois de conflit, une procédure d’expulsion a été lancée en octobre. Prochaine étape : une audience en référé doit se tenir le 13 janvier au tribunal de Bobigny.

« On se retrouve dans une affaire clientéliste où on veut récupérer notre local pour installer des associations et entreprises proches de l’équipe municipale », a accusé Magali Bragard.

MaMaMa a déposé deux plaintes visant notamment le maire de Saint-Denis, l’une pour corruption passive et trafic d’influence, l’autre pour harcèlement moral et menaces. La procédure est « en cours d’examen », a indiqué le parquet de Bobigny.

Médiation avortée

De son côté, la municipalité a dénoncé « une campagne de dénigrement ». « Aucune autre association historique ne bénéficie de locaux aussi importants. On ne peut s’affranchir des lois et des règles quand bien même on défend une cause louable », a pointé la première adjointe, Katy Bontinck. « Nous avons une responsabilité juridique », a ajouté l’élue, qui a assuré avoir tenté en vain une médiation.

Près de 70.000 femmes et enfants en situation de précarité ont profité de dons depuis la création de MaMaMa, selon l’association.