Pourquoi plus d’un tiers des 16-25 ans sans emploi ni formation sont « invisibles » des pouvoirs publics

Conseillère en insertion professionnelle à la mission locale de Sartrouville, une conseillère en insertion professionnelle accompagne un jeune dans son projet professionnel — Catherine Abou El Khair

  • Près de la moitié de ces jeunes sans emploi ni en formation sont dans cette situation depuis un an ou plus.
  • 37 % d’entre eux échappent aux radars des services publics de l’emploi, qui cherchent tant bien que mal à les repérer et à les accompagner.

Leur situation préoccupe les pouvoirs publics. Sortis du système scolaire plus ou moins tard, diplômés ou non, ils sont lâchés dans la nature. Agés entre 16 et 25 ans, ils ne sont inscrits dans aucune formation. Et n’ont pas de travail non plus. En 2018, ils étaient près de 963.000 jeunes à être dans une telle situation en France, selon une étude publiée ce vendredi par l’Institut statistique du ministère du Travail, la Dares.

Si on connaît leur nombre, on ne sait en revanche pas toujours où ils sont, selon cette même étude. Seuls 63 % de ces jeunes sont en contact avec le service public de l’emploi, c’est-à-dire Pôle emploi, les missions locales, les associations d’insertion ou autres institutions chargées de les insérer dans le monde du travail. Autrement dit : 37 % des jeunes sortis du système scolaire, soit 350.000 environ, ne sont pas suivis et qualifiés d’« invisibles » par les pouvoirs publics et les pros de l’insertion.

En Ile-de-France notamment, la préfecture s’est donné pour objectif de retrouver ces jeunes à travers son « plan régional d’insertion pour la jeunesse des quartiers ». Ils sont nombreux : rien que sur l’année 2019, l’Etat estime à 19.000 le nombre de « décrocheurs » du système scolaire. Alors que 13.000 sont sans solution et 9.000 sont injoignables, l’objectif est d’essayer de les repêcher pour les réinsérer en formation ou grâce à un travail.

« On n’a pas le pouvoir de les faire venir »

Chargées de suivre les jeunes de 16 à 25 ans, les missions locales sont en première ligne. Conseillère en insertion professionnelle à la mission locale intercommunale, située à Sartrouville (Yvelines), Nadia Hemery guette ces « invisibles » qui n’ont pas forcément le réflexe de venir en mission locale. Son quotidien consiste alors à téléphoner à ces jeunes, leur envoyer des mails, des SMS, pour leur faire prendre un rendez-vous. « On n’a pas le pouvoir de les faire venir, ils n’ont pas l’obligation de venir en mission locale », regrette la conseillère. Pour les convaincre, elle s’appuie notamment sur un « sourceur » chargé d’aller dans les quartiers, au pied des barres d’immeubles. La préfecture d’Ile-de-France compte actuellement sur ces relais, ou « référents de parcours » pour aller au contact de ces jeunes dans les 78 quartiers prioritaires spécifiquement ciblés en Ile-de-France.

Un poste devenu nécessaire. « Dans les quartiers prioritaires, les jeunes sont isolés et déçus des institutions », témoigne Mehdi. « Sourceur » pour la mission locale jusqu’à la fin 2019, son rôle a consisté à bâtir des liens entre les jeunes et les institutions… ou à recoller les morceaux. Car nombre de jeunes ont déjà pu, dans le passé, contacter la mission locale sans avoir de réponse immédiate de la part de conseillers. Rien d’étonnant à cela : « chaque conseiller a un portefeuille de 400 à 500 jeunes, c’est énorme », explique-t-il. Son rôle était alors de « reprendre le contact » et de garantir qu’ils seraient rapidement reçus par des conseillers.

« Il ne faut pas les lâcher »

Mais une fois le contact renoué, le travail des conseillers est loin d’être terminé. « Il ne faut pas les lâcher, je suis tout le temps sur leur dos », insiste Nadia Hemery, dont le souci est alors de s’assurer qu’ils viendront aux rendez-vous fixés. Selon la Dares, 64 % des jeunes ni en emploi ni en formation ne souhaitent pas travailler. Souvent parce qu’ils ont des enfants à charge, en raison de problèmes de santé… ou qu’ils rechignent à se déplacer. « Prendre le bus pour rejoindre le centre-ville, pour eux c’est déjà énorme. Ils restent entre eux, souvent ils n’ont pas de véhicule, n’ont pas les moyens d’obtenir leur permis de conduire », explique Mehdi.

L’une des priorités est aussi de les convaincre de repartir en formation pour augmenter leurs chances de retrouver un emploi, plutôt que d’enchaîner les jobs peu qualifiés mais sans perspectives. « Le problème est que les formations ne sont toujours pas rémunérées », note à ce sujet Mehdi. Par ailleurs, la barrière est psychologique. « Ils ont quitté l’école trop tôt et ont peur d’aller en formation », souligne Nadia Hemery. « Il faut les valoriser tout le temps, leur dire qu’ils sont les meilleurs, qu’ils ont des compétences. Ils manquent de confiance en eux », admet la conseillère. Un travail pour lequel le temps peut parfois manquer. Rien qu’à la mission locale à Sartrouville, près de 1200 jeunes sont suivis. Et en France, en 2018, près de la moitié des jeunes n’étaient ni en emploi, ni en formation depuis plus d’un an.

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