France

Pourquoi les villes bétonnent-elles plus les terre-pleins centraux ?

Un important chantier de minéralisation du terre-plein central a été mené sur près de 300 mètres sur la rocade sud de Rennes par la Direction interrégionale des routes de l’Ouest (Diro). À Rennes, la Diro souhaitait « supprimer une zone de pousse de végétation non maîtrisée » afin d’éviter que des espèces invasives ne viennent se développer en plein milieu de la chaussée.


La majorité des automobilistes qui empruntent la rocade sud de Rennes n’ont probablement pas remarqué qu’un chantier d’envergure a eu lieu. Sur près de 300 mètres, les agents de la Direction interrégionale des routes de l’Ouest (Diro) ont procédé à une injection massive de béton. Ces travaux, qualifiés « de minéralisation du terre-plein central », se multiplient en France. Mais pourquoi investir des dizaines de milliers d’euros dans la réalisation de tels travaux au milieu des autoroutes, des voies rapides ou des périphériques ? Les explications sont variées.

Pour éviter la végétation

La nature a une forte capacité à s’imposer. Même dans un environnement urbain, elle peut se frayer un chemin. À Rennes, la Diro a voulu « supprimer une zone de pousse de végétation non maîtrisée ». Cela permet d’éviter le développement d’espèces invasives telles que le buddleia, les pousses d’ailante ou de sumac, qui pourraient surgir au milieu de la chaussée. La solution retenue a été le béton. Le véritable problème n’est pas tant que la végétation apparaisse dans ces espaces, mais bien l’entretien que cela nécessite.

L’interdiction d’utiliser des produits phytosanitaires complique la gestion de ces végétaux résistants. L’entretien est redouté car il nécessite la fermeture de chacune des voies de gauche pour tailler, ramasser et nettoyer. Cela peut être dangereux et engendrer de sérieux embouteillages sur des axes très fréquentés. « Ce qui prime souvent, c’est le coût de l’entretien », résume Pascal Ricard, directeur technique d’Aximum, une société spécialisée dans l’équipement et l’entretien des routes.

Pour « gagner de la place »

Le béton, étant plus résistant, n’exige pas toujours l’installation de deux murets, contrairement aux barrières métalliques. Ainsi, l’exploitant peut optimiser l’espace sur la chaussée, élargissant les voies et renforçant la sécurité des usagers. Dans la Drôme, un chantier en cours vise à réduire la largeur du terre-plein central pour élargir les bandes d’arrêt d’urgence.

Pour améliorer la sécurité routière

En plus des questions d’entretien, le béton peut être essentiel pour la sécurité routière. « Pendant des années, de nombreux produits métalliques ont été retirés car ils ne satisfaisaient pas les crash-tests », se remémore Pascal Ricard.

Les anciennes glissières en métal n’étaient pas suffisamment résistantes aux impacts avec les véhicules et laissaient passer les poids lourds de l’autre côté. « Le béton ne se déforme pas ou très peu. Même après un choc, il n’est pas forcément nécessaire de le remplacer. L’inconvénient par rapport aux barrières métalliques, c’est qu’il rebondit. À grande vitesse, l’impact est très violent pour le corps humain et pour les organes vitaux », ajoute le directeur technique d’Aximum.

Pour éviter la décharge publique

À Rennes, la Direction des routes de l’Ouest a également cherché à « empêcher que cet espace devienne un lieu de dépôts sauvages de déchets ». Des paquets de cigarettes, des sacs de fast-food, des mégots ou d’autres bouteilles sont souvent jetés par les fenêtres des automobilistes et se retrouvent coincés entre les barrières de béton. En remplissant cet espace, le problème est contourné.

L’inconvénient de la neige

Les glissières de sécurité en métal ne disparaîtront pas pour autant. Dans certaines zones, elles demeurent nécessaires. Dans les régions touchées par la neige, elles sont privilégiées pour leur capacité à évacuer neige et eau lors de la fonte. « Le béton a tendance à tout retenir, cela peut créer des congères. Les barrières métalliques, quant à elles, permettent à l’eau de s’écouler en dessous sans stagner », souligne le directeur technique d’Aximum.