Pourquoi les partis politiques continuent-ils à organiser des universités d’été?

Mélenchon en pleine réflexion — ALAIN ROBERT/SIPA

  • Les universités sont, depuis des années, un moment incontournable de la rentrée politique.
  • Elles permettent aux militants de rencontrer les élus dans un cadre convivial.
  • C’est également une bonne technique pour attirer les caméras avant la reprise.

Pour les partis, c’est une forme de rituel. Chaque année, reponsables et militants se retrouvent fin août ou en septembre pour marquer la fin de la trêve estivale. «Les premières universités d’été ont été imaginées par les jeunes giscardiens en 1975, en réponse à mai 1968, pour ouvrir le parti en associant des chercheurs et des intellectuels. Elles se sont généralisées ensuite à l’ensemble des partis, notamment au PS », rappelle l’historien Jean Garrigues.

Plus de quarante ans plus tard, elles restent pour les partis un moment incontournable de la rentrée. Mais à quoi servent donc ces universités d’été ?

Un « moment studieux » pour préparer l’année

« C’est toujours un moment studieux, avec des tables rondes d’experts, d’élus. Les militants qui font l’effort de venir ont vraiment envie de plancher, d’apporter leurs idées », confie Luc Carvounas, qui sera présent à l’université d’été du PS, du 23 au 25 août, à La Rochelle. « J’évoquerai cette année les savoirs populaires, pour montrer en quoi une ville de gauche peut se différencier dans la perspective des municipales », détaille le député.

« On y lance la thématique de l’année comme les européennes ou les municipales, et on décide de la feuille de route pour les mois à venir. François Bayrou a toujours voulu garder l’esprit d’université, on ne parle pas que de politique, mais aussi de sujets de société, de culture. Je me souviens d’un super moment avec [la romancière] Fred Vargas », souligne de son côté le député MoDem Erwan Balanant.

Donner des armes aux militants

François Bayrou à l'université d'été du MoDem en 2011. François Bayrou à l’université d’été du MoDem en 2011. – CHAMUSSY/SIPA

« Honnêtement ce n’est pas le lieu des grandes décisions, ce n’est pas un congrès. C’est surtout un moment de transmission des connaissances et d’outils critiques », nuance Alexis Corbière. Les « AmFi d’été », organisés à Toulouse du 22 au 25 août, proposeront encore des « parcours de formation » aux insoumis, tels que la « planification écologique et industrie », ou la « riposte au gouvernement ». « Ces formations permettent de donner des outils pour leur militantisme au quotidien », avance le député LFI.

Même type de séquences chez les autres mouvements. « Cette année, les formations seront axées sur les municipales, comme l’urbanisme, ou le financement local. Ce sont des formations riches et très utiles quand on commence la politique », développe Erwan Balanant. « Les ateliers permettent de former les cadres, pour savoir bien s’occuper d’une fédération, répondre aux journalistes, ce genre de choses, mais ça reste très détente », assure Damien Lempereur, porte-parole Debout la France, dont l’université de rentrée est prévue le 31 août à Yerres.

Un moment d’ouverture aux autres partis

L'ex-ministre PS Jean-Pierre Chevènement invité de Nicolas Dupont-Aignan en 2015 L’ex-ministre PS Jean-Pierre Chevènement invité de Nicolas Dupont-Aignan en 2015 – THOMAS SAMSON / AFP

Les universités d’été permettent aussi aux politiques de dialoguer avec des personnalités venues d’autres horizons. « C’est une tradition pour nous d’inviter des personnalités hors du PS. Je participerai aussi à la clôture de l’université LFI, car il y a une envie de partager des points de vue et de profiter du cadre sympathique pour travailler sur des causes communes. On l’a fait sur ADP, on pourra le faire demain sur les retraites », insiste Luc Carvounas.

« Si l’université d’été n’est qu’un espace clos, elle est vouée à l’échec. L’année dernière, des militants LREM et même PS en plein questionnement étaient présents. Ce doit être une agora, un espace ouvert », abonde Erwan Balanant.

A boire des coups avec les militants

Olivier Faure au milieu des siens, à La Rochelle en 2018. Olivier Faure au milieu des siens, à La Rochelle en 2018. – UGO AMEZ/SIPA

Ces rendez-vous estivaux offrent des moments de détente, souvent arrosés : « Il y a les à-côtés, les coups à boire, les repas. Des moments chaleureux, où l’on se retrouve. C’est sympa car on découvre aussi des gens qu’on connaît sous des pseudos sur les réseaux sociaux », ajoute Alexis Corbière.

« On se retrouve dans un esprit de convivialité. Les militants sont contents de manger avec nous, boire des coups, discuter. On remonte le moral des adhérents pour l’année à venir et on gagne parfois quelques militants », ajoute Erwan Balanant. « Aujourd’hui, tout se fait sur les réseaux sociaux, mais on a aussi besoin de se voir, car la politique reste des rapports humains. Après notre mauvais score aux européennes, ces moments de respiration sont essentiels pour repartir de bon pied », souffle Damien Lempereur.

Faire parler de soi pour la rentrée

Jean-Luc Mélenchon face aux caméras Jean-Luc Mélenchon face aux caméras – ALAIN ROBERT/SIPA

Si les universités d’été sont devenues un élément incontournable, c’est qu’elles sont également des rendez-vous très prisées des médias. « Nous avons toujours fait ça en fin de séquence, car à l’époque, on avait moins de surface médiatique, et le faire après les autres partis permettait d’être une forme de conclusion, c’était assez efficace médiatiquement », reconnaît Erwan Balanant, qui retrouvera ses amis du MoDem à Guidel (Morbihan) le 27 septembre.

« Les universités d’été sont une manière de mobiliser les militants en fixant l’attention des médias, avance Jean Garrigues. Ces dernières années, elles avaient d’ailleurs perdu les éléments pédagogiques pour n’être que des happenings permettant d’évaluer les rapports de force au sein des partis avant la rentrée».
L’ambiance joviale est d’ailleurs parfois polluée par des luttes intestines. Les universités d’été se transforment alors en théâtre d’affrontements entre factions rivales, comme en 2004 à La Rochelle, entre François Hollande et Laurent Fabius sur le référendum européen ou les bisbilles entre Jean-François Copé et Xavier Bertrand en 2010.

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