Pourquoi l’Italie et l’Espagne sont les champions du monde du vin bio

Des bouteilles de vin bio produites en Catalogne, sur le salon Millésime bio — Alain ROBERT/Sipa/SIPA

  • L’Espagne et l’Italie sont les leaders mondiaux en termes de vin bio, respectivement en termes de surfaces de vignoble et de nombre de bouteilles produites.
  • Pourquoi ? Grâce au climat sec, chaud et venté de ses pays, et parce que certaines de leurs régions se sont mises au bio bien plus tôt qu’ailleurs.

S’ils restent rares sur les tables, les vins bio ne cessent de grignoter des parts de marché. Selon une étude de Millésime Bio, le mondial des crus biologiques, dont la 27e édition aura lieu de lundi à mercredi à Montpellier, la consommation de vin bio représentait en 2013 1,5 % du marché mondial du vin, et 2,85 % en 2019.

En 2023, le marché aura même plus que doublé en dix ans et pourrait atteindre 3,5 % des ventes sur la planète pinard, si l’on en croit les prévisions. Et dans ce domaine, ce sont les Italiens et les Espagnols qui dominent le monde : avec 708 millions de bouteilles produites en 2018, l’Italie est le pays qui fabrique le plus de vin bio, tandis que l’Espagne dispose de la plus grande surface certifiée bio, avec 89.600 hectares.

La France leur court après, avec 361 millions de bouteilles produites et 65.300 hectares de vignes en 2018. Mais pourquoi les Italiens et les Espagnols sont-ils si performants ? « Ce sont surtout les vignobles du sud de l’Italie et Castilla la Mancha en Espagne qui ont été précurseurs, car ces vignobles-là avaient un déficit de notoriété vis-à-vis, en Italie, de vignobles plus au nord comme le Piémont et la Vénétie, ou la Rioja pour l’Espagne, explique Florence Barthès, la directrice générale de l’interprofession des vins Pays d’Oc IGP. Le besoin de compétitivité économique des exploitations pour arriver à valoriser leur production a fortement influencé les vignobles, qui ont dû sortir d’une production de masse qui n’était plus en phase avec la demande du marché. Bien évidemment sous des climats secs, chauds et ventés, il est plus facile et rentable de produire des vins bio que sous des climats humides et froids. »

« Si vous aviez de l’argent pour financer des produits, vous le faisiez »

Pour Régine Le Coz, œnologue et conseillère viticole, si les Italiens et les Espagnols cartonnent en termes de vin bio, c’est aussi une question d’histoire. « Dans les années 1960, si vous aviez de l’argent pour financer des produits phytosanitaires, et faire du traitement, vous le faisiez, confie cette spécialiste du vin, créatrice de plusieurs concours internationaux. C’est ce qui a été fait à tour de bras en France. Moins en Espagne et en Italie. La conversion des vignobles est donc plus simple dans ces pays-là, c’est forcément plus facile pour un vigneron qui a utilisé moins de produits dans ses vignes. »

L’Italie a un autre avantage sur ces petits copains européens : le vignoble de la Péninsule a « un meilleur rendement à l’hectare », indique Nicolas Richarme, président de l’association interprofessionnelle Sud Vin Bio, qui organise le salon Millésime Bio.

« L’objectif, c’est de rester compétitif »

Tout n’est cependant pas perdu pour les Français. « La France est en train de rejoindre l’Italie petit à petit, confie Sabine Nadal, caviste spécialisée en vins bio et naturels au Placard à pinard, à Vic-la-Gardiole, dans l’Hérault. Et l’une des régions en pointe dans le domaine, c’est le Languedoc-Roussillon. De plus en plus de vignerons se convertissent, ou commencent par une agriculture raisonnée, et petit à petit viennent au bio. » L’Occitanie représente aujourd’hui 37 % des surfaces viticoles bio françaises (et 7 % du territoire mondial), ce qui en fait la première région productrice de vin bio en France.

L’Hexagone a même dépassé d’une petite vingtaine de millions de bouteilles, avant 2018, son voisin espagnol, en termes de production bio. Et en 2023, elle aura doublé l’Italie en termes de surfaces, selon les prévisions. Mais la course à la première place n’est pas un objectif, pour Nicolas Richarme. « Nous ne proposons pas la même chose, nous faisons des choses différentes. L’objectif [pour la France], c’est de rester compétitif, rester dans le peloton de tête, continuer à faire des vins bio de qualité et d’apporter une sécurité alimentaire aux consommateurs », indique le président de Sud Vin Bio. Les professionnels ont rendez-vous dès lundi au Parc Expo de Montpellier, pour y goûter.

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