Pourquoi le drapeau européen installé, puis retiré sous l’Arc de Triomphe est-il autant la cible de critiques ?

Nouvelle année, nouvelle polémique. Pour marquer le début de la présidence française du conseil de l’Union européenne, le drapeau français a été remplacé par celui de l’Europe sous l’Arc de Triomphe. Une « initiative symbolique et temporaire », selon le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Clément Beaune, qui a pourtant suscité les critiques des candidats de la droite et de l’extrême-droite à l’élection présidentielle. La cheffe de file du Rassemblement national, Marine Le Pen, a dénoncé une « provocation » et un « véritable attentat à l’identité de notre Patrie » quand Eric Zemmour n’hésite pas à parler d’un « outrage ». « Présider l’Europe oui, effacer l’identité française non ! », a lancé pour sa part la candidate des Républicains, Valérie Pécresse.

Le drapeau, qui représente la solidarité et l’union entre les peuples d’Europe, a depuis été retiré, deux jours après son installation. « Cette polémique est assez pathétique tout de même », estime Patrick Martin-Genier, spécialiste des questions européennes internationales et enseignement à Sciences po. Selon lui, ces prises de position ne visent qu’à séduire « l’électorat d’extrême droite qui rejette l’Europe ». « Ce n’est pas étonnant venant de Marine Le Pen ou d’Eric Zemmour. Ça l’est un peu plus étonnant de la part de Valérie Pécresse qui est de la droite modérée », et qui est par conséquent « l’héritière de Jacques Chirac ». Or l’ancien président « avait lui-même contribué à la construction européenne ».

L’Europe et la France « intrinsèquement liées »

« On a cette tendance malheureuse à toujours opposer l’Europe au niveau national, c’est-à-dire à la France, sans comprendre que les deux sont intrinsèquement liées », observe pourtant Jérémie Gallon, directeur général pour l’Europe de McLarty Associates et enseignant à Sciences po. « Je trouve que cette polémique est mauvaise car elle renforce le sentiment chez nos concitoyens que les deux s’opposent, ajoute-t-il. Il faut absolument leur montrer que les deux sont indissociables, que si aujourd’hui l’Europe est considéré comme faible ou incapable de répondre à certaines de leurs préoccupations, c’est parce qu’au départ, les nations ne lui permettent pas d’être ce qu’elle devrait être. »

Pour Patrick Martin-Genier, « beaucoup de responsables politiques, à droite mais aussi à gauche, refusent d’assumer pleinement la construction européenne ». Pour lui « L’engagement européen du chef de l’Etat n’est pas à mettre en doute alors que depuis 20 ou 30 ans, beaucoup de responsables politiques n’assument pas l’Europe, et pensent que tout ce qui ne va pas, c’est à cause d’elle. Tout ça à des fins électorales. » Jérémie Gallon complète : « Cette polémique dit beaucoup du manque de hauteur de vue du débat politique. On est plus dans la politique politicienne que dans un débat qui réfléchit aux grands enjeux d’avenir, qui essaie de transcender les clivages et de se demander comment, dans le monde de demain, on battit une France et une Europe plus fortes. »

« Un hommage » aux soldats morts

Pour ces deux spécialistes, installer le drapeau européen, dans le cadre de cet événement, au-dessus de la tombe du soldat inconnu, avait du sens. « Sur le plan historique, ce n’est pas du tout une négation de nos soldats, de nos aïeuls, qui se sont sacrifiés pour la France. Au contraire, c’est plutôt un hommage car ils nous ont permis de vivre dans la paix », insiste Jérémie Gallon. Avant d’ajouter : « Ce soldat inconnu incarne les Français morts dans cette guerre tragique avec notre voisin allemand. Avec d’autres peuples, on a été capables de transcender ça et de bâtir une Europe politique, aussi fragile soit elle. » « Le drapeau européen, c’est quand même 70 ans de paix. Tandis que le nationalisme a toujours conduit à la guerre », conclut Patrick Martin-Genier.